Nobel: Barack Obama n'est qu'un homme
Il est devenu presque impossible en France de critiquer Obama au nom du politiquement correct.
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Le prix Nobel de la paix a été attribué vendredi 9 octobre au président américain Barack Obama «pour ses efforts extraordinaires en vue de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples», a annoncé le comité Nobel.
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Récemment, alors que je critiquais gentiment Barack Obama, une dame de ma connaissance m'a demandé, interloquée : «Mais... vous n'aimez pas Obama?». Sa réaction, à la fois triste et dubitative m'a rappelé que le président des Etats-Unis représente un fantasme pour les Français, et qu'il est souvent perçu comme une force presque surnaturelle. Il était de bon ton, voire recommandé, de haïr George W. Bush, tout en moquant ses manières de péquenaud et son entourage occulte. Concernant Barack H. Obama, il est préférable de voir en lui le messie métis sous peine d'être perçu comme un hérétique. Ce que l'on a nommé justement «Obamamania» domine les médias, français comme «étrangers», et le président américain a intérêt, pour ne pas décevoir les foules, à pouvoir marcher sur l'eau à défaut d'amener la paix au Moyen-Orient ou de sauver l'économie mondiale.
Comment expliquer un tel engouement ou en tout cas un tel a priori positif pour Barack Obama ? On peut avancer quelques éléments de réponse relatifs à la conjoncture et à la crise économique mondiale, la personnalité charismatique d'Obama, et surtout à la remarquable stratégie de communication qui l'a amené à la présidence de la première puissance du monde. En premier lieu, Obama est le produit réussi de l'Affirmative action, cette doctrine des années 60 consistant à favoriser les minorités notamment dans l'accès à l'éducation. Ancien des prestigieuses universités de la Ivy League, Columbia et Harvard, il a enseigné le droit à la non moins réputée University of Chicago Law School. Obama a ensuite gravi les échelons de la politique américaine en étant élu au Sénat de l'Illinois, puis au Sénat de l'Etat fédéral en 2004. La carrière d'Obama ressemble à s'y méprendre à la carrière de n'importe quel politicien américain brillant, sauf qu'il est métis, ce qui engendre des sentiments mitigés: admiration de la part des WASP (Blancs anglo-saxons proetstants) qui y voient un exemple d'intégration réussie, mais suspicion de la part des activistes noirs, habitués à des figures plus radicales. Au final, Obama représente cette fusion réussie entre ses origines ethniques qui symboliseraient sa capacité à rassembler les minorités d'un pays divers et divisé.
Communication
Bush possédait Karl Rove, son «spin-doctor» (conseiller en communication) qui lui a toujours conseillé de faire «terroir», en d'autres termes de faire oublier les origines patriciennes des Bush de la côte est, en accentuant le côté texan à la limite du cul-terreux. Beaucoup s'y sont laissé prendre, considérant Bush comme un idiot incapable de lire un livre à l'endroit, alors même que la stratégie rovienne consistait justement à faire d'un homme du meilleur monde un homme comme tout le monde. Les équipes de communication d'Obama ont préféré jouer le retour de balancier, en misant sur un candidat à l'opposé du président sortant.
Une fois Obama désigné par les caciques du parti, sa campagne présidentielle a été un modèle du genre. Les équipes démocrates ont rapidement compris l'intérêt que représente Internet en tant qu'arme électorale et ont su utiliser Youtube ou Facebook alors que les Républicains persistaient à utiliser des robots téléphoniques. L'image soigneusement travaillée d'Obama, entre «self-made man» (homme qui s'est construit lui-même) et produit du melting-pot, a permis d'amasser un confortable trésor de guerre. Le parti républicain traîne l'image du parti des riches, alors même que pour les campagnes de John Kerry en 2004 et d'Obama en 2008, le parti démocrate est celui qui a drainé le plus de dons.
