Monde

Mariage gay: la droite américaine plus ouverte que la droite française

Daphnée Denis, mis à jour le 27.03.2013 à 15 h 33

Ce que l’UMP pourrait apprendre de l’évolution républicaine au sujet du mariage homosexuel.

Un couple gay devant la Cour suprême américaine, à Washington, le 26 mars 2013. REUTERS/Jonathan Ernst

Un couple gay devant la Cour suprême américaine, à Washington, le 26 mars 2013. REUTERS/Jonathan Ernst

«Le mariage pour tous est une cause conservatrice

Voilà comment le mormon Jon Huntsman, ancien candidat à l’investiture du Parti républicain, a annoncé son soutien au mariage gay dans le magazine The American Conservative. Une centaine de barons du «Grand Old Party» ont, comme cet ancien gouverneur d’Utah, demandé à la Cour suprême américaine d'interdire la «Proposition 8», une loi qui empêche le mariage homosexuel en Californie. A contre-courant du leader républicain John Boehner, et en accord avec la Maison Blanche, la pétition républicaine encourage la plus haute juridiction du pays à déclarer l’anticonstitutionnalité de la mesure californienne, un verdict qui reviendrait à imposer la reconnaissance du mariage gay dans l’ensemble des Etats-Unis.

Cela peut sembler étrange, pour un parti dont le candidat présidentiel Mitt Romney soutenait l’interdiction fédérale du mariage gay pendant sa campagne, à l’automne 2012. Et pourtant, cela fait quelques années que l’idée germe dans les esprits républicains: le mariage gay serait une idée de droite. Une idée conservatrice, à proprement parler, comme l’affirme régulièrement l’ancien directeur de campagne de George W. Bush, Ken Melhman, qui a fait son coming out il y a trois ans. En France, on compte les députés UMP en faveur du mariage pour tous sur les doigts d’une main. La droite américaine serait-elle plus ouverte que la droite française?

Le dilemme libéral

Une précision, d’abord: interdire le mariage homosexuel, même au niveau étatique, pose un dilemme aux Américains de droite. Le credo de base de tout Républicain qui se respecte est l’idée de «laissez-faire». On part du principe que le gouvernement doit être le moins impliqué possible dans la vie de société. D’où le libre-marché. D’où la sacro-sainte liberté de porter des armes, protégée par le second amendement de la Constitution.

D’où, également, l’étonnante manière dont certains législateurs régulent les droits qui ne leur conviennent pas. Dans l’Etat très conservateur du Mississippi, où il ne reste plus qu’une clinique d’avortement légale, le gouvernement local, a par exemple imposé des conditions intenables pour l’établissement afin de le forcer à fermer sans bannir l’IVG. Hypocrite, certes, mais au pays des «freedom fries» quand on est Républicain, on évite les interdits.

C’est en partie pour cela que certains Républicains défendent la liberté de mariage. Empêcher les gays de se marier revient à trahir une partie des idéaux du parti. A ce sujet, Dick Cheney, vice-président sous Bush et père d’une homosexuelle, s’était démarqué de l’administration pour laquelle il travaillait en 2004, affirmant que «la liberté, cela veut dire la liberté pour tout le monde».

Dans son article de soutien au mariage gay, Huntsman rappelle également à plusieurs reprises «la vision des Pères Fondateurs d’un gouvernement limité». Or, pour le moment, le gouvernement américain est un peu trop présent en ce qui concerne le mariage des personnes de même sexe. Bien que chaque Etat puisse décider ou non de la légalité du mariage gay, le Defense of Marriage Act de 1996 (une loi passée sous le président démocrate Bill Clinton) en interdit la reconnaissance au niveau fédéral.

«Le libéralisme est un pilier de la droite dans ce pays, explique Jimmy LaSalvia, l’un des fondateurs de l’organisation gay républicaine GOProud. Malheureusement, beaucoup de Républicains sont encore sélectifs dans leur définition de ce terme

La France ne connaît pas l’équivalent du libéralisme anglo-saxon. Il n’est donc pas étonnant que les députés de l’opposition ne considèrent pas trahir leur idée d’un gouvernement limité en rejetant le mariage homosexuel.

Reste que pour une partie grandissante des Républicains aux Etats-Unis, le mariage gay représente plus que ça: Il s’agirait d’une institution conservatrice –une cause qui représente réellement les valeurs de la droite. En cela, une partie du camp républicain s’adapte à la société actuelle d’une manière qui semble encore échapper aux «antis» hexagonaux.

