L'aéronautique, industrie clé par Jean-François Copé

Jean-François Copé, mis à jour le 22.06.2009 à 9 h 40

Les enseignements du Salon du Bourget, par Jean-François Copé.

Encore une édition du Bourget cette année: du Blériot X1 à l'A 380, le spectacle est au rendez-vous pour les amateurs de vieux coucous et d'appareils High Tech. Certes, un défilé de machines et la sortie de la patrouille de France en grande pompe pour ce centième anniversaire apparaîtront décalés à certains : avec la crise, on est loin de l'enthousiasme des éditions précédentes et des contrats à profusion.

Le Bourget, fête aérienne, oui, mais aussi  premier rendez-vous incontournable pour tous ceux qui s'intéressent au secteur aéronautique, un secteur clé pour la France, en termes d'indépendance, d'innovation et d'emploi. Voilà pourquoi j'y retourne cette année. C'est l'occasion d'avoir une photographie du marché. De prendre le pouls de nos entreprises. D'anticiper l'avenir de la filière au niveau français et européen.

Voici ce que je retiens de cette semaine du Bourget.

Pour ce qui concerne l'aviation civile, la crise a un impact très fort, comme dans toutes les industries où le crédit et le taux de change jouent un rôle essentiel. Les conséquences ne sont pas forcément visibles immédiatement dans le tissu industriel parce qu'il y un décalage de plusieurs années entre la signature d'une commande et la livraison de l'avion. Mais on risque de payer au prix fort ce trou d'air dans quelques années. Le défi du moment pour les constructeurs est d'éviter à tout prix les annulations de commandes.

Il semble que le malheur des uns fasse le bonheur des autres. Les motoristes profitent de ce revirement du marché et de la hausse du prix du kérosène. Leur activité est stimulée par la commande de moteurs moins gourmands et plus légers qui permettent aux compagnies des économies en vol.

Pour le secteur aéronautique de défense, l'enjeu majeur est aujourd'hui l'exportation du Rafale. Avion de combat de dernière génération, il a fait ses preuves en Afghanistan, où il intervient en appui aux opérations terrestres pour des frappes de précision. Sa polyvalence est un atout notable quand ses concurrents sont plus spécialisés : un seul Rafale suffit là où il faudrait trois avions de combat. Des prospects ont manifesté à plusieurs reprises leur intérêt pour ce fleuron de l'industrie française : les Emirats Arabes Unis, le Brésil... La Grèce est peut-être un client potentiel, même si la crise pèse sur son budget et la Confédération helvétique examine également notre appareil. Pour les pays intéressés, le Rafale peut être un moyen d'échapper au «tout américain» en matière d'équipements militaires.

Derrière cette question géostratégique se cache une réalité qui touche de nombreux Français : la réalisation d'un Rafale mobilise plusieurs milliers d'emplois, chez Dassault, Thalès et toutes les entreprises du secteur... Si notre pays veut continuer à concevoir des avions de combats, il faut relever le défi de l'exportation.

Exporter le Rafale qui est un produit français, maintenir une industrie aéronautique française de pointe...Cela peut sembler contradictoire avec la volonté de développer une politique d'équipements militaires au niveau européen. D'autant plus que, même au niveau budgétaire, la solution européenne n'est apparemment pas toujours la plus économique. C'est en tout cas ce que laisse penser Jean-Dominique Merchet, auteur de Défense européenne, la grande illusion, qui considère que la contribution au projet Eurofighter, rival européen du Rafale, aurait coûté plus cher au contribuable que la solution franco-française.

Pourtant il ne faut pas abandonner l'ambition de projets européens d'équipements militaires. Cela me semble indispensable pour donner corps à la Défense européenne et pour rester dans la course face à l'assise américaine et au développement des politiques industrielles indiennes et chinoises. Le retard de l'A400M, avion de transport militaire construit dans le cadre d'une coopération européenne, ne doit pas décourager les Européens du travail collectif. Cherchons autant que possible les projets sur lesquels nous pouvons travailler ensemble, en gagnant du temps, de l'argent, de l'avance technologique et des parts de marché à l'exportation.

Une meilleure coopération des industries de défense européennes demande du temps : c'est peut-être au moment de la prochaine génération technologique que nous réussirons à mieux organiser la filière tout en renforçant les programmes de coopération. En attendant, le pragmatisme est de mise. Il faut réfléchir projet par projet en gardant, dans tous les cas, notre capacité technologique et industrielle, garante de notre indépendance en matière de dissuasion nucléaire. Une politique d'équipement militaire au niveau européen, oui ! Mais pas à n'importe quelles conditions.

Jean-François Copé

Crédit photo: Une démonstration du Rafale au Salon du Bourget  Reuters

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