Le New York Times estimait ainsi qu'en septembre 2008, l'équipe d'Obama avait réussi à collecter 440 millions de dollars, un record dans l'histoire des campagnes électorales américaines. Obama, comme Kerry avant lui, a su donner l'image du challenger contre la Machine, alors même que l'un comme l'autre sont issus de milieux aisés. Obama a su mettre en avant non sa couleur de peau mais, de façon plus intelligente, son mélange culturel et international. Le reste du monde, charmé par ce candidat si atypique en apparence, s'est mobilisé pour celui qui ressemble au rêve américain: mi-noir, mi-blanc, mariage stable, discours posé, sourire Kennedy et surtout, si différent du style de Bush.
Style Obama
Le style Obama consiste à adopter une attitude «cool» et ouverte, en jouant sur une modestie qui parfois fait place à une grande fermeté de langage. Le discours du Caire le 4 juin dernier est un modèle du genre. Intitulé «Un nouveau départ», il entend réconcilier Occident et Orient sur la base du dialogue entre les civilisations, contrairement à la théorie du choc des civilisations perçue par l'opinion publique comme prévalant dans la précédente administration.
«Barack Hussein Obama a prononcé les mots qu'il fallait. Il sait que, pour être entendu, il faut parler aux gens leur langage» commentait l'envoyée spéciale du Monde. Le 44ème président américain sait effectivement employer les mots justes, notamment lorsqu'il cite le Coran devant une foule musulmane. Cet aspect de Barack Obama a été mis sur le compte d'une ouverture à l'autre, et non sur une tendance à utiliser la religion à des fins politiques. Pourtant, Obama cite plus la parole divine que George W. Bush, réputé être un fidèle chrétien.
Si Obama a trouvé les mots justes, il l'a fait vis-à-vis de son public, car il a surtout fustigé la laïcité à la française pour montrer qu'Américains et Egyptiens peuvent avoir des positions communes. Surtout le président américain n'a jamais mentionné une seule fois le mot «terrorisme». On peut penser qu'il a ainsi voulu initier un dialogue avec une partie du monde particulièrement touchée par ce fléau sans prononcer de mots qui fâchent, mais le résultat est que les pays que ce discours a le plus séduits ont au final été les occidentaux. De la part du Hamas ou du Hezbollah, entités ouvertement opposées à la paix avec Israël, les réactions ont été plutôt méprisantes. Obama a beau être le nouveau président des Etats-Unis, il n'en reste pas moins un adversaire idéologique et si ses paroles charment, elles fonctionnent principalement sur les déçus de l'Amérique, pas sur ses ennemis.
Image dans le monde
Obama hérite un pays d'un président qui ne s'est jamais soucié de l'opinion publique mondiale. George W. Bush s'est toujours concentré sur le peuple américain qui lui en a su gré en l'élisant par deux fois. Sa première accession au pouvoir a été fortement contestée, notamment en raison du vote litigieux de la Floride qui aurait donné son adversaire Albert Gore gagnant. Toutefois, le fait que Bush soit réélu montre qu'il a su trouver les arguments pour être un président apprécié par une majorité d'Américains, du moins suffisamment pour un deuxième mandat. Que ce soit par ses choix de politique interne ou sa stratégie agressive dans le reste du monde, Bush a incarné une Amérique conquérante, dans la tradition républicaine de son père avant lui ou bien sûr de Ronald Reagan, lui aussi détesté, notamment en France.
Obama, même s'il affirme incarner une rupture d'avec son prédécesseur, a pourtant voté pour tous les crédits de la guerre en Irak alors qu'il était sénateur, affirmant qu'il tenait ainsi à montrer son soutien aux troupes américaines. De même, considérant que la guerre la plus cruciale se déroule non en Irak, mais en Afghanistan, il compte envoyer plus de troupes sur le front contre les Talibans. Enfin, il tarde à fermer le centre de détention de Guantanamo à Cuba malgré ses promesses électorales. Le président américain poursuit une politique semblable à son prédécesseur, mais avec un style différent et surtout en tenant compte dans sa communication de la diversité de ses interlocuteurs.
