Sports

Le sport français en forme olympique

Yannick Cochennec, mis à jour le 31.03.2013 à 13 h 35

Une enquête a établi la hiérarchie mondiale des nations sportives en 2012. Surprise: la France finit au pied du podium, derrière la Chine, les Etats-Unis et la Russie mais devant l'Allemagne, et très loin devant l'Espagne.

Le judoka Teddy Riner vient de remporter la médaille d'or olympique catégorie plus de 100kilos, à Londres en 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Le judoka Teddy Riner vient de remporter la médaille d'or olympique catégorie plus de 100kilos, à Londres en 2012. REUTERS/Kim Kyung-Hoon

Voilà quelques mois, Yannick Noah avait fait polémique par le biais d’une chronique décalée dans laquelle il semblait émettre quelques doutes sur les résultats des sportifs espagnols:

«Aujourd'hui, ils courent plus vite que nous. Ils sont beaucoup plus costauds et ne nous laissent que des miettes. A côté d'eux, c'est simple, on a l'air de nains. Qu'est-ce qu'il s'est passé qu'on aurait raté? Une question me taraude: comment une nation peut-elle du jour au lendemain dominer le sport à ce point? Auraient-ils découvert des techniques et des structures d'entraînement avant-gardistes que personne avant eux n'avait imaginées?»

Rendue publique à la veille du très attendu France-Espagne au Stade de France, une étude a pris, en quelque sorte, Yannick Noah (et de nombreuses idées reçues) à contre-pied. Réalisée par Havas Sports & Entertainment, cette enquête a établi une hiérarchie mondiale des nations sportives en 2012 sur la base des résultats enregistrés cette année-là à la fois chez les hommes et chez les femmes dans 53 sports selon la méthodologie suivante.

Dans ces 53 sports ou familles de sport, englobant 154 disciplines, soit 1.644 épreuves différentes, le classement a considéré les médailles d’or, d’argent et de bronze obtenues par chaque nation lors des derniers Jeux Olympiques, derniers championnats du monde et, dans certaines disciplines, derniers classements mondiaux et compétitions de référence (ex: Roland-Garros, Tour de France). Au total, il y a eu 5.108 médailles prises en compte et analysées.

A l’arrivée des courses, la Chine devance les Etats-Unis et la Russie juste devant la France qui finit pour la première fois depuis que ce baromètre existe (2005) au pied du podium, juste devant l’Allemagne et très loin devant l’Espagne, reléguée au 14e rang seulement. La Grande-Bretagne est 6e.

Cette compilation de résultats souligne que la France, comme les Etats-Unis, brille dans un nombre élevé de disciplines avec un total de 76 sports où elle a gagné au moins une médaille alors que l’Espagne (48) aurait, par exemple, une réussite plus limitée en se concentrant sur les compétitions les plus médiatiques (football, Formule 1, tennis, basket…) où ses champions excellent à travers la réussite, par exemple, de son équipe nationale de football, du FC Barcelone, de Rafael Nadal ou de Fernando Alonso.

Cocorico aussi pour le ratio médailles/habitants

Pour rester dans une confrontation France-Espagne, il faut ainsi remarquer qu’aux Jeux olympiques de Londres, la France a décroché 34 médailles quand l’Espagne s’est contentée de 17 breloques, soit exactement deux fois moins. Dans l’histoire de ces Jeux, les Français ont toujours dominé les Espagnols y compris en 1992, dans l’euphorie de Barcelone, avec 29 médailles contre 22. Non, le sport espagnol n’est pas plus performant que le sport français.

On peut contester la manière d’enquêter dans la mesure où elle ne pondère pas les sports en fonction de leur popularité ou de leur relative confidentialité —une médaille au judo vaut une médaille à la pétanque— mais elle traduit néanmoins la bonne santé globale du sport dans notre pays et de sa pratique très large au plus haut niveau. En isolant le nombre de titres remportés au regard des tailles de population, la France domine même les quatre nations qui la devancent au classement général. Son ratio de médailles d’or est passé de 27% en 2010 à 34% cette année.

A y regarder de plus près, et en s’échappant de l’étude, nous n’avons même aucune raison de nous plaindre au niveau des sports les plus emblématiques. Le football français, vainqueur d’une Coupe du monde, finaliste d’une autre, et vainqueur d’un Euro au cours des 15 dernières années, irrigue aujourd’hui les clubs européens les plus prestigieux grâce au flot de ses meilleurs joueurs et l’équipe de France, après un court passage à vide, est en train de se construire un avenir.

Au tennis, trois joueurs figurent parmi les 15 meilleurs mondiaux à égalité avec l’Espagne. Au basket, ils sont nombreux à évoluer en NBA dans des franchises réputées à l’instar de Tony Parker et de Joakim Noah. En Formule 1, quatre pilotes, jeunes et prometteurs, évoluent désormais sur les circuits internationaux. En cyclisme, pour la première fois depuis longtemps, de jeunes Français, comme Thibault Pinot, paraissent en mesure de pouvoir prétendre se mêler un jour à ceux capables de gagner le Tour de France. En natation, la France est devenue un pays fer de lance. En athlétisme, autre sport majeur du programme olympique, elle est loin de se contenter de faire de la figuration (Renaud Lavillenie, Mahiedine Mekhissi, Christophe Lemaitre…) dans l’éclatement de ce sport le plus mondialisé de toutes les disciplines.

L'excellence de la formation à la française

La formation est bonne à travers notamment de l’Insep, rénové et regardé comme un modèle à l’étranger. Dans ses structures, le sport français ne se porte pas si mal non plus. Certes, il souffre d’un sous-équipement relativement grave en ce qui concerne notamment des salles de plus de 10.000 places —une seule dans le pays (Bercy) contre près d’une vingtaine en Allemagne— ou des grands stades, la nouvelle arène couverte de Lille faisant figure d’exception avant un toilettage plus large à l’aube de l’Euro 2016 qui permettra aux clubs de refaire leur retard et de pouvoir mieux rentabiliser leurs stades à l’avenir. Mais il garde un modèle économique plutôt «sain» à l’image des clubs de football de Ligue 1 qui, en dépit d’un endettement inquiétant, sont restés plus ou moins raisonnables dans leur mode de gestion face aux débordements espagnol, italien ou anglais.

Comme l’indiquait Jean-Michel Aulas, le patron de l’Olympique Lyonnais, jeudi 28 mars, lors du colloque Sporsora intitulé «le sport français a-t-il besoin d’un choc de compétitivité?», «l’endettement de Manchester City est cinq fois supérieur à l’ensemble des clubs français».

Malgré les difficultés financières du moment, la France est en état de marche sur le plan sportif. A l’image de Madrid, qui s’est obstinée à maintenir sa candidature pour l’organisation des Jeux olympiques en 2020 en dépit de l’exécrable état de l’économie espagnole, la France (et Paris) ne doit pas baisser les bras dans la perspective d’une nouvelle tentative olympique.

Le 7 septembre, à Buenos Aires, le CIO choisira la ville élue pour 2020. Si Madrid n’est pas adoubée, il ne faudra pas hésiter une seconde pour 2024. 2017, année où sera connue la ville organisatrice, c’est déjà demain. Il n’y a qu’à s’intéresser à l’actualité politique pour s’en apercevoir.

Yannick Cochennec

Yannick Cochennec
Yannick Cochennec (575 articles)
Journaliste
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