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US Open: Comment regarder le golf à la télé

Alex Heard, mis à jour le 21.06.2009 à 9 h 00

Voici un guide d'expert qui vante les mérites du golf sur petit écran.

Chaque année, à partir du printemps, en sus de la floraison des azalées, les téléspectateurs américains peuvent apprécier la voix apaisante de Jim Nantz commentant les principaux tournois de golf. Dans un article écrit en 2002 et republié ci-dessous, Alex Heard mettait en valeur tous les avantages que l'on peut retirer en regardant le golf dans le confort de son salon. «Se rendre à un tournoi est pénible. On meurt de chaud, on a mal aux pieds, on dépense d'énormes sommes en boissons et on fait éternellement la queue pour accéder à des WC de chantier glauques» Le regarder de chez soi, au contraire, est une vraie cure de jouvence. «A la télé, on suit toujours l'action et, quand il n'y en a pas (ce n'est pas rare), on peut somnoler.» Bon US Open!

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Il y a deux façons de regarder les Masters. Soit on est flemmard, on reste chez soi et on s'affale devant son téléviseur, laissant toujours une bière à portée de main pour «déconnecter» le temps d'un week-end. Soit on fait l'effort non négligeable et plutôt onéreux de se rendre sur place, à l'Augusta National Golf Club, pour goûter à l'ambiance du tournoi de golf qui fait le plus parler de lui. Pour entendre les drapeaux glorieux claquer au vent de l'Etat de Géorgie. Pour sentir les odeurs printanières généreuses de l'herbe et des azalées. Pour frissonner en repensant aux exploits intemporels réalisés sur l'Amen Corner [portion du parcours de golf].

Si vous vous y prenez tard (le Masters ne dure que quelques jours) le choix paraît clair. Vous avez des questions de logistique urgentes à régler ? De quelle taille d'écran de télévision vais-je avoir besoin? Devrais-je m'allonger sur un canapé ou rester assis bien droit et attentif, sur une bergère à oreilles par exemple? Et celle que j'entends le plus souvent de la part des néophytes du visionnage de golf: la bière, c'est pas mon truc; je peux la remplacer par un joint?

Bien sûr que oui, les gars! Regarder le golf à la télé, c'est sympa, flexible et ça demande peu de matériel ou d'organisation. C'est aussi simple qu'admirer un drive bien frappé et puissant qui propulse la balle dans les airs - alors qu'elle n'est pas facile à distinguer quand on a en fond un ciel bleu laiteux - et stresser par anticipation alors que le commentateur lance: «Ouh... ça part à gauche.»

Je me suis mis à regarder assidûment «le sport de la marque Ping» au milieu des années 70, alors que j'étais encore un maigre adolescent qui s'efforçait de passer son été à faire du golf plutôt que du tennis. J'étais nul, mais le fait de rater la balle s'est avéré un sérieux atout pour devenir fan de golf. Comme beaucoup de sportifs ratés, j'ai redirigé mon énergie vers une appréciation à la Billy Crystal [acteur qui rêvait d'être être joueur de baseball professionnel ; grand fan des New York Yankees] de l'esprit du sport, de son histoire et de ses traditions. Je me suis beaucoup aidé de mes lectures, notamment des magazines Golf et Golf Digest, spécialisés dans les conseils baroques («Pour les coups d'approche, dites-vous que vous êtes un Bédouin assoiffé (...) et que le green est votre oasis riche en eau), les hommages mélancoliques à des grands de ce sport aujourd'hui disparus comme Walter Hagen, Ben Hogan ou Byron Nelson, et les présentations de grands tournois qui donnaient le sentiment que le Masters, l'U.S. Open, le British Open et le PGA étaient des croisades militaires dont on sortait soit vainqueur, soit mort.

