France

Attentat de Karachi: la complicité des services pakistanais est probable

Françoise Chipaux, mis à jour le 20.06.2009 à 15 h 53

Mais prêter des motifs financiers à l'attentat est contestable. Les services de renseignements (ISI) avaient des moyens plus efficaces de se faire entendre.

Le 8 mai 2002 à peine trois mois après la découverte de l'assassinat à Karachi du correspondant du Wall Street Journal Daniel Pearl et alors que les attentats suicides se multiplient au Pakistan, un kamikaze au volant d'une voiture piégée se fait exploser contre un bus de la marine pakistanaise transportant des ingénieurs français de la DCN. Onze Francais, trois Pakistanais sont tués devant l'un des grands hôtels du centre de Karachi. Cet attentat survient alors que les extrémistes islamistes cherchent par tous les moyens à punir le régime du général Pervez Musharraf qui a «choisi» après les attentats du 11 septembre l'alignement sur Washington et donc l'abandon des talibans afghans. Al Qaida est logiquement mis en cause et la piste terroriste restait jusqu'aux très surprenantes révélations de l'avocat de familles de la DCN la plus solide.

Sept ans après les faits, les très graves accusations portées à la fois contre des autorités françaises et l'Etat pakistanais qui auraient fait tuer les ingénieurs pour se venger de commissions non payées mériteraient pour le moins un peu de substance. En l'état actuel des déclarations faites par Maître Morice, il semble que des amalgames hâtifs aient été faits. Que des contrats d'armes signés entre la France et le Pakistan aient donné lieu à des commissions ne fait aucun doute. Le contrat des sous marins Agosta signé en 1994 sous le régime de Francois Mitterrand et qui a été mis en œuvre sous celui de Jacques Chirac implique trois dirigeants pakistanais: l'ex Premier ministre (aujourd'hui assassinée) Benazir Bhutto, son rival Nawaz Sharif et enfin à partir de 1999 le général Pervez Musharraf.

Interrogée en 1998 sur déjà des accusations de corruption liées à ce contrat qui touchaient son mari aujourd'hui président du Pakistan, Asif Ali Zardari, Benazir Bhutto nous avait répondu assez légèrement et en pleurant: «c'est votre président François Mitterrand (alors décédé) qui était corrompu». Le président Zardari -appelé Monsieur 10% pour sa propension à prendre sa part des contrats signés par sa femme alors Premier ministre- a passé onze ans en prison pour corruption sans toutefois qu'aucune affaire ne soit prouvée.

Dire que l'attaque de Karachi «a été faite avec des complicités dans l'armée pakistanaise et des membres des services de renseignements soutenant les extrémistes islamistes» est probable. Affirmer que ceux-ci avaient des buts financiers est une autre histoire. Pourquoi se livrer à une opération aussi compliquée sans en savoir exactement à l'avance les éventuels résultats alors que l'armée ou les services de renseignements (ISI) ont quand même des moyens plus adéquats et efficaces pour obtenir gain de cause, si là était le problème.

Que le revirement du Pakistan en faveur de Washington décidé par le général Musharraf ait fait de nombreux mécontents au sein de l'establishment sécuritaire pakistanais n'est pas en revanche un secret. A la veille des premiers bombardements américains sur l'Afghanistan, le général Musharraf avait démis le chef de l'ISI et deux des plus hauts responsables de l'armée.  

Deux membres présumés du groupe extrémiste islamiste Harkatul Mujahideen al-Aalmi avaient été condamnés en 2003 pour cette attaque par un tribunal anti-terroriste siégeant à Karachi. La haute Cour du Sind - sans aucun doute sous l'influence de responsables sécuritaires- a toutefois le mois dernier ordonné la libération des deux hommes « par manqué de preuves ». Dans le cadre de la lutte sélective engagée par les autorités pakistanaises contre les extrémistes islamistes, plusieurs cas de libération controversée ont eu lieu ces dernières semaines et semblent liées à la situation prévalant dans le pays.

Reste à savoir pourquoi ces accusations qui risquent de compliquer les relations franco-pakistanaises surgissent maintenant. Sont-elles liées aux discussions en cours pour l'acquisition de nouveaux sous marins que le Pakistan pourrait acheter cette fois à Berlin ? Sont-elles liées à d'autres contrats d'armements notamment dans le domaine aéronautique discutés entre la France et le Pakistan ? Ont-elles pour but principal de discréditer le président Pakistanais ou de jeter le trouble dans la classe politique française ?

En l'absence d'éléments concrets, toutes les hypothèses sont possibles mais la thèse d'un attentat terroriste reste jusqu'à maintenant la plus largement acceptée et la plus vraisemblable.

Françoise Chipaux

Crédit photo: Jacques Chirac décore les cercueils des onze Français tués dans l'attentat à Karachi du 8 mai 2002   Reuters

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