Monde

Succession de Benoît XVI: le conclave, un fascinant huis clos

Henri Tincq, mis à jour le 11.03.2013 à 18 h 24

Mardi 12 mars s’ouvrira dans la chapelle Sixtine le conclave qui désignera le nouveau pape. Comment se déroule ce huis clos qui sera suivi par toute la planète ?

Les tables du conclave dans la chapelle Sixtine, le 9 mars 2013. REUTERS/Stefano Rellandini.

Les tables du conclave dans la chapelle Sixtine, le 9 mars 2013. REUTERS/Stefano Rellandini.

C'est sans doute l'élection la plus fascinante au monde. Un conclave, c'est à la fois un cérémonial religieux, un huis clos et une procédure de vote –très humaine– à bulletin secret. Précédé par les «congrégations générales» qui auront permis aux 115 cardinaux électeurs de faire connaissance, de débattre de la situation de l’Eglise et de dégager un profil-type de pape, un conclave ne sert qu'à voter.

S'ils n'ont pas le droit de communiquer avec l'extérieur, si tous les portables ont été fermés, il n'est pas interdit aux électeurs de se parler. Alors on devine, entre les prières et les quatre tours de scrutin quotidiens, le climat d'intrigues, les «petites phrases» lâchées au détour d'un couloir, dans le bus qui transporte les électeurs de la chapelle Sixtine à la résidence Sainte-Marthe, à l‘intérieur du Vatican, où ils passent la nuit.

On devine aussi le sentiment d'anxiété croître à chaque dépouillement, les regards qui se tournent vers les cardinaux dont les noms sont égrenés au moment du décompte des voix. Au conclave d’avril 2005, le cardinal argentin Jorge Mario Bergoglio, qui avait obtenu jusqu’à une quarantaine de voix, donnant des signes d’impuissance, s’était retiré de la course, les larmes aux yeux, et le cardinal Ratzinger avait été facilement élu.

Serment de secret

Mardi 12 mars au matin, les 115 cardinaux électeurs, venus de 51 pays, vêtus de leur aube blanche recouverte d'une chasuble rouge, vont célébrer la messe pro eligendo papa (pour élire le pape) à la basilique Saint-Pierre de Rome. Messe solennelle au cours de laquelle ils invoqueront l'assistance divine pour qu'«illuminés par la grâce, les cardinaux désignent un digne père et pasteur à l'Eglise». Dans l’après-midi, devant les caméras de la télévision vaticane, ils vont faire leur entrée en procession solennelle dans la chapelle Sixtine, en chantant le cantique du Veni creator spiritus (appel à l'Esprit-Saint).

Puis les caméras vont se retirer, les portes se refermer. «Extra omnes» («Tout le monde dehors»), s’écriera Guido Marini, maître des célébrations pontificales, à l’intention des présents qui ne sont pas électeurs. Les scellés seront posés.

Et, à la suite du cardinal Giovanni Battista Ré, premier des cardinaux-évêques (remplaçant le doyen du Sacré Collège, qui est âgé de plus de 80 ans et n’est plus électeur), les votants vont prêter serment, un à un, de garder le secret «sur tout ce qui se rapporterait à l'élection du pontife romain» et de «ne prêter faveur à aucune ingérence». Le deuxième conclave du XXIe siècle, destiné à élire le 266ème pape de l'histoire, pourra alors commencer.

«Scrutateurs», «infirmari» et «réviseurs»

Le premier acte dans la chapelle Sixtine consiste à tirer au sort trois «scrutateurs» qui vont s'asseoir sous la fresque intimidante du Jugement dernier de Michel-Ange; puis trois «infirmari», chargés d'aller recueillir dans leur chambre les votes des éventuels cardinaux malades; enfin, trois «réviseurs», dont la tâche est de vérifier le dépouillement. Il est probable que les cardinaux procèdent à un premier tour de scrutin dès le mardi 12 mars au soir, mais c’est à partir du mercredi 13 que quatre votes auront lieu chaque jour, deux le matin et deux l'après-midi.

