Life

Le pape François n'a qu'un seul poumon. Ça arrive souvent?

Jean-Yves Nau, mis à jour le 14.03.2013 à 13 h 59

Agé de 76 ans, le successeur de Benoît XVI ne vit qu’avec un seul poumon depuis une intervention chirurgicale effectuée dans sa jeunesse. Pourquoi? Et est-ce que son espérance de vie en est réduite?

Place Saint-Pierre le 13 mars, des fidèles attendent l'apparition du futur pape. REUTERS/Giampiero Sposito

Place Saint-Pierre le 13 mars, des fidèles attendent l'apparition du futur pape. REUTERS/Giampiero Sposito

Stricto sensu, la «pneumectomie» consiste en l’ablation de la totalité de l’un des deux poumons. Elle peut aussi être partielle (lobectomie). L'ablation du poumon droit est généralement considérée comme plus grave que l'ablation du poumon gauche parce qu'elle laisse en place moins de poumon fonctionnel. En effet, des deux poumons que possède l’homme, l’un (le droit) est composé de trois lobes quand l’autre (le gauche) n’en comporte que deux laissant ainsi la place nécessaire à la pompe musculaire cardiaque.

L’arbre pulmonaire est d’autre part protégé par la plèvre, constituée d’un feuillet dit «pariétal» (adhérent à la paroi thoracique) et d’un autre dit «viscéral» adhérent aux deux poumons. Ces deux feuillets sont séparés par un espace virtuel qui favorise le glissement des poumons pour les phases inspiratoire et expiratoire.

La principale indication de la «pneumectomie» est un cancer broncho-pulmonaire. La décision de recourir à la chirurgie est fonction de la taille de la tumeur et de sa situation dans l’arbre pulmonaire. Le chirurgien peut pratiquer une résection cunéiforme: il procède à l’ablation de la tumeur ainsi qu’une petite partie du poumon. Dans la lobectomie, le chirurgien enlève le lobe du poumon où se trouve la tumeur. Il s’agit du type de chirurgie le plus fréquemment utilisé pour le cancer du poumon.

Cancers, tuberculose, pneumothorax...

Dans la pneumonectomie, l’un des deux poumons est ôté dans sa totalité. La fonction respiratoire est alors assurée par le poumon restant. C’est le même type de suppléance qui est assurée lors de l’ablation de l’un des deux reins ou d’un lobe du foie.

Les interventions chirurgicales sur les poumons (résections pulmonaires) peuvent aussi être pratiquées dans le traitement de certaines formes de la tuberculose. Notamment en cas de tuberculoses pulmonaires dues à des bacilles de Koch devenus résistants aux différents types d’antibiotiques antituberculeux hier encore efficaces. C’est là une intervention à haut risque comme le montre une publication marocaine parue en 2009 dans la Revue des maladies respiratoires.

Une autre hypothèse concernant le pape François est la pratique, jadis répandue, du pneumothorax comme traitement d’une infection tuberculeuse. Une hypothèse compatible avec la proximité de Jorge Mario Bergoglio avec les populations pauvres argentines dans le pays où il a vu le jour en 1936. Un pneumothorax est une affection de la plèvre mettant en communication l'espace pleural et l’atmosphère extérieure. La conséquence en est un affaissement du poumon, avec des conséquences respiratoires et circulatoires parfois graves.

En cas  de pneumothorax bilatéral ou suffoquant, c’est une  urgence vitale. La première identification d’un pneumothorax de l’histoire date de 210 ans: elle a été réalisée à Paris par Jean Itard (1774-1838), collaborateur du célèbre René Laennec (1781-1826).

Le pneumothorax est dit soit «spontané» soit «traumatique». Il peut aussi survenir en présence ou en absence de maladie. En l’absence de causes connues il survient principalement chez des hommes jeunes (entre 15 ans et 40 ans), longilignes et fumeurs.

Le corps s'adapte

Il existe d'autres facteurs de risque comme les variations brutales de la pression atmosphérique ou à certaines conditions climatiques, sonores ou génétiques. Il arrive aussi que le pneumothorax soit «iatrogène» (complication d'un acte médical) ou «thérapeutique»: il s’agit alors de provoquer volontairement un pneumothorax dans le but de guérir une maladie. C'était le cas de la tuberculose qui était fréquemment traitée de cette manière jusque dans les années 1950 ou 1960 en fonction de la disponibilité et du coût des premiers médicaments antituberculeux. 

L’expérience montre que cette réduction spectaculaire des capacités pulmonaires peut être sans conséquences notables sur les performances physiques et l’espérance de vie. Une démonstration parmi beaucoup d’autres des remarquables facultés d’adaptation de l’organisme humains aux contraintes auxquelles il peut être soumis.

Jean-Yves Nau

Jean-Yves Nau
Jean-Yves Nau (803 articles)
Journaliste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte