Culture

Pourquoi tant de haine contre Anne Hathaway –et d'amour pour Jennifer Lawrence?

Michael Atlan, mis à jour le 19.03.2013 à 10 h 32

Jeunes, talentueuses, belles, elles ont chacune un Oscar, mais déclenchent des réactions bien différentes...

Jennifer Lawrence et Anne Hathaway posent avec leur Oscar, le 24 février 2013. REUTERS/Mike Blake

Jennifer Lawrence et Anne Hathaway posent avec leur Oscar, le 24 février 2013. REUTERS/Mike Blake

Au lendemain de son Oscar de la meilleure actrice, Jennifer Lawrence s’est soudain mise à concentrer sur elle une dose d’amour presque insensée.

De Twitter à Entertainment Weekly, les déclarations d’amour se sont multipliées pour la star de Happiness Therapy.

Tapez son nom sur YouTube et découvrez Jennifer Lawrence parlant de sa rencontre avec John Stamos, Jennifer rencontrant Jack Nicholson pour la première fois, Jennifer recevant un Golden Globe, Jennifer en interview après son Oscar etc.

Les images parlent d’elles-mêmes. La jeune femme est naturelle. Elle a les pieds sur terre. Elle a le charme de la girl next door qui ne s’en laisse pas compter. Bref, elle fait son entrée dans la grande tradition des «petites fiancées de l’Amérique», les Meg Ryan, les Reese Witherspoon, les Judy Garland.

D’autres actrices ayant, en leur temps, déclenché des avalanches d’amour, tous publics confondus.

Toute la haine d’Internet contre Anne Hathaway

Ce soir là, l’autre actrice oscarisée se nomme Anne Hathaway. Pour un second rôle cette fois. Elle, au contraire, a rejoint depuis quelques mois une autre longue tradition d’actrice: celles qu’on aime détester, les Gwyneth Paltrow, les Bette Davis.

Anne Hathaway semble concentrer sur elle toute la haine de l’Internet. 85 millions de résultats sur Google pour «hate Anne Hathaway», avec ses 113 millions de résultats, seul Justin Bieber semble un concurrent de poids.

Comme si il ne pouvait y en avoir qu’une. Comme si le torrent d’amour déferlant dans la direction de l’une avait totalement asséché l’autre. Ce phénomène, dont le point culminant a été atteint ce dimanche 24 février, a même trouvé un nom: la Hathahate.

«Je regarde son beau visage jouer la comédie avec talent et je ne vois que cette belle et grande bouche. Je ne l’aime pas. Regardez ces beaux yeux noirs. Je ne les aime pas. Ecoutez ses beaux petits mots. Je ne les aime pas. Ferme-là. Ferme-là, Anne Hathaway.»

C’est ce qu’on peut lire sur le site people Crushable, quelques lignes qui résument bien le zeitgeist concernant l’actrice.

Anne Hathaway, «trop tout»

Détester Anne Hathaway est devenu le sport national du réseau mondial. Anne Hathaway serait trop belle (ou trop moche). Anne Hathaway aurait des trop belles dents (!). Anne Hathaway serait trop «dramatique», trop «théâtrale», toujours à sourire, toujours à ouvrir en grand ses grands yeux ronds, toujours à s’agiter, à parler fort, à chanter fort, à se mettre en valeur. Et c'est vrai. L'actrice est hyperactive. C'était flagrant lorsqu'elle anima, en compagnie d'un James Franco apathique, la 83e cérémonie des Oscars, marquant le point de départ de la Hathahate.

C'est tellement fatiguant ces stars qui font leur métier de star…

Anne Hathaway a évolué dans la cour des grands très vite. Elle ne fait pas partie de ces actrices aux CV chargés de rôles alimentaires. Révélée au grand public à 16 ans par la série La Famille Green puis, deux ans plus tard, avec son premier rôle au cinéma, celui d’une adolescente comme les autres découvrant qu’elle est l’héritière d’un royaume dans Princesse Malgré elle, l’actrice connaît le succès et devient une star quasi-instantanément.

Une carrière intelligente

Quant à la suite de sa carrière, elle la mène avec une intelligence assez rare. D’abord, en touchant à tous les genres et à tous les styles, de la comédie romantique à l’action en passant par le fantastique et le drame intimiste, elle évite de se faire cataloguer.

Du Diable s’habille en Prada à Rachel se marie, il y a un gouffre abyssal. Mais tandis que l’un lui apporte dollars et identification par le très grand public, l’autre lui apporte nominations aux Oscars et reconnaissance critique.

Bref, l’actrice est ambitieuse et s’en cache à peine. Quand elle remporte son Oscar, ses premiers mots sont: «It came true» («Le rêve est devenu réalité»). Quant à ce discours de remerciement, il est aussi polissé que le crâne de Bruce Willis. Rien ne dépasse. Aucun oubli et surtout pas les producteurs et studios.

Tout le contraire de Jennifer Lawrence qui a commencé par trébucher au pied de la scène et finit par blaguer sur cette chute comme si elle sortait d’une soirée entre potes.

