Pourquoi le golf rend-il fou?

Parce que.

L'acteur Bill Murray lors d'un tournoi pro-am sur le parcours de Pebble Beach en 2007. REUTERS/Robert Galbraith

- L'acteur Bill Murray lors d'un tournoi pro-am sur le parcours de Pebble Beach en 2007. REUTERS/Robert Galbraith -

A l’évidence, Michael Phelps est en train de filer un mauvais coton. Il ne pense plus qu’au golf.  L’ancienne star des bassins, médaillé à 22 reprises aux Jeux olympiques, se noie désormais dans sa nouvelle passion. J’ai eu l’occasion de le constater de mes yeux et de mes oreilles lors du récent Open de Phoenix, étape du PGA Tour, où, avec passion, il a raconté combien ce sport consumait désormais quantité d’heures de son existence. Il a admis, par exemple, avoir listé une centaine de parcours à travers le monde sur lesquels il aimerait taper la balle un jour et celui de Scottsdale, sur lequel se déroulait l’Open de Phoenix, faisait justement partie de ceux-là.

Dans l’Arizona, Phelps a participé au pro-am du tournoi en compagnie de Bubba Watson, le dernier vainqueur du Masters, et le moins que l’on puisse dire est qu’il a copieusement arrosé le parcours, laissant planer le doute sur la réalité de son talent supposé. Lorsque Watson a été questionné sur les qualités de Michael Phelps club en main, le fantasque Américain a souri: «il est arrivé au bout des 18 trous et c’est déjà ça!»

Mais Phelps prend le golf tellement au sérieux qu’il vient de signer un contrat officiel avec Ping, l’un des principaux équipementiers de ce sport. Il se retrouve même l’acteur principal d’une série de leçons réalisée par la chaîne spécialisée, Golf Channel. Dans ce programme, Phelps bénéficie des conseils de Hank Haney, ancien entraîneur de Tiger Woods, qui tente, lors de plusieurs épisodes, de faire progresser le champion de Baltimore. A seulement 27 ans, il est clair qu’au fond de lui, Phelps n’écarte pas tout à fait le rêve de réussir un jour dans ce sport au plus niveau.

Des nuits à golfer

Toujours lors de cet open de Phoenix, il était fascinant aussi d’écouter Padraig Harrington, vainqueur de trois titres majeurs dans sa carrière, répondre, sans être relancé, pendant près de 20 minutes —oui, 20 minutes— à une seule et simple question: «Avez-vous changé votre swing?» Dans sa longue digression qui n’en finissait plus, l’Irlandais évoquait, entre les mots, la torture mentale que constitue pour lui (et pour tout golfeur) la recherche de la position idéale pour déboucher sur le geste «parfait». Impossible quête, en réalité, puisque Harrington, en souriant, avouait changer sa position plusieurs fois par jour.

Chez les professionnels comme chez les amateurs, l’équation qui consiste à tenter de mettre une petite balle blanche dans un trou engendre toutes sortes d’inconnues qui peuvent remplir vos nuits comme un cauchemar (ou un rêve). Et peut-être plus qu’aucune autre discipline, à l’exception peut-être de la course à pied, le golf, quand on y goûte, peut vite tourner à l’addiction quand celle-ci ne se transforme pas carrément en petite et douce folie comme pour Phelps et Harrington.

Il est possible qu’autour de vous, vous ayez entendu de drôles d’histoires: untel aurait été contraint au divorce parce que son conjoint ne pensait plus qu’au golf; pour préserver l’unité de son couple, elle a été obligée de se mettre au golf; il s’est mis en tête de jouer tous les plus grands parcours mondiaux et dépense l’argent familial sans compter.

A titre personnel, j’ai connu quelqu’un qui voulait abandonner son métier dans la banque, où il gagnait grassement sa vie, pour tenter les cartes européennes, c’est-à-dire qu’il croyait en ses chances de se qualifier un jour sur le circuit européen sous le prétexte qu’il tapait fort dans la balle. Des menaces sérieuses de son épouse l’ont ramené sur terre, mais il reste chez lui une petite blessure qui ne cicatrisera jamais. En son for intérieur, il est persuadé qu’il aurait pu aller jusqu’au bout de son pari alors que cela n’était tout simplement pas réaliste. Il avait vraisemblablement plus de chances de trouver la bonne combinaison du Loto que d’arriver à ses fins sur les parcours du Vieux Continent.

Un titre glorieux de «dingue de golf de l’année»

Des histoires comme celles-là, il y en a florès. Jusqu’à récemment, il existait même aux Etats-Unis la très sérieuse «Golf Nut Society» présidée par un certain Michael Donavan, «headnut» en chef. Tous les enragés de golf pouvaient y adhérer moyennant une vingtaine de dollars afin de pouvoir prétendre au titre glorieux de «dingue de golf de l’année».

En 1989, le légendaire basketteur Michael Jordan, qui partage avec Michael Phelps le même amour dévorant du golf, décrocha ainsi la timbale pour avoir snobé la cérémonie qui devait le désigner «joueur NBA de l’année» afin de disputer 36 trous à Pinehurst, en Caroline du Nord. Parmi les primés, citons aussi Nobby Orens, un agent de voyages californien qui a joué trois 18 trous en 24 heures à Londres, New York et San Francisco. Ou Steve Thorval arrivé en retard à son mariage parce qu’il était au cœur d’une partie qu’il ne pouvait se résoudre à quitter et qui saccagea sa lune de miel en raison de sa folie golfique. «A mon passif, deux faillites professionnelles à cause de mon addiction au golf, avoua-t-il au magazine Golf Européen. 250.000 dollars dépensés en 50 ans en green fees, cotisations, abonnements à des magazines de golf, clubs par centaines, leçons particulières…»

Comme dans toutes les addictions, les golfeurs atteints par cette «maladie» ont un sentiment de manque dès lors qu’ils ne jouent pas sachant que comme au poker, le golfeur croit éternellement qu’il peut se «refaire». Après un trou catastrophique, pourquoi ne pas rêver à un miraculeux trou en un sur ce par 3 tout désigné pour lui porter chance? C’est la magie (ou l’horreur) du golf, en effet. Vous pouvez être au départ d’un par 3, avoir un bon niveau de jeu, et faire aussi bien voire mieux que Tiger Woods en imaginant qu’il serait à vos côtés dans la même partie.

Drogue contre drogue

Contrairement à d’autres sports, où le physique écrase tout, rien n’est finalement impossible avec cette excitation supplémentaire que d’un jour à l’autre, le golf vous permet d’alterner le pire et le meilleur (quand ce n’est pas le sublime!) sans aucune explication logique. Et cela à tous les âges, autre supériorité du golf, puisqu’il est possible de mieux scorer à 70 ans qu’à 30 -aucun autre sport ne vous offre ce luxe de pouvoir être plus performant l’âge venant.

C’est ce nirvana à la portée de tous, en quelque sorte, qui fait perdre les esprits et que les magazines de golf à travers le monde ont bien compris en vous promettant, numéro après numéro, de «gagner en puissance et précision», «d’améliorer votre drive de 20m» ou de «mieux gérer votre stress au putting». Ou les marques qui ont toujours le dernier driver ou l’ultime putter capables de nous rapprocher des champions.

Comme de bons «dealers» de rêve pour les accros que les tous les golfeurs du dimanche peuvent devenir. Avec cette jolie note d’espoir, toutefois, que cette drogue peut aussi vous sauver comme l’acteur Dennis Quaid ou le hard-rocker Alice Cooper sortis de la cocaïne et du whiskey grâce la pratique du golf dont ils ne peuvent désormais plus se passer.

Yannick Cochennec

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L'AUTEUR
Yannick Cochennec, rédacteur en chef adjoint de Tennis Magazine de 1997 à 2007, collabore aujourd'hui à L'Equipe Magazine, Golf Magazine et Golf Européen. Ses articles
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Publié le 15/03/2013
Mis à jour le 15/03/2013 à 16h35
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