Cette attitude plaît d'autant plus qu'en période de crise économique, tous les yeux se tournent vers l'Amérique pour régler les problèmes. Même si les Français aiment fustiger les Américains, ces derniers sont perçus comme le seul recours en cas de problème planétaire. La question du réchauffement climatique en offre un excellent exemple: alors que le dérèglement climatique illustre bien la déception qu'a été l'ère Bush, Obama, même s'il est très en-dessous des attentes des ONG environnementales, a su manifester son intérêt pour la question écologique à défaut d'en faire une réelle priorité, comme en témoigne son soutien à l'industrie automobile et sa volonté de sauver GM.
Enfin, Obama écrit, et pour les Français, un homme de lettres sera toujours supérieur à un paysan du Texas. «Dreams of My Father» en 2006 et «The Audacity of Hope» en 2008 se sont bien vendus dans le monde entier, y compris en France et même s'il est possible que le président se soit fait aider pour rédiger ses opus, on lui pardonne bien volontiers, en mémoire des présidents-écrivains qu'ont été De Gaulle et Mitterrand.
Racisme
Pour les Français, Obama incarne un renouveau, mais aussi une sorte de tabou. Une grande peur en France consiste à se faire traiter de raciste. Rejeter le président Obama expose à ce risque. Après la vague hystérique anti-Bush, Obama représente un moyen d'aimer à nouveau l'Amérique sans se sentir honteux tout en permettant de se sentir politiquement, racialement et humainement correct. Les journaux français lui consacrent des couvertures comme pour une star de cinéma et les magazines féminins vantent l'élégance de sa femme Michelle, réduite à une Jackie O. alors même qu'elle a accompli une carrière brillante, interrompue pour mieux soutenir son mari, dans la meilleure tradition patriarcale.
L'Obamamania n'est pas un phénomène français. Ainsi, ABC, l'un des quatre grands networks américains, est en passe d'être surnommé «All-Barack Channel» (La chaîne tout Barack). L'Amérique, comme le reste du monde, a besoin d'être rassurée sur son avenir, en particulier en ces temps de faillites financières. La campagne d'Obama, dans la grande tradition démocrate a mis l'accent sur la crise. La technique du «agenda setting» consiste à dicter aux médias la hiérarchie de l'information.
Le documentaire «Our brand is crisis» illustre à merveille cette technique consistant à exagérer la situation catastrophique d'un pays durant des élections pour mieux y vendre le remède miracle. L'agenda setting a été utilisé par le camp démocrate durant la campagne électoral pour mettre l'accent sur la crise économique qui a suivi les années Bush. Obama a su présenter un programme audacieux de sauvetage, même si une grande partie de cette crise est fantasmée et auto-engendrée: nombre d'entreprises profitent du climat de crise pour licencier ou se proclamer en faillite alors même qu'elles sont viables, ce qui contribue au cercle vicieux de l'économie mondiale.
En l'occurrence, Obama a su se poser en rempart contre le chaos économique et comme celui qui saura faire aimer de nouveau l'Amérique. On peut être sûr que les sondages réguliers, notamment ceux du Pew Center sur l'image de l'Amérique dans le monde, auront également su effrayer un électorat américain sensibilisé aux attentats contre ses ambassades, et qui hésite à voyager par peur d'être agressé par des hordes de musulmans fanatiques. Non seulement la méthode Bush n'a pas marché en économie, mais elle a été aussi inefficace pour la sécurité des Etats-Unis, ont martelé les stratèges démocrates. Il était temps pour un changement radical, du moins en apparence.
En Décembre 2008, le président Obama a été désigné comme la personnalité de l'année par le magazine Time. L'Occident comme l'Afrique raffolent du leader américain, le Moyen-Orient semble le considérer favorablement, la Chine et la Russie attendent encore un peu. Si Obama ne parvient pas à accomplir tous les miracles qu'on attend de lui, son image n'en sera pas forcément détériorée et on lui trouvera des excuses en rapport avec l'espoir que sa venue suscite.
