Economie

Hollande comme Sarkozy: un peu court après la méthode

Eric Le Boucher, mis à jour le 09.03.2013 à 8 h 55

Pacte de compétitivité, réforme des retraites, Grand Paris... La méthode du chef de l'Etat tranche avec celle de son prédécesseur mais, comme Nicolas Sarkozy, François Hollande semble manquer de constance et de réelle détermination. Et ça finira pareil: dans l'immobilisme.

A Paris, en janvier 2013. REUTERS/Christian Hartmann

A Paris, en janvier 2013. REUTERS/Christian Hartmann

La relance du Grand Paris par le gouvernement illustre la différence de méthode entre Nicolas Sarkozy et François Hollande mais laisse aussi interrogatif sur le résultat. Le précédent président de la République avait rapidement engagé quantité de réformes pour les laisser en plan, l'actuel compte ses pas, négocie mais la disparité des discours provoque un doute sur le but et le bien-mené de ses manoeuvres. A trop de brutalité succède trop de timidité.

Le Grand Paris était une excellente idée de Nicolas Sarkozy. Faute d'investissements, la région parisienne voit sa croissance bloquée par le manque de logements et par «la galère» des transports publics en défaillance. Les autres villes françaises se sont modernisées mais la France ne pourra retrouver d'expansion sans une région capitale qui se réveille et ambitionne de devenir une «ville-monde».

Un secrétaire d'Etat est nommé, un vaste et bon plan est élaboré puis tout s'immobilise sous les effets de la crise et de la mauvaise volonté des innombrables organismes et élus locaux. Le président Sarkozy bute sur l'obstacle et laisse tomber. Il théorisera sa méthode: aller vite, jusqu'à ce que ça bute, ouvrir alors un autre chantier. La volonté présidentielle a plus pour objet «d'occuper le terrain» que de conduire à terme les réformes.

De l'Ile-de-France, François Hollande n'évoquera dans ses «60 engagements pour la France» que «la qualité des services des trains du quotidien». C'est reprendre le contre-plan des élus locaux, en majorité de gauche, qui veulent d'abord améliorer les réseaux existants. La relance annoncée par Jean-Marc Ayrault du «nouveau» Grand Paris est une reconnaissance du bien-fondé du projet sarkozien.

Le Premier ministre le reprend, le mixe avec les desideratas des élus, promet un début des travaux en 2015, repousse la fin de cinq ans à 2030. Une bonne nouveauté: la création d'une «métropole» qui devrait coiffer les responsabilités concurrentes et immobilisantes. Mais il ne le fait que pour le logement alors qu'il faudrait l'imposer dans les transports et le reste et créer une vraie grande ville-métropole. Une mauvaise nouveauté: la liaison sur Charles-de-Gaulle est renvoyée à une nouvelle étude, alors qu'elle aurait dû être prioritaire.

Casser les blocages institutionnels

La création de sept «clusters» (La Défense, la santé autour de Villejuif, la création autour de Pleyel…) est également abandonnée, ce qui, à regarder l'ensemble et malgré une apparente bonne volonté, jette un doute sur le but final: s'agit-il vraiment de relancer la croissance de la région capitale? Mais alors il eut fallu casser avec détermination les blocages institutionnels. Ou s'agit-il d'apaiser les uns et les autres et de se contenter d'un réformisme train-train? La fantastique capacité d'immobilisme des élus franciliens a conduit l'autoroute A86 à prendre trente-deux ans de retard… On ne peut s'empêcher de penser qu'il en sera de même pour le nouveau Grand Paris.

Le même doute plane sur le thème de la compétitivité. Avant l'été, les entreprises ont subi une avalanche de taxes: la surcharge globale est de 16 milliards d'euros. Durant l'été, après le coup de tonnerre des difficultés de PSA, le gouvernement vire à 180 degrés. Comme il a découvert le mauvais état de la capitale, il prend conscience du drame de l'automobile et du problème du coût du travail pour l'industrie. Louis Gallois remet un excellent rapport et le gouvernement accorde 20 milliards de crédit d'impôt aux entreprises. L'équation —16 milliards dans un sens, 20 milliards dans l'autre— s'équilibre presque. La question surgit: dans quel sens veut vraiment aller le Président Hollande?

Contradictions

Le financement des retraites va se poser avec la même incertitude. La réforme de Nicolas Sarkozy a été en cette matière comme dans les autres, insuffisante. La gauche le «découvre» comme elle découvre le reste de la réalité économique du pays. Puis elle fait preuve de réalisme, comme sur tous les sujets, il faut lui en faire crédit. Jean-Marc Ayrault, à Canossa, reconnaît qu'il faudra inévitablement repousser l'âge de départ. Mais cette décision est tellement contradictoire avec les discours passés que là encore on se demande avec quelle détermination et avec quelle majorité politique, le Président va vouloir aborder le thème. Voudra-t-il s'attaquer vraiment au déficit des régimes de retraites? Et quand?

L'ensemble de la politique présidentielle pourrait être surmontée d'un point d'interrogation: l'austérité budgétaire est «en préparation», la réforme de l'Etat est encore indéfinie, l'attitude vis-à-vis des dépenses des collectivités locales est ambiguë… Sur toutes ces réformes, le gouvernement ne fait pas mal. La question est de savoir s'il en fera assez. A l'heure qu'il est, la réponse est, comme disent les agences de notation, incertaine avec perspective négative.

Revenons au Grand Paris, à celui que Voltaire appelait de ses voeux en 1749: «Bien loin que l'Etat perde à ces travaux, il y gagne.» «La bassesse vient combattre ces projets de grandeur.» Et le philosophe de dénoncer la «molle nonchalance» des responsables. «Fasse le ciel qu'il se trouve quelque homme assez zélé pour embrasser de tels projets, d'une âme assez forte pour les suivre, d'un esprit assez éclairé pour les rédiger et qu'il soit accrédité pour les faire réussir. » (1).

Eric Le Boucher

(1) «Des embellissements de Paris», cité par Christian Blanc: «Le Grand Paris du XXIe siècle». Cherche-Midi 2010.

Cet article est également paru dans le quotidien Les Echos.

Eric Le Boucher
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Cofondateur de Slate.fr
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