Economie

Téléphonie: un sérieux concurrent pour Orange, SFR et Bouygues

Philippe Reclus, mis à jour le 22.06.2009 à 20 h 28

La valeur de la quatrième licence de téléphonie mobile en France est évaluée à 240 millions d'euros.

En dix ans, le prix des licences UMTS a été divisé par dix en France. Cela évitera d'autant moins au gouvernement les polémiques et les actions en justice pour vendre la quatrième ticket d'entrée sur le marché du téléphone mobile.  Et le consommateur dans tout ça ?

240 millions d'euros. A peu près le prix catalogue d'un Airbus A 380 ou encore deux fois et demi le coût du transfert de Cristiano Ronaldo au Real de Madrid. Ou encore un peu plus quatre jours du déficit de la Sécurité sociale prévu cette année. C'est aussi le prix du ticket conseillé au gouvernement pour faire rentrer un quatrième concurrent sur le marché du téléphone mobile en France contrôlé pour l'instant par Orange, SFR et Bouygues Télécoms.

En relevant ainsi légèrement ce prix par rapport aux 206 millions évalués à l'origine, François Fillon peut estimer avoir bien bordé son projet. Le Premier ministre peut estimer avoir pris toutes les précautions  juridiques  en demandant un chiffrage de la Commission des participations et des transferts chargée de veiller aux intérêts patrimoniaux de l'Etat. L'appel à candidatures pourrait donc être lancée d'ici la fin juillet. Si tel est le cas,  le dossier pourrait être bouclé avant la fin juin 2010  date couperet à partir de laquelle les trois opérateurs déja présents ne seront plus obligés de rendre des fréquences au nouvel entrant.

Enfin, en contenant l'augmentation du prix à 240 millions, Matignon ne bouleverse pas les paramètres de l'équation économique pour attirer le chaland. Toujours bon à prendre à l'heure où Bercy court après les recettes à la centaine de millions près pour boucler un impossible budget 2010. Qu'il est loin le temps où  le gouvernement pouvait rêver, comme ses homologues britannique et allemand, profiter des folies de la bulle internet-télécoms pour remplir  abondamment les caisses de l'Etat grâce au jackpot des licences UMTS.  Au début des années 2000, Londres, Bonn, Madrid, Bruxelles et Paris étaient parvenus à vendre pour 134 milliards d'euros, les licences UMTS à l'occasion d'enchères de folie. Londres avait ainsi vendu pour 38, 4 milliards d'euros cinq licences. Le gouvernement allemand avait fait rentrer dans caisses 50, 8 milliards d'euros pour six licences.

La procédure initiale retenue par la France consistait à sélectionner les candidats sur dossier avec paiement d'un forfait de 4,95 milliards d'euros, payables de façon échelonnée jusqu'en 2016.  Seuls France Télécom et SFR avaient finalement relevé le défi. Bouygues Télécoms avait jeté l'éponge jugeant le prix déraisonnable. Le forcing de Jean-Marie Messier, à la tête alors de Vivendi Universal, maison mère de SFR,  pour ne pas payer la première tranche, s'est avéré payant. Laurent Fabius, ministre de l'économie de Lionel Jospin revoyait, en octobre 2001, en baisse le prix de la redevance.  La durée de vie des licences était rallongée de 15 à 20 ans, le ticket d'entrée réduit à 619 millions d'euros, soit le montant déjà versé par France Telecom et SFR plus une part variable calculée sur le chiffre d'affaires. De quoi relancer la compétition et faire monter Bouygues Telecom dans l'affaire.

Restait une quatrième licence à vendre. C'est le but de la procédure actuelle. Laquelle permet de constater qu'en dix ans, le prix a été divisé par dix. A avoir su patienter tout ce temps tout en se disant constamment intéressé, Free, considéré comme le candidat naturel, aux cotés de Virgin Mobile et Numéricable, ne ferait donc pas une mauvaise affaire s'il emportait cette fois la donne.  Encore faudra-t-il surmonter la bronca d'Orange, qui a pris le relais de Bouygues, pour barrer la route à tout concurrent en menaçant de saisir la justice européenne si ce prix est maintenu.

Orange valorise la licence à 1,2 milliard d'euros ! SFR et Bouygues, en appliquant l'inflation depuis huit ans, l'évaluent entre 400 et 500 millions d'euros en plus du milliard d'euros à investir. En face Free avance que le prix d'une quatrième licence, sur un marché mature, largement contrôlé ne peut être comparé à celui de 2001 où  les opérateurs ont profité pendant cinq ans d'une terminaison d'appel élevée que le nouvel entrant n'aura pas.

La principale question serait surtout de savoir si l'arrivée d'un nouveau concurrent sera favorable au consommateur. Matignon le martèle depuis des mois et aurait fini par en convaincre l'Elysée. Faux, répondent en choeur les trois opérateurs historiques. La France est déja selon eux parmi les marchés les moins chers en Europe. Tout juste le marché sera déstabilisé par l'arrivée d'un nouveau joueur.

Vrai, affirme Free qui affirme que rien ne justifie que la bande des trois maintienne de telles marges et engrange chaque jour 25 millions d'excédent brut d'exploitation sur le mobile en France.

De son coté, Bercy a calculé qu'on peut tabler sur une baisse des prix des communications de 7% avec l'arrivée d'un nouvel opérateur. Quant à Free, il promet de réduire de 1 000 euros la facture de téléphone mobile annuelle d'un couple avec un enfant. Avec cette offre, la société présidée par Xavier Niel estime pouvoir prendre jusqu'à 10% du marché en tablant sur sa marque, son réseau fixe et ses 4, 2 millions d'abonnés à l'internet haut débit à équiper en portable.

Pour ses concurrents,  le gouvernement ferait en fait le plus beau cadeau empoisonné à Free qui risque de s'épuiser à se faire une place sur un marché contrôlé. Difficile à l'impétrant de convertir au mobile la totalité de ses abonnés  à l'internet haut débit. D'autant que si Matignon lui ouvre la porte, il ne lui donne pas les moyens de se battre à armes égales. Seulement une partie de la quatrième licence sera attribuée  rendant la tâche ardue pour assurer une couverture nationale correcte.

En fait, la vraie bataille est ailleurs: elle est dans la course de vitesse sur le marché de l'internet mobile propulsée par la vogue des nouveaux terminaux poussés par l'iPhone. Prise sous cette angle,  on comprend d'autant mieux la volonté d'Orange, SFR et Bouygues de jouer la montre pour retarder le plus tard possible l'inévitable révolution de la facturation de l'internet illimité sur mobile qui se profile à l'horizon.

Mais pour Free, le défi n'est pas moins compliqué. A l'heure où les taux de croissance de 15 à 17% du marché de l'internet haut débit ne sont que des souvenirs et où les parts de marché sont figées entre Orange, Free et SFR, la poursuite de l'aventure passe nécessairement pour Free par l'internet mobile. Ses concurrents l'ont bien compris et sont déterminés à s'engager dans une course de lenteur. De polémiques en recours en justice, de manoeuvres dilatoires en chantage à l'emploi, pas plus qu'il y a dix ans, le gouvernement ne paraît à l'abri d'une nouvelle bataille. Elle ne fait que commencer.

Philippe Reclus

Crédit photo: le rayon des téléphones mobiles dans une Fnac   Reuters

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