France

Ce que Hollande devrait dire à la télé: «Oui, j'ai commis des erreurs»

Gérard Horny, mis à jour le 28.03.2013 à 15 h 13

Le président de la République prépare une intervention audiovisuelle jeudi 28 mars pour expliquer sa politique et tenter de ranimer une confiance défaillante. Il nous a semblé utile de lui faire parvenir un projet de texte.

En visite chez Amplitude Systemes près de Bordeaux en janvier 2013. REUTERS/Regis Duvignau

En visite chez Amplitude Systemes près de Bordeaux en janvier 2013. REUTERS/Regis Duvignau

La France va mal, les Français sont inquiets. Le président de la République prépare une intervention audiovisuelle jeudi 28 mars sur France 2 dans laquelle il expliquera sa politique et tentera de ranimer une confiance défaillante. Il nous a semblé utile de lui faire parvenir un projet de texte qui serait de nature, nous semble-t-il, à apporter les indispensables éclairages.

«Françaises, Français,

Quand vous m’avez fait l’honneur de m’élire à la présidence de la République, l’Europe traversait une crise grave, la plus grave qu’elle ait connue depuis la Seconde guerre mondiale. Pendant les premiers mois de mon mandat, j’ai consacré l’essentiel de mon temps et de mon énergie à la recherche d’une solution. Grâce aux efforts déployés par tous les dirigeants européens, cette épreuve a pu être surmontée. L’Europe n’est plus en crise, mais il lui faudra encore beaucoup de temps pour retrouver sa pleine santé économique et financière.

Cette année encore, la zone euro devrait être en récession. La France fera mieux que la moyenne, mais sa croissance, vraisemblablement à peine supérieure à zéro, ne nous permettra pas d’atteindre les objectifs que je m’étais fixés: ramener le déficit public à 3% du PIB cette année et inverser la courbe du chômage.  Avant de revenir plus en détail sur chacun de ces deux points, je voudrais vous faire un aveu. Oui, c’est vrai, je me suis trompé. J’ai commis au moins trois erreurs.

Trop gentil avec mes prédécesseurs

Tout d’abord, j’ai été trop gentil avec mes prédécesseurs. Quand je dis «mes prédécesseurs», je veux dire qu’il n’est pas dans mon intention d’accabler seulement mon prédécesseur. Les maux dont nous souffrons aujourd’hui sont beaucoup plus anciens. Cela fait plus de trente ans que le budget de l’Etat français n’a pas été en équilibre. Cela fait plus de trente ans que la France perd plus de 70.000 emplois industriels chaque année. 

Quand je vous ai dit «le changement  c’est maintenant», je le croyais. Je n’avais pas vu à quel point notre situation était dégradée. Je n’aurais pas dû me contenter à mon arrivée à l’Elysée du rapport de la Cour des comptes sur la situation et les perspectives des finances publiques. J’aurais dû demander un audit détaillé de la situation de la France dans tous les domaines, y compris l’emploi, l’industrie, l’enseignement, la santé, etc. Et ce bilan, j’aurais dû venir vous le présenter moi-même à la télévision. Vous auriez pu mesurer alors l’ampleur de la tâche qui m’attendait. Et vous auriez mieux compris pourquoi le changement tarderait à se concrétiser en dépit de mes efforts.

Trop gentil avec Angela

Ensuite, j’ai été trop gentil avec nos partenaires allemands. Lorsque, en juin 2012, nous avons conclu au niveau européen le Pacte pour la croissance et l’emploi, j’ai cru avec une certaine naïveté, je le reconnais, qu’en contrepartie des efforts accomplis  au niveau national pour rééquilibrer les finances publiques serait menée au niveau de l’Union une véritable politique de soutien à l’activité.

Face au rapprochement des positions entre l’Italie, l’Espagne et la France, Angela Merkel a paru admettre que la rigueur budgétaire ne pouvait suffire à régler tous les problèmes, que des politiques budgétaires restrictives menées simultanément dans tous les pays de l’Union ne pouvaient mener qu’à la récession.

En fait, cet accord était de pure façade et le Pacte n’est qu’une feuille de papier, aussitôt signée aussitôt oubliée. Le projet de budget européen pour la période 2014-2020 que nous avons dû accepter est un pur scandale: rien n’y est prévu pour encourager la croissance et l’emploi en Europe; il marque une régression vers le chacun pour soi.

Je  ne suis pas surpris par l’attitude de nos partenaires britanniques; en revanche je constate que le gouvernement d’Angela Merkel nous a trahis et a trahi l’Europe. Le Parlement européen a rejeté ce projet de budget ; il a eu raison, mais je doute que l’on puisse obtenir un texte beaucoup plus satisfaisant.

A ce propos, certains d’entre vous semblent s’étonner de certaines dissonances au niveau du gouvernement. Ils auraient tort de s’en inquiéter. Elles m’agacent beaucoup d’une façon générale, mais, sur ce point précis, elles me rendent bien service. La répartition des tâches est excellente.

Tandis que le Premier ministre et moi-même assurons Angela Merkel de notre attachement sans faille à l’amitié franco-allemande, les propos acerbes d’Arnaud Montebourg nous aident à faire passer notre message: si l’Allemagne veut imposer sa politique économique au reste de l’Europe, elle risque de susciter des réactions en comparaison desquelles les petites phrases de notre ministre du Redressement productif sont d’une très grande amabilité. 