Pour voter, les cardinaux écrivent à la main le nom de leur choix. Ensuite, après avoir plié en quatre le bulletin qui porte les mots «Eligo in Summum Pontificem...» («J'élis comme souverain pontife...»), ils se dirigent, un par un, jusqu'à l'autel, en déclarant en latin «Je prends à témoin le Seigneur qui me jugera que je donne ma voix à celui que, selon Dieu, je juge devoir être élu.» Puis ils font glisser leur bulletin, à l'aide d'un plateau, dans l'urne en argent et bronze doré qui est placée sur l'autel.

Quand tous les cardinaux ont voté, l'un des «scrutateurs» agite l'urne pour mélanger les billets et un autre commence à compter, prenant chaque bulletin pour le déposer dans une urne vide. Un autre lit les noms à haute voix et les note. En même temps, il perfore les bulletins avec une aiguille, les enfile pour qu'aucun ne se perde.

Souhait d'un conclave de courte durée

A l'issue du dépouillement, les «scrutateurs» font le décompte des voix et en notent les résultats, puis les cardinaux «réviseurs» vérifient tant les bulletins que les relevés de suffrages. Pendant tout ce temps, les électeurs attendent, font leurs calculs, feuillettent un livre ou leur bréviaire. Ils n’ont pas droit aux journaux. On raconte que, pendant le conclave d’octobre 1978 qui allait l’élire pape, l’archevêque de Cracovie, Karol Wojtyla, tuait le temps en lisant un exemplaire d’une revue d’études marxistes!

Une majorité des deux tiers –77 voix pour 115 électeurs– est nécessaire pour être élu, au moins pour les 33 premiers scrutins (quatre par jour), mais nul n'ose imaginer que l'élection du pape puisse ainsi durer. Sil y a un souhait qui fait l'unanimité des cardinaux, c'est que le conclave soit de courte durée.

Depuis 1831 et l’élection de Grégoire XVI, aucun conclave n’a duré plus de quatre jours. Il en va de l'image d'unité que l'Eglise entend donner à travers le choix de son pape. Trop de tours, trop de jours de scrutin et l'idée serait acquise que le collège électoral est divisé.

Lorsque l’élection sera faite, le cardinal Ré s’approchera de l’élu et lui posera la question rituelle: «Acceptes-tu ton élection canonique comme souverain pontife»? Chaque présent retient alors son souffle. Fixant celui qui l’interroge, l’élu répondra (selon toute probabilité): «Accepto» («J’accepte»). Il deviendra pape sur-le-champ sans plus de formalités.

Fumée noire et fumée blanche

Le cardinal Ré lui demandera ensuite sous quel nom il souhaite régner. Chacun entend alors la réponse assurée du nouvel élu qui, pendant tout le temps du dépouillement et de l’énoncé de son nom sous les voûtes de la Sixtine, a réfléchi à ce nom de pape qui résume en soi tout son programme. Puis chacun des cardinaux viendra donner l’accolade et faire obédience au nouvel élu, successeur de Benoît XVI.

Après les votes du matin et de l'après-midi –qui s'achèveront vers 12 heures et vers 19 heures– les bulletins de vote et les notes prises par les cardinaux seront brûlés dans le poêle à l'intérieur de la chapelle Sixtine. Si le pape était élu à l'issue d'un premier vote en début de matinée ou en début d'après-midi, la fumée serait bien sûr anticipée.

Si le résultat est négatif, on ajoute dans le poêle de la paille humide épaississant et noircissant la fumée ainsi qu'un colorant chimique. Quand il est positif, on fait brûler les seuls bulletins, produisant alors une fumée blanche et légère annonçant l’élection à la foule massée sur la place Saint-Pierre. Les cloches de la basilique sonnent en cas d'élection pour confirmer le résultat.

Un intervalle de quarante-cinq minutes est observé avant l’annonce de l’élection («Habemus papam») et la révélation du nom de l’élu par le premier cardinal-diacre, le Français Jean-Louis Tauran, membre de la Curie. Entre temps, les scellés du conclave auront été levés.

Et, tandis que, sur la place, la foule attend le nouveau pape, celui-ci revêt les vêtements pontificaux et se dirige en cortège vers le balcon de la basilique Saint-Pierre. Il donne sa première bénédiction à la Ville et au monde («urbi et orbi») et adresse son premier message, retransmis par les caméras du monde entier.

Henri Tincq

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Henri Tincq (245 articles)
Journaliste
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