Mariage et adoption: des valeurs de famille

Une importante partie de la droite en France est surtout opposée à l’adoption homoparentale prévue par le texte de loi sur le mariage pour tous, ainsi qu'à la procréation médicalement assistée, qui se profile à l’horizon. En soi, ce n’est pas le mariage, seul, qui bloque –les sympathisants UMP sont d'ailleurs de plus en plus favorables au mariage gay. J’ai donc demandé à LaSalvia si ce genre de problème se pose au sein du GOP: «Comment? Les couples gays n’ont pas le droit d’adopter en France?», s’est-il étonné.

Soyons clairs: la droite américaine est divisée au sujet de l’adoption par les homosexuels, comme elle l’est au sujet du mariage gay. Mais actuellement, les couples de même sexe peuvent adopter un enfant ensemble dans 18 Etats et à Washington DC, tandis qu’un gay, seul, peut adopter partout sauf dans le Mississippi. Le mariage homosexuel est autorisé par seulement 9 Etats et DC, en revanche. L’idée que les homosexuels puissent fonder une famille est donc plus acceptée que celle qu’ils se marient, d’autant que les mères porteuses ne posent pas problème de ce côté de l’Atlantique.

Homosexuel ou non, le mariage promeut des valeurs de famille et de monogamie qui sont par définition conservatrices, ajoute Marc Solomon, le directeur de campagne de l’association bipartisane Freedom to Marry. Même si le mariage gay reçoit bien plus de soutien de la part des Démocrates que des Républicains, continue-t-il, «il existe un consensus grandissant autour de la liberté de mariage comme une valeur américaine avant tout».

Ce changement prend forme grâce à un nombre croissant de défenseurs de la cause gay au sein du GOP. Ainsi, Melhman, l’ancien directeur de campagne de Bush, est devenu la figure de proue des Républicains en faveur des familles homoparentales. Ayant dissimulé son homosexualité pendant la campagne républicaine de 2004, il l’a annoncée publiquement six ans plus tard, devenant l’un des lobbyistes les plus visibles pour la liberté de mariage.

«Cela crée une société plus forte. Une société plus concentrée sur le long terme, a-t-il récemment soutenu lors d’un discours saluant la reconnaissance du mariage homosexuel en Iowa. Cela crée de la stabilité dans la vie des enfants de ce pays élevés par deux personnes de même sexe, deux papas ou deux mamans qui les aiment. Grâce à ce qui a eu lieu en Iowa, ces enfants ont dorénavant la stabilité et la capacité de se rendre compte que leur foyer est plus sûr.»

Autre défenseur républicain du mariage et de l’adoption gay: Théodore B. Olson, l’ancien avocat général de l’administration Bush. C’est lui qui, aujourd’hui, remet en cause la Proposition 8 californienne devant la Cour suprême des Etats-Unis. «Si vous êtes conservateur, comment pouvez-vous vous opposer à une relation où deux personnes s’aiment et veulent s’affirmer leurs vœux?», a-t-il expliqué sur la radio NPR.

Etre Républicain au XXIe siècle

Melhmann et Olson symbolisent un réel changement non seulement pour les Républicains mais également au sein de la société américaine. Si le parti de Lincoln et Reagan est en train de s’adoucir sur les droits des gays, c’est parce que son électorat a changé de position. En 2003, seulement un tiers des Américains étaient en faveur du mariage gay; aujourd’hui, une majorité de la société américaine soutient la liberté de mariage.

«Avant, la plupart des Américains ne connaissaient pas de gays. Ils ne les voyaient qu’à la San Francisco Pride Parade à la télévision une fois par an. Aujourd’hui, tout le monde connaît quelqu’un d’homosexuel dans sa famille ou dans ses amis», affirme LaSalvia. «Les six dernières années, les gens ont commencé à se dire "Oh, les homosexuels se marient et le ciel ne nous est pas tombé sur la tête!"»

Pour GOProud, la position de Romney sur le mariage gay lors de la présidentielle lui a coûté des votes précieux, au même titre que la fameuse caméra cachée où il affirmait ne pas faire campagne pour 47% de la population américaine. Le soutien grandissant des Républicains pour la cause gay reflète, en fin de compte, une transition vers une politique d’inclusion. Une perspective qui gagnera probablement la France quand la famille homoparentale se banalisera.

Daphnée Denis

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