S’il le faut, d’ailleurs, je cesserai moi-même de me montrer aussi conciliant avec Mme Merkel. Je suis par nature favorable à la recherche du compromis sur tous les sujets et très sceptique sur l’efficacité des politiques dites de rupture. Mais si l’Allemagne continue à se montrer aussi méprisante envers ses partenaires, il faudra bien que je revoie mon attitude.

Trop gentil avec la gauche de la gauche

J’ai été trop gentil aussi avec l’aile gauche du parti socialiste et de la majorité. Nous avons fait beaucoup en matière d’équité fiscale et de mise à contribution des hauts revenus et des grandes fortunes. Je le dis aujourd’hui avec force: nous ne pourrons créer des emplois en France que si les entreprises y trouvent un climat favorable à la prise d’initiatives, à l’investissement et à l’embauche.

Si l’impôt devient confiscatoire, si nous refusons aux entreprises toute souplesse dans leur gestion des effectifs, si nous refusons toute réforme, la reprise de l’activité se fera ailleurs dans le monde, sans nous. Le vote du texte transposant dans notre droit l’accord compétitivité emploi est une nécessité absolue.

Trop confiant

Enfin, je crois avoir commis une quatrième erreur: j’ai été trop confiant. Je savais pertinemment que nous n’arriverions pas à une croissance de 0,8% cette année et que la réduction du déficit public à 3% du PIB avait fort peu de chances d’être obtenue. Mais j’avais accepté ces objectifs volontaristes parce que je pensais que nous pourrions nous en approcher  davantage que ce ne sera le cas.

Les chiffres de croissance du quatrième trimestre 2012, très médiocres partout en Europe, m’incitent aujourd’hui à reconsidérer mon programme d’action et à forcer le pas. C’est pourquoi je vais demander au Parlement l’autorisation de légiférer par ordonnances pour débloquer la situation dans un certain nombre de secteurs, à commencer par le logement. Je pense en particulier au logement social où plus aucune décision ne se prend depuis plus d’un an, depuis le début de la période électorale. Or nous pouvons là créer ou à tout le moins sauvegarder des milliers d‘emplois.

Les hausses d’impôt, c’est (presque) fini

Manifestement, la tâche va être encore plus rude que je ne le pensais. En disant cela, je ne vous prépare pas à de nouvelles hausses d’impôts. Je vous le promets solennellement: les hausses d’impôts, c’est fini. Il se peut que nous soyons amenés à revoir telle ou telle mesure d’exonération ou d’allégement d’impôt qui coûte cher à l’Etat et rapporte peu à la collectivité.

Mais il n’y aura pas de hausse générale des impôts, même en cas de déficit budgétaire plus important que prévu.  Au-delà de l’effort demandé par Jean-Marc Ayrault dans sa lettre de cadrage envoyée récemment aux ministres, il n’y aura pas de rabotage systématique des dépenses. La Commission européenne et les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union sont désormais d’accord sur ce point: ce n’est pas par l’austérité que l’Europe retrouvera l’équilibre de ses comptes et la santé de son économie.

En aucun cas, cela ne signifie que nous nous autorisons une certaine négligence en matière budgétaire. Bien au contraire. Nous allons continuer sur la voie de la réduction des dépenses publiques, ainsi que nous nous y sommes engagés pour le quinquennat. Mais ces réductions seront étalées dans le temps et, surtout, elles résulteront d’un examen attentif et méthodique de ce que l’Etat, les collectivités locales et les institutions de sécurité sociale peuvent et doivent faire et de ce qu’elles peuvent et doivent arrêter. Ce ne sera pas facile, mais nous y arriverons. Il le faut.

Les déficits ne peuvent durer

Arrêtons de nous raconter des histoires et de reporter sans cesse la charge du fardeau budgétaire sur nos enfants. Que prévoit le budget pour 2013, qui demande pourtant  beaucoup de sacrifices? Des dépenses du budget général de 302 milliards d’euros qui ne sont couvertes que par 240 milliards de recettes, soit un déficit de 62 milliards. Autrement dit, même après avoir décidé des hausses d’impôt, l’Etat dépense encore 25%  de plus que ce qu’il espère gagner! Cela peut-il durer longtemps? Evidemment non. 

De même, la Sécurité sociale doit avoir encore cette année un déficit de plus de 11 milliards, qui n’a aucune justification. Un déficit temporaire de l’Etat peut se justifier, car l’Etat investit pour l’avenir. Avec le déficit de la Sécurité sociale, nous nous endettons pour payer des dépenses présentes. Ce n’est pas tolérable. La maîtrise des dépenses est une absolue nécessité.

Quant à l’emploi, je comptais sur les emplois d’avenir et les contrats de génération pour enrayer la hausse du chômage avant que les entreprises ne recommencent à créer des postes. Avec une croissance inférieure à nos prévisions cette année, cela ne suffira pas. Nous arriverons seulement à la fin de l’année à ralentir très fortement la progression du nombre des demandeurs d’emploi. Comme pour les finances publiques,  les objectifs seront atteints un peu plus tard que prévu. Mais nous tiendrons le cap.

Je comprends votre impatience et vos doutes. Mais je vous le dit: mes promesses seront tenues pour l’essentiel. J’avais été prudent: je ne vous en avais pas fait beaucoup!»

Il est peu probable que ce texte soit retenu par le Président. Sur le fond, ce qu’il dira sera sans doute assez proche, mais peut-être moins facilement compréhensible…

Gérard Horny

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Journaliste
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