Monde

Pape François: un nom pour un programme

Henri Tincq, mis à jour le 19.03.2013 à 9 h 25

En plaçant son pontificat, dont la messe d'intronisation a lieu ce mardi, sous le patronage de François d’Assise, le nouveau pape indique ses choix: la pauvreté, l’écologie, la non-violence, le dialogue avec l’islam, la réforme de l’Eglise.

Une carte postale représentant le pape François dans un magasin de Castelgandolfo. REUTERS/Tony Gentile.

Une carte postale représentant le pape François dans un magasin de Castelgandolfo. REUTERS/Tony Gentile.

Le nouveau pape devrait fixer ses objectifs lors de sa messe d’intronisation, mardi 19 mars, sur la place Saint-Pierre à Rome. Mais le prénom de François qu’il a choisi —et mûri pendant le dépouillement des voix au conclave, a-t-il confié samedi aux journalistes— est déjà en soi tout un programme.

François d’Assise (1181-1226) est l’un des saints les plus populaires, y compris chez les protestants et les non-chrétiens. Il symbolise une volonté à la fois de dépouillement, de réforme de l’Eglise, de respect de la nature, de non-violence et de dialogue avec l’islam, qui deviendront autant de priorités pour le nouveau pape.

On l’appelait le «Poverello», le «petit pauvre». François Bernardone —c’est son nom— est né en 1181 à Assise en Ombrie (Italie), d’une famille de commerçants et de nobles. Toute son adolescence, il rêve de porter les armes, de rejoindre les croisés, de se faire chevalier.

Mais à 23 ans, il se convertit, s’habille comme un paysan d’une tunique de grosse toile, d’une corde nouée à la taille. Il dilapide la fortune familiale pour la donner aux pauvres et part sur les routes. Il se fait mendiant parmi les mendiants, fréquente les lépreux et tous ceux qui sont rejetés par la société.

L'utopie franciscaine

En 1205, dans la petite église de San Damiano, près d’Assise, il entend une voix lui dire: «Va, François, et répare ma maison qui est en ruines.» Cette maison, c’est l’Eglise qu’il s’agit de réformer.

En 1209, François a 27 ans et il a des idées. Il se présente devant Innocent III au palais du Latran, alors la résidence des papes. La scène est immortalisée par le peintre Giotto sur les fresques qui ornent la basilique d’Assise.

Le songe d'Innocent III, par Giotto

François demande à Innocent III de pouvoir continuer son œuvre de mendiant, de pénitent et de prêcheur de rues. Les cardinaux s’indignent, mais le pape visionnaire le prend dans ses bras et s’exclame:

«C’est par ce jeune mendiant que l’Eglise sera rétablie sur ses bases.»

Innocent III est resté dans l’histoire comme le pape qui a donné le coup d’envoi à une réforme morale du christianisme. Pour lui, l’avenir de la foi chrétienne passe par des hommes proches du peuple, non compromis avec les puissants, capables d’aller vers les pauvres qui, au Moyen-Age, envahissent les campagnes et les villes naissantes, et de les soulever par une prédication simple.

Avec l’accord du pape de son temps, François d’Assise crée donc l’ordre des franciscains, encore appelé l’ordre des «frères mineurs», où l’on fait vœu de pauvreté, et qui va renouveler le style de l’Eglise et son évangélisation. C’est ce choix de l’humilité, d’une «Eglise pauvre, pour les pauvres», comme il a dit aux journalistes samedi, qu’a fait le nouveau pape François.

Saint patron des écologistes

Ce n’est pas tout. François d’Assise a été aussi désigné par Jean-Paul II comme le saint patron des écologistes.

Pour lui, la pauvreté est un chemin au service de la fraternité et de la réconciliation des hommes avec toute la Création. Une légende naïve le dépeint en train de parler aux oiseaux, puis au loup de Gubbio.

C’est lui surtout qui est l’auteur du célèbre Cantique des créatures, un chef d’œuvre de la poésie italienne, traduit dans toutes les langues. François y loue Dieu, son «frère Soleil», sa «sœur Lune», son «frère Vent», son «frère Feu», sa «sœur Eau».

Car, pour lui, tous les êtres vivants, hommes, astres, animaux, végétaux, sont reliés par un même désir de fraternité. François d’Assise est celui qui rompt avec la vision, dominante au Moyen-Age, d’un cosmos identifié à des forces terrifiantes.

Le nouveau pape ne s’est pas encore prononcé sur les questions écologiques, mais venant d’Amérique latine, il est probablement très proche de tous ces groupes, religieux ou non, engagés dans ce continent pour la défense de l’environnement, de la terre et des populations indiennes.

Respect pour l'islam

Le même François, en 1219, alors que les croisés font le siège de la ville fortifiée de Damiette, en Egypte, décide, en profitant d’une trêve, de traverser les lignes ennemies et de rencontrer Malek-al-Kamil, le sultan musulman d’Egypte.

Contact inouï. Est-ce un espion? Un émissaire? Un transfuge? Le camp musulman s’interroge.

Le sultan accepte de recevoir François. Là, à la stupeur générale, le moine se présente comme un «serviteur de Dieu», venu saluer une autre créature, musulmane celle-là, du même Dieu. Le sultan est touché. Il veut couvrir son hôte chrétien d’argent et de cadeaux et il le reconduit dans son camp.

Cette scène célèbre est connue dans les pays musulmans. Elle anticipe un dialogue avec l’islam qui s’imposera au nouveau pape comme une autre priorité de son pontificat.

Le nom de règne de François qu’a choisi Jorge Mario Bergoglio n’est donc pas dû au hasard. Le «poverello» d’Assise est celui qui a voulu renverser l’ordre cosmique et religieux du Moyen-Age.

Il a rêvé d’un monde où toute créature —le pauvre, la terre, le croyant quel qu’il soit— est sacrée et a droit au même respect. Nul doute que le nouveau pape jésuite voudra faire revivre aussi cette utopie franciscaine.

Henri Tincq

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Journaliste
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