Le style Hathaway

Voilà le style Hathaway. Elle prend les choses en main, pas avec naturel, décontraction et déconne mais avec professionnalisme et détermination, quitte à parfois paraître glaciale dans un monde où le moindre faux-pas se pardonne à coup de vidéos virales sur Funny Or Die.

Fille d’actrice, la star des Misérables a une très haute opinion de son métier, quitte à prendre des risques que peu de ses collègues oseraient prendre. Exemples: se balader près d’une heure les seins à l’air dans l’adaptation du roman culte Love et autres drogues, passer après la culte et vénérée Catwoman de Michelle Pfeiffer dans The Dark Knight Rises ou interpréter en «live» en gros plan face caméra la très compliquée chanson I Dreamed a dream dans Les Misérables.

Anne Hathaway fait partie d’une espèce rare à Hollywood qui tend, depuis toujours, à formater ses stars, de l’ambitieux Tom Cruise au héros déconneur Will Smith en passant par le chien fou Mel Gibson.

Comme son idole et modèle Meryl Streep, Anne Hathaway est une pure actrice de composition. Elle veut tout jouer, ne pas se laisser enfermer dans une case et c’est ce qu’elle fait. Avec un talent qu’il est difficile de lui enlever. Barack Obama l’a lui-même dit:

«Elle est spectaculaire. J’ai eu la chance de voir Batman et elle était la meilleure chose du film.»

Pas facile de se faire aimer quand les films ne suivent pas

Rien ne l’arrête. Même pas des fours au box-office. Même pas des critiques assassines. Et des fours et des critiques assassines, il y en a eu. Beaucoup.

Entre 2008 (année de sa rupture très médiatisée avec Raffaello Folieri, emprisonné pour arnaque) et 2011, l’actrice a enchaîné les désastres à l’écran. Des Passagers à Meilleures ennemies en passant par Valentine’s Day, Alice au pays des merveilles ou Love et autres drogues, son choix de films s’est avéré plus que douteux.

Pas facile de se faire aimer quand les films ne suivent pas. En comparaison, Jennifer Lawrence, à seulement 23 ans, grâce à deux franchises à plusieurs centaines de millions de dollars (Hunger Games et X-Men), n’a presque connu que le succès, comme Hathaway en 2007 quand elle avait sensiblement le même âge et qu’elle était au top de sa popularité.

Hathaway n’a jamais joué la carte de la franchise qui assure succès et revenus réguliers. Encore une fois, elle se met en péril. Quand il s’agit de son métier et de sa carrière, elle ne fait pas les choses comme les autres.

Et si le hathahate peut trouver une justification à peu près légitime, c’est là: ne pas aimer une actrice parce qu’on aime pas ses films, je ne vois pas de meilleure raison. Blâmer sa grande bouche, son physique, son hyperactivité, c’est utiliser une jeune femme ambitieuse et talentueuse comme punching-ball, en plus d’être une attitude contre-productive.

On pardonne rarement l’ambition aux jeunes femmes

Lena Dunham s’y connaît en haine gratuite et malplacée. Peut-être une raison pour laquelle la créatrice de la série Girls s’est empressée de défendre Hathaway dans ce tweet, quelques heures seulement après les Oscars:

«Anne Hathaway est une féministe et elle a des dents incroyables. Gardons nos mauvais comportements pour ceux qui ne font pas avancer la cause.»

Car Dunham sait une chose plus qu’aucune autre: l’ambition est malheureusement une valeur qu’on ne pardonne rarement aux jeunes femmes. Même en 2013. Dans une culture obsédée par la célébrité, ce qui intéresse avant tout, c’est une robe qui ferait ressortir les tétons et une photo de l’entre-jambe de la star avant la cérémonie des Golden Globes.

En pleine promo des Misérables dans lequel elle incarne une jeune femme forcée à se prostituer et à vendre ses cheveux pour survivre et élever sa fille, voici, en effet, la première question qu’on lui pose dans une des émissions les plus regardées aux Etats-Unis:

«Vous avez eu un petit problème de robe la nuit dernière. Quelle leçon avez-vous retenue de cela? A part continuer à sourire, ce que vous faites toujours?»

Ce à quoi l’actrice à répondu, calme et déterminée:

«Ca me rend triste à deux points de vue. Premièrement, je suis très triste de vivre à une époque où une personne prenant une photo d’une autre personne dans un moment vulnérable préfère la vendre plutôt que l’effacer. Deuxièmement, je suis désolée que notre culture transforme en marchandise la sexualité de personnes sans leur consentement, ce qui nous ramène aux Misérables

Jennifer Lawrence est mignonne, rigolote et d’un naturel désarmant. Justement, voyez comment elle réagit quand on l’interroge sur une photo de paparazzi de ses fesses (à partir de 9m14).

Qu’elle reste comme ça aussi longtemps que possible. C'est frais, spontané et rare. Anne Hathaway est peut-être moins naturelle, mais elle tente de faire changer un peu la façon dont les jeunes actrices sont aujourd’hui perçues, en prenant des risques et en refusant d’être un simple objet sexuel. Qu'elle reste comme ça également. C'est encore plus rare.

Michael Atlan

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