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Quand Dieu a-t-il pointé son nez dans le mariage?

Brian Palmer, mis à jour le 03.04.2013 à 16 h 39

Les unions civiles ont sans doute préexisté au mariage religieux.

Des couples de même sexe prononcent leurs voeux de mariage à la First Baptist Church de Seattle, en décembre 2012. REUTERS/Jordan Stead

Des couples de même sexe prononcent leurs voeux de mariage à la First Baptist Church de Seattle, en décembre 2012. REUTERS/Jordan Stead

Le Sénat français examine le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe à partir du 4 avril. Parmi les opposants au texte, on retrouve notamment les représentants des religions monothéistes et de nombreux catholiques font partie des cortèges de la «manif pour tous». En Grande-Bretagne, la chambre des Communes du Parlement britannique a adopté en seconde lecture la loi autorisant le mariage pour personnes de même sexe le 5 février (le texte doit encore être étudié en commission puis en troisième lecture avant d'être envoyé à la Chambre des lords). Cette question a profondément divisé le Parti conservateur, ainsi que l’Eglise anglicane. L’Eglise reconnaît en effet les unions civiles entre personnes du même sexe comme légales, mais s’oppose au mariage gay qui, selon ses chefs, viendrait saper le caractère sacré qui est celui du mariage au sein de la société. Certes, mais le mariage est-il, à l’origine, une institution religieuse ou légale ?

La réponse est: une institution légale, pour l’essentiel. Le mariage est apparu sous des formes à chaque fois particulières dans des centaines de civilisations à travers le globe, et il est par conséquent très difficile de désigner ce qui aurait ainsi pu être le «premier mariage de l’histoire» ou même quelle société fut la première à considérer le mariage comme une institution.

Les accords de mariage de la société sumérienne, qui remontent au troisième millénaire avant notre ère, sont parmi les plus anciens en la matière. Les couples prêtaient serment, devant une petite série de divinités, de respecter un petit nombre de points, mais la plupart des récits de ces évènements ne font pas mention des dieux ou de la religion, ce qui semble suggérer que les Sumériens considéraient le mariage comme une affaire purement juridique. Les termes du mariage étaient clairement contractuels, et prévoyaient des punitions pour les infidélités (la pénalité pour les infidélités masculines s’élevait à 10 shekels versés à la femme –les femmes, quant à elles, étaient étranglées et jetées au fleuve). Il n’existe aucune indication que quelqu’un ayant violé les accords du mariage ait subi les foudres éternelles de Shamash et de Mardouk, ni que ces divinités se soient intéressées d’une manière ou d’une autre aux mariages.

La vision du mariage chez les anciens Hébreux est délicate à établir. Les chercheurs se battent depuis des années pour savoir comment traduire le mot utilisé dans l’Ancien testament qui décrit le mariage: «contrat», soit un simple accord entre deux partie, ou «engagement», «alliance», qui sous-entend un serment additionnel adressé à Dieu?

Une des difficultés est la suivante: l’Ancien testament utilise le même mot pour décrire à la fois la relation de Dieu avec les Israélites et la promesse que le mari fait à sa femme. Certains anciens auteurs hébreux ne manquent pas de faire clairement l’analogie entre les deux relations et, il faut s’en souvenir, les Dix commandements mentionnent la claire aversion de Dieu envers l’adultère. Toutefois, comme avec les accords de mariage à Sumer, les documents décrivant les mariages juifs de l’Antiquité se limitent pour l’essentiel à une liste d’obligations et de conséquences légales et ne contiennent que très rarement le moindre élément de langage spirituel.

Il est probable que l’idée de mariage, conçu comme une union sacrée impliquant Dieu se développa au fil du temps chez les premiers hébreux, mais les preuves d’un tel glissement sont ouvertes aux interprétations.

Quid des Grecs pré-chrétiens, fondateurs de l’histoire occidentale moderne? Certains des écrits de Platon placent clairement le mariage dans un cadre semi-spirituel. Il écrit ainsi que «l’amour est naturel à l’homme; il nous ramène à notre nature primitive et à deux êtres ne faisant qu’un, rétablit en quelque sorte la nature humaine dans son ancienne perfection».

Ce sentiment romantique fait écho à cette notion présente dans l’Ancien testament, qui dit que «les deux ne formeront plus qu’une seule chair». Mais la philosophie générale de Platon est avant tout pratique: le mariage est bon pour la société grecque. Il conseille même aux jeunes gens de se choisir une compagne en fonction des intérêts de la polis, pas de l’amour ou des désirs personnels.

Aristote a également une vision légale et utilitaire du mariage, et affirme ainsi que le mariage «permet de joindre l’utile à l’agréable». Il semble donc que le mariage soit un acte contractuel en Grèce antique.

C’est le Nouveau testament qui introduit Dieu dans le mariage, d’une manière évidente en décrivant la participation de Jésus aux Noces de Cana, où il bénit l’union des époux en transformant l’eau en vin. Jésus évoque également le caractère sacré du mariage en affirmant «ce que Dieu a uni, l’homme ne doit point le séparer». (Matthieu, 19.6).

Au Ve siècle de notre ère, un petit nombre de chrétiens commencent à décrire le mariage comme un rite religieux, comparable au baptême, mais il faut attendre le XIIIe siècle pour voir le mariage terminer sa longue transition de l’accord contractuel au sacrement chrétien.

Brian Palmer

Traduit par Antoine Bourguilleau

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