Pendant cette période de formation, je n'ai vu qu'un tournoi de golf «sur le terrain»: l'U.S. Open de 1977 au Southern Hills Country Club (Oklahoma), remporté par le très professionnel Hubert Green. C'était une expérience fructueuse qui m'a conforté dans mon affection pour le golf télévisé. Ne vous y trompez pas, ça vaut le coup de voir du golf en vrai, au moins une fois. Observer de près les pros jouer est aussi révélateur que de voir un régiment d'extra-terrestres débarquer d'une soucoupe volante. Ils frappent la balle tellement mieux que ce que vous pouvez imaginez - ou du moins que ce qu'un téléviseur plat à deux dimensions peut rendre. Vous ne ferez plus jamais l'erreur de dire que «le golf n'est pas un sport».

Mais à tous les autres points de vue, la télé l'emporte. Se rendre à un tournoi est pénible. On meurt de chaud, on a mal aux pieds, on dépense d'énormes sommes en boissons et on fait éternellement la queue pour accéder à des WC de chantier glauques». Soit on essaie de suivre le meneur, ce qui implique de passer sa journée à regarder la nuque de quelqu'un et d'être confronté à l'odeur nauséabonde d'une multitude d'aisselles. Soit on prend possession d'un endroit du parcours et on regarde le même coup 100 fois. On se sent alors nargué en permanence par les acclamations et exclamations au loin: «Bravo! Excellent!», laissant deviner que quelque chose d'extraordinaire a lieu. Ailleurs.

A la télé, on suit toujours l'action et, quand il n'y en a pas (ce n'est pas rare), on peut somnoler. Somnoler? Oui, il n'y a pas à rougir de céder au pouvoir soporifique du golf à la télé. Tout en gardant un œil sur le spectacle, n'ayez pas honte de laisser les commentaires et leur rythme vous transporter dans le monde des songes pendant ces longues journées de samedi et de dimanche où les concurrents non classés se plantent et les commentateurs essaient tant bien que mal de s'exciter. Certains de mes meilleurs souvenirs du golf à la télé, c'est quand je me réveillais poussant un soupir de surprise à cause de la clameur soudaine de la foule. Je sommeillais sur la moquette vert doré à poils longs de chez mes parents, dans le Kansas, quand Jerry Pate a joué son coup de fer 5 historique au 72e trou, qui lui a permis de remporter l'US Open de 1976. J'ai vu Tiger Woods inscrire sa première victoire aux Masters en 1997 en faisant un petit somme sur le sol moisi d'un chalet à la montagne dans l'Etat de New York. Vous avez remarqué que j'ai dit «je». J'étais seul dans ces moments, or la plus grande question qu'on se pose quand on est fan de golf à la télé est la suivante: le regarde-t-on seul ou avec des amis.

Je suis plutôt du genre solo. Mais on peut aussi regarder le Masters sur grand écran avec un public ou le savourer (enfin, à vous de voir) dans un bar sportif. Le tout est d'être sûr de son choix. Il m'est arrivé d'être accompagné, mais j'ai tendance à m'énerver facilement, notamment à cause des remarques politiquement correctes qu'on entend sur l'Augusta National (oui, le club est géré par des gens riches et présomptueux; faut s'y faire), des critiques comme quoi les commentaires sont bateau et exagérés (les commentateurs s'y connaissent en golf et l'expliquent bien; faudrait plutôt les remercier) et de ces gros malins qui commentent le style vestimentaire: «Hé, où sont les pantalons de plaid et polyester?» (On n'est plus en 1975, espèces d'imbéciles!)

Mais au-delà de tout cela, tout est une question d'attitude. Dites-vous que certains des plus grands joueurs du monde frappent la balle dans votre propre salon. Soyez transporté à l'idée que, cette année, les grands patrons des Masters ont agrandi le parcours et l'ont rendu plus difficile pour qu'il soit à la hauteur des jeunes joueurs musclés d'aujourd'hui et des équipements du 22e siècle. Dimanche dernier, pour la première fois, CBS a retransmis l'ensemble de tournoi, coup par coup. De quoi passer un après-midi à sommeiller devant un magnifique spectacle...

Alex Heard

Crédit photo: Tiger Woods   Reuters

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