Le pape rappelle les prêtres à la chasteté
Au moment où le fossé se creuse entre l'opinion et l'Eglise, Benoît XVI lance une année spéciale consacrée aux prêtres. L'objectif est de les rappeler à la loi de l'obéissance et du célibat.
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A la fin du mois, les évêques intégristes de la Fraternité Saint Pie X - dont l'excommunication a été levée le 21 janvier, mais qui n'ont pas été pleinement réintégrés dans l'Eglise catholique - vont ordonner de nouveaux prêtres. Le Vatican a confirmé que ces ordinations, comme les précédentes, seraient «illégitimes». Mais les évêques schismatiques lefebvristes ne sont pas les seuls qui préoccupent l'Eglise romaine. Devant «l'infidélité à leur vocation» de beaucoup de ses prêtres à travers le monde, le pape Benoît XVI a ouvert, vendredi 19 juin, une «Année sacerdotale spéciale», précédée par un ferme rappel à l'ordre de la «pauvreté», de la «chasteté» et de l´«obéissance », trois vœux auquel tout prêtre lie sa vie et sa mission.
Juste avant d'être élu pape, le futur Benoît XVI avait déjà mis en garde son Eglise contre les «saletés qui souillent» le clergé, limitées en termes quantitatifs, mais désastreuses pour son image mondiale. Déjà, les graves affaires de pédophilie de prêtres avaient éclaté en Autriche, en Irlande, en Australie ou aux Etats-Unis. Mais l'«infidélité» que le pape dénonce aujourd'hui, dans une lettre en date du 18 juin, touche plus généralement aux ruptures de la règle du célibat et à d'autres formes de renoncement et de «désobéissance».
Dans cette longue missive, Benoît XVI invite les prêtres à se distinguer «par la force de leur témoignage évangélique» et à «vivre en plénitude le don du célibat». S'il salue «la courageuse fidélité à leur vocation» de tant d'entre eux, malgré la persécution qu'ils subissent dans quelques pays, il constate aussi des situations - mariage de prêtres, double vie, pratiques homosexuelles, pédophiles, voire rupture avec l'engagement du sacerdoce - qui sont «pour le monde, un motif de scandale et de refus». Les invitant à un profond «renouveau intérieur», le pape souhaite que soit renforcé l'obéissance des prêtres à leur évêque et leur collaboration avec les «laïcs» non-prêtres, hommes et femmes d'Eglise.
Le rappel de la règle absolue du célibat sacerdotal est le plus spectaculaire. Il intervient dans une période où s'approfondit la crise du clergé qui, dans les pays déchristianisés d'Europe occidentale en panne de vocations, ne voit pas venir le relève. Les prêtres souffrent d'une hémorragie et d'un épuisement qui se fait moins sentir dans les pays de jeune chrétienté (Afrique, Inde, Chine, etc), où des séminaires sont parfois pleins à craquer. L'Eglise tient debout grâce à des prêtres qui restent en fonction jusqu'au troisième, voire quatrième âge. La jonction avec les générations de jeunes prêtres, plus soucieux d'affirmer leur fonction cléricale, ne se fait pas ou elle se fait mal.
En Europe, aux Etats-Unis, des milliers de prêtres ont renoncé à leur sacerdoce, beaucoup pour se marier, et dans la pyramide des âges du clergé, le grand creux est celui de la génération des 45-55 ans. Dans un pays comme la France, le nombre d'ordinations de nouveaux prêtres est proche de cent par an, contre plus de mille dans les années 1950. Sur 20.000 prêtres, ils sont 13.000 en activité. Ils ne seront plus que ... 4 500 en 2015. Le nombre des séminaristes est en chute libre: depuis l'an 2000, ils sont moins de 1 000 et n'étaient que 756 en 2007-2008.
L'obligation du célibat des prêtres est largement responsable de cette dégradation. Elle est le symptôme d'une rupture grave entre l'opinion publique - qui ne comprend plus ce dogmatisme étroit, alors que les besoins sont multiples - et le magistère de l'Eglise qui reste intraitable sur cette question. Selon un sondage TNS-Sofres, paru jeudi 18 juin dans le quotidien La Croix, une très large majorité de Français se dit favorable au mariage des prêtres: 83% de l'ensemble de la population et même 74% des catholiques pratiquants seraient d'accord si l'Eglise se mettait demain à ordonner des hommes mariés. Autre résultat surprenant, la grande majorité des Français sont aussi favorables à la possibilité pour les femmes de devenir prêtres (comme dans certaines Eglises protestantes et l'Eglise anglicane): 80% de la population et 67% des catholiques pratiquants.
La proportion de personnes soutenant le principe de telles ordinations d'hommes mariés et de femmes - aujourd'hui inimaginables selon la discipline catholique - a largement augmenté en un quart de siècle. En 1982, 71% de la population française se disait favorable au mariage des prêtres, 69% à l´ordination d´hommes mariés et 45% seulement à la possibilité pour les femmes de devenir prêtres. Selon les personnes appelées par ce sondage TNS-Sofres à donner leur sentiment sur la crise des vocations, 80% l´attribuent au célibat des prêtres, contre 67% qui pensent qu'elle est en lien avec les prises de position conservatrices de l´Eglise. 54% évoquent les conditions de vie difficiles des prêtres.
La tâche s'annonce donc rude pour un pape qui, dans des conditions de dissidence objective de l'opinion, entend redéfinir une identité du prêtre catholique traditionnel qui s'est modifiée, obscurcie, effritée sous les coups de la sécularisation, au sein même de l'Eglise et au dehors. L'objectif de l'«Année Sacerdotale spéciale» que lance Benoît XVI est de reconstruire une forte identité spirituelle du prêtre, fidèle à sa mission originelle.
On notera à ce sujet une coïncidence. Cette «Année spéciale» commence au même moment que la «visite apostolique» décidée par les autorités vaticanes au sein de la congrégation ultraconservatrice dite des Légionnaires du Christ. Remarquable par l'abondance de ses vocations et le grand nombre de ses jeunes prêtres, cette congrégation - très présente en Amérique du Nord et du Sud - risque de s'écrouler, comme l'a fait la figure de son charismatique fondateur, le prêtre mexicain Marcial Maciel, décédé en 2006, dont la double vie gravement immorale (pédophilie) - définitivement révélée - constitue un scandale, aussi pour ceux qui ont été ses plus fervents disciples.
Henri Tincq
Crédit photo: Jeunes prêtres attendant d'être reçus en audience par Benoît XVI Reuters
Mis à jour le 22/06/2009 à 15h29










































Tincq persiste et signe:
"précédée par un ferme rappel à l'ordre de la «pauvreté», de la «chasteté» et de l´«obéissance », trois vœux auquel tout prêtre lie sa vie et sa mission."
C'est faux, ce sont les religieux qui prononcent ces voeux, pas les prêtres diocésains qui ne s'engagent que dans la chasteté et l'obéissance.
"L'obligation du célibat des prêtres est largement responsable de cette dégradation."
Alors, Henri Tincq peut-il nous expliquer pourquoi les églises protestantes ont-elles les mêmes problèmes de baisse des vocations, alors que leurs pasteurs peuvent se marier ? D'autant qu'il semblerait que dans certaines franges de l'Eglise Catholique, le célibat pose moins de problèmes puisqu'on assiste à des vocations importantes, chez les fidèles de la forme extraordinaire, par exemple.
"74% des catholiques pratiquants seraient d'accord si l'Eglise se mettait demain à ordonner des hommes mariés."
C'est déjà le cas. Il y a des prêtres qui ont été mariés. C'est juste qu'ils n'ont pas la possibilité de vivre maritalement et qu'ils doivent vivre en séparation des corps. Enfin, je rappelle que l'idée d'un sondage avec des catholiques (alors que l'Eglise n'est pas une démocratie, que la notion de "catholiques français" vue par les sondages est tout de même très aléatoire).
Enfin, Tincq oublie de mentionner la symbolique pour laquelle a opté le pape en proposant le St Curé d'Ars comme exemple. Curé qui n'est pas connu pour être particulièrement tolérant envers la permissivité.
Il y a même des prêtres mariés au sein de l'église catholiques:
_les prêtres des églises catholiques orientales,
_d'anciens prêtres anglicans (voire d'anciens pasteurs) convertis dans la foi catholique.
Il n'y a aucune raison théologique au célibat des prêtres. Leur mariage était accepté jusqu'au moyen-âge. Par la suite, l'Église a toujours eu du mal à faire respecter cette règle.
C'est avant tout pour des raisons pratiques que l'Église impose cette règle (clergé séculier plus mobile, plus docile et plus impliqué dans la vie de la paroisse).
Dans l'église latine, à ma connaissance, personne ne peut être prêtre et vivre maritalement, même les prêtres anglicans. Par contre, il y a une raison philosophiquement solide au célibat, c'est l'unicité d'une vie offerte toute entière à Dieu.
D'autant que des femmes de pasteurs avouent règulièrement leur incompréhension d'un dévouement total envers Dieu. Alors, si même pour elles, c'est difficile, je ne suis pas sûr qu'il faille encore compliquer les choses pour les catholiques.
Apparemment, il y a même eu des ordinations de prêtres mariés par l'Église catholique (et pas seulement une intégration déjà ordonnés):
http://news.catholique.org/2876-Un-homme-marie-ancien-pasteur-ordonne-pretre
Dralach a raison: le lien établi par les médias français entre la pénurie des vocations et le célibat des prêtres catholiques, même appuyé sur des sondages qui ne valent pas démonstration, est fantaisiste. L'expérience des églises protestantes qui connaissent, notamment en Grande-Bretagne, une réduction du nombre de vocations dans les mêmes proportions sans pour autant requérir le célibat de leurs pasteurs le confirme sans ambiguïté.
On peut d'ailleurs se demander si l'acharnement mis à propager cette thèse, contre toute évidence, n'est pas simplement un point d'application supplémentaire de la culture de permissivité sexuelle dont les médias se font souvent les apôtres complaisants et qui veut imposer sa loi à toute la société.