Ainsi, pour les Guignols de l'info, c'est simple, le président est prisonnier du complexe militaro-industriel. Dans l'émission satirique de Canal+, Obama est caricaturé en bienfaiteur qui est empêché dans ses initiatives par deux généraux portant les traits de Sylvester Stallone. La marionnette de l'acteur de Rocky et Rambo est toujours utilisée pour représenter la «World Company», cette pieuvre capitaliste qui étend ses ramifications sur le monde entier depuis l'Amérique, fantasme bobo-facho d'une théorie du complot qui empêche les bonnes âmes de changer le monde. Ah cette fâcheuse tendance à toujours voir le monde en noir et blanc alors qu'il est métissé...
Etienne Augé
Crédit photo: Reuters
Mis à jour le 09/10/2009 à 12h34









































Dire qu'il nous faut un professeur d'histoire à l'EHESS pour nous révéler une évidence tellement élémentaire et une juste vérité que les Américains ont déjà perçues depuis plusieurs mois, la bien-pensance a encore de beaux jours (et certainement de belles années) devant elle!
Mais je ne suis pas professeur à l'EHESS, juste docteur de cette noble institution. Merci pour votre commentaire.
Vos articles sur l'Iran et sur Barack Obama sont pour moi, un modèle de clarté, de lucidité et de logique.
De plus, vous avez la courtoisie de répondre aux slateurs qui vous commentent, et ça c'est le pied !
Il me semble que ce n'est pas un hasard si vous avez choisi ces deux sujets. Ils sont tous deux, Obama et la révolution iranienne qui s'annonce chargés des espoirs de peuples beaucoup plus déboussolés que certains ne veulent l'admettre.
Il y a parfois des choses qui échappent au raisonnement cartésien, depuis Jeanne d'Arc l'Histoire est pleine de ces retournements inattendus !
Peut-être que le monde a tellement besoin qu'Obama réussisse, qu'il réussira !
Peut-être que l'Iran a tellement besoin de liberté que son peuple saura desserrer le carcan !
Et peut-être que finalement vous aurez tort d'avoir trop eu raison.
Très cordialement.
Chère Marianne,
merci pour votre commentaire. Et vous avez raison, mes deux articles sont liés ET j'espère avoir tort à l'avenir. Sincèrement.
Amicalement,
vous avez parfaitement analysé la situation et su décrypter le politiquement correct du langage utilisé pour parler dans les médias du président des USA. Pour reprendre une autre émission célèbre de Canal +, dans le "petit journal", Yann Barthès utilise la comparaison avec Dieu en parlant d'Obama !
En 1960, JFK a su également utiliser les médias et son mythe (malgré les révélations sur sa vie privée) a traversé 45 ans pour arriver presque intact. M. OBAMA a dû s'en inspirer ....Pour ma part, je souhaite qu'il réussisse à "sauver" le monde mais je pense très sincèrement que ce sera une entreprise très difficile à mener à bien...
Bravo pour votre article
Chère Suzanne,
merci pour votre commentaire et vos compliments. Canal+ a cette particularité de s'être basée, pour sa création, sur un modèle américain de télévision payante, et n'a jamais su par la suite se démarquer de ses modèles comme HBO en en reprenant toutes les recettes. La fascination de Canal+ pour l'Amérique pousse ses animateurs à parfois juger de ce qui est digne d'être américain ou de ce qui ne l'est pas. Bush était mauvais, Obama est donc nécessairement bon pour Canal+ (mais ils ne sont pas les seuls). Je suis toujours inquiet quand je vois ce besoin d'hommes providentiels, Obama s'inscrivant dans une longue liste d'humains qui n'ont pas toujours, c'est le moins qu'on puisse dire, été à la hauteur des espoirs qu'ils soulevaient. Il serait d'ailleurs difficile de citer une grande action de JFK, alors que ses discours ont marqué positivement l'Histoire.
M. AUGE, je vous remercie de me répondre mais je crois que vous n'avez pas compris : Yann Barthès est l'iconoclaste de l'émission du "Grand Journal" de Canal + et il se moque un peu des médias en parlant du "Dieu-Obama ", puisque tout le monde