Chômage: horizon bouché sur le front de l'emploi, surtout pour les jeunes

Une demandeuse d'emploi, à Nice en février 2013. REUTERS/Eric Gaillard

Une demandeuse d'emploi, à Nice en février 2013. REUTERS/Eric Gaillard

La barre de «un actif sur dix» sans emploi de nouveau franchie.

Le taux de chômage atteignait 10,2% en France fin 2012 (10,6% avec les DOM-TOM). En février 2013, la hausse s'est poursuivie, avec 18.400 chômeurs de plus en un mois (+0,6%), soit un total de 3,187 millions d'inscrits en métropole. La France se rapproche donc du pic de 1997. Si l'on inclut les inscrits à Pôle emploi exerçant une activité réduite, 4,706 millions de personnes cherchaient un travail en métropole (+26.500 demandeurs d'emploi par rapport à janvier, +0,6% également).

C’est la première fois depuis quatorze ans que la barre de «un actif sur dix» sans emploi est franchie. Au bout de quatre années de crise, depuis le pic de 2008, l’économie française aura détruit quelque 400.000 emplois salariés, sur 24 millions soit 1,6%.

Essayer de voir la fin du tunnel n’est pas simple. La courbe des emplois suit la conjoncture avec des «dynamiques contrastées», note l’Insee.

En 2006 et 2007, belles années, le marché du travail avait été très dynamique avec la création de 393.000, puis 333.000 emplois salariés nets. Le PIB avait cru respectivement de 2,6% et de 2,3% ces deux années-là et ce résultat a permis au taux de chômage de redescendre à 7%.

Puis la crise a frappé et 164.000 emplois en 2008, puis 220.000 en 2009 ont été perdus. En 2010, la reprise (le PIB remonte de 1,7%) ne permet la création nette que de 52.000 emplois salariés. Elle s’essouffle dès l’été 2011 et cette année-là aura été neutre pour l’emploi (seulement 16.000 créations nettes). En 2012, la stagnation (croissance nulle) a provoqué une nouvelle dégradation (99.500 emplois).

Encore des destructions en 2013

Tous ces chiffres montrent que l’emploi va encore souffrir en 2013 à cause d’une évolution du PIB attendue entre -0,5% et +0,5%. Tout dépendra, pour le résultat global, du succès des emplois aidés par l’Etat (contrats de génération et emplois d’avenir) mais il est logique que l’économie française perde encore beaucoup de postes.

En 2014, la balance de créations/destructions ne redeviendra positive que si la croissance remonte bien au-dessus de 1%, ce que peu d’économistes prévoient pour l’instant.

Tous les secteurs sont dans le rouge. L’industrie, qui avait vécu une renaissance en 2010, avec un regain des postes, est repartie en forte chute cette année avec un rythme annuel de 2% supérieur même à la moyenne observée de 2000 à 2007 (-1,2%). Le redressement n’a pas lieu. Mais les deux secteurs naguère positifs, la construction et les services marchands, ont également basculés dans le déclin. Les services ne créent plus d’emplois alors qu’ils bénéficiaient d’une croissance forte et régulière de 2,7% l’an. Même triste constat pour la construction: les mises en chantier sont au plus bas.

Les premières victimes du désastre sont les jeunes et les moins qualifiés. Ils occupent les emplois les moins stables, les premiers à être supprimés. Tandis que dans la population totale, les CDD occupent 8% des emplois, cette proportion passe à 30% chez les jeunes. L’apprentissage concerne 20% d’entre eux contre 4% pour l’ensemble des salariés.

Seuls 28% des moins de 25 ans ont un travail

Un autre phénomène pénalise les jeunes: avec le recul de l’âge de la retraite, les seniors sont restés en poste. Et dans le climat de dégradation générale, ce maintien s’est fait au détriment des moins de 50 ans et, en particulier, des jeunes. Seuls 28% des moins de 25 ans ont un travail. Ils sont 730.000 au chômage et représentent un quart des chômeurs. La France n’a pas de quoi être fière. Elle ressemble en cela à l’Italie et l’Espagne et se détache des pays du Nord où non seulement il y a peu de chômage, mais où les jeunes ne sont pas sacrifiés.

La crise provoque un autre effet: les hommes se retrouvent autant au chômage que les femmes. «Alors que le taux de chômage des hommes est inférieur de 1,2 point à celui des femmes en moyenne depuis 2003, l’écart s’est réduit à 0,3 point au troisième trimestre 2012», note l’Insee. Cette convergence s’était déjà produite entre 2008 et 2009. Elle  s’explique: la dégradation récente de l’emploi a été plus forte dans l’intérim, dans l’industrie et la construction, secteurs où les hommes sont surreprésentés.

Dernier constat important: la probabilité de passer de l’emploi au chômage est d’autant plus importante que l’emploi est moins qualifié.

«Les ouvriers en emploi en 2011 ont ainsi un risque de 4,5% de se retrouver au chômage l’année suivante, risque trois fois plus élevé que celui des cadres.»

Ce risque est encore supérieur pour les ouvriers non qualifiés (5,5% en 2011). Les employés et les professions intermédiaires ont une probabilité intermédiaire.

Eric Le Boucher

Article également publié sur Emploiparlonsnet

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