France

Le cauchemar d'Harlem Désir: voter UMP en 2017

Eric Dupin, mis à jour le 23.03.2013 à 8 h 56

Partielle désastreuse dans l'Oise, sondages en berne, crise toujours plus grave et tiraillements à gauche: pour la gauche, la perspective d'un nouveau 21-avril n'est pas si irréaliste que cela.

Harlem Désir lors d'une réunion publique à Alfortville, le 17 octobre 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

Harlem Désir lors d'une réunion publique à Alfortville, le 17 octobre 2012. REUTERS/Jacky Naegelen.

Harlem Désir se réveille en sursaut. En sueur, le premier secrétaire du PS s'extirpe d'un horrible cauchemar. Ce dimanche 23 avril 2017, il vient d'appeler à voter pour le candidat de l'UMP au second tour de l'élection présidentielle face à Marine Le Pen, après l'élimination de François Hollande au premier round. Comme l'avait fait l'actuel président de la République en 2002 en faveur de Jacques Chirac...

Décidément, l'élection partielle de l'Oise, dont le second tour a lieu ce dimanche 24 mars, est pénible à digérer. Au nom des «principes républicains», le numéro un du PS a dû se résoudre à soutenir le candidat de l'UMP Jean-François Mancel, resté seul face au FN, dans un communiqué d'une sécheresse saharienne. Foutue époque: il n'y a pas si longtemps, c'est pour se désister en faveur de candidats communistes que l'on brandissait la «discipline républicaine»...

Désir secoue sa tête lourde. Il se répète que ce n'est qu'une insignifiante élection législative partielle caractérisée, comme de coutume, par une épaisse torpeur civique (32,8% de taux de participation). Que la deuxième circonscription de l'Oise a toujours été ancrée à droite (même si le PS avait réussi à s'y faire élire en 1997 à la faveur d'une triangulaire, et avait atteint les 47% au second tour en 2007). Et que ce département est l'un de ceux où le parti d'extrême droite est le plus influent et le mieux implanté. 

Il n'empêche. Le dirigeant socialiste à encore en mémoire les signes de ressentiment que lui envoient électeurs et militants de gauche au fil de ses déplacements. Il sait bien, sans pouvoir l'avouer publiquement, que l'élimination au premier tour du PS sonne comme un avertissement pour le pouvoir en place. Et voici que son insolent inconscient a osé l'avertir que ce duel entre l'UMP et le FN préfigurait le scénario de la prochaine élection présidentielle.

Visites de proximité et artifices de communication

Encore mal reveillé, l'ancien président de SOS-Racisme en vient à songer tristement que son cauchemar d'un nouveau 21-avril n'est pas si irréaliste que cela. Après tout, les visites de proximité de François Hollande et autres artifices de communication ne peuvent pas grand chose devant des faits têtus.

Dans son sommeil agité, le responsable socialiste a vu le pays s'enfoncer chaque jour dans la crise dans une Europe sans tête. Il a vu les épargnants paniquer à leur tour, précédent chypriote oblige, et rejoindre les salariés (qu'ils sont aussi parfois) dans l'étouffant sentiment d'angoisse sociale.

Il se souvient avoir lu, cette fois-ci éveillé, que 81,7% des embauches du troisième trimestre 2012 avaient été effectuées en CDD! Toujours plus de flexibilité et toujours moins de sécurité.

Dans son songe apocalyptique, Désir a encore vu tous ceux qui contestent les fondements d'un système déglingué, ceux-là même que la presse distinguée nomme «populistes», gagner chaque jour du terrain. Et un Front national avoir le vent en poupe, puissamment porté par un discours que les beaux esprits jugent fondé sur des «peurs» irrationnelle parce qu'ils ne les comprennent pas.

Une extrême droite encore renforcée par la litanie des affaires, de la descente aux enfers de Jérôme Cahuzac, l'ancien chantre de la rigueur poursuivi pour évasion et fraude fiscale, à la mise en cause pour abus de faiblesse de Nicolas Sarkozy dans l'affaire Bettencourt.

Une gauche brisée en deux

Dans son cauchemar, le dirigeant socialiste a aussi vu la gauche se briser irrémédiablement en deux camps ennemis comme aux pires temps de la guerre froide. Le choix du désendettement et de la compétitivité a rejeté dans une opposition de plus en plus résolue le Front de gauche.

Aux élections européennes de 2014, les listes emmenées par Jean-Luc Mélenchon ont même devancé d'un cheveux celles qu'il conduisait. C'est cette division des forces de gauche qui sera fatale au président sortant trois ans plus tard.

La tête encore dans le brouillard, Désir essaie de se convaincre que cette issue n'est pas fatale. L'affaire est pourtant bien mal engagée. C'est peu dire que le «changement» n'est pas ressenti par les Français.

Il a en mémoire le terrible sondage récent d'OpinionWay. Pour les deux-tiers d'entre eux, et même les trois-quarts des électeurs de gauche, les choses ont peu ou pas du tout changé depuis la dernière alternance. Les joutes autour du mariage homosexuel n'ont pas réussi à réanimer le clivage droite-gauche.

Les «populistes» ou les autres

Dans son sommeil tourmenté, Désir a vu la droite multiplier les communiqués de soutien au gouvernement comme si la convergence manifestée par le PS et l'UMP à propos de l'accord national interprofessionnel sur l'emploi disait crûment la vérité des positions politiques de chacun. «L'UMPS», comme le répètent les frontistes...

Dans sa fièvre nocturne, le patron du PS a encore vu son parti s'étioler, perdre de sa substance militante et même notabiliaire après les défaites municipales de 2014, réussir à se diviser sans avoir su débattre. Il a aussi eu la vision d'une UMP réussissant à faire émerger un candidat crédible malgré ses divisions internes et les ennuis judiciaires de Sarkozy, comme le PS avait su le faire sous le quinquennat précédent malgré Reims et l'affaire DSK.

Et au final, François Hollande, doté d'un bilan autrement moins consistant que Lionel Jospin en 2002, n'a pas pu échapper à la sévérité des urnes. Et le PS a appelé à voter UMP...

C'en est trop de ressasser ces tourments. Désir se décide subitement à appeler Hollande, histoire de lui suggérer de changer de ligne pendant qu'il est encore temps. Mais voilà. Epuisé, le premier secrétaire s'est déjà endormi. Il rêvasse à une autre politique...

Eric Dupin

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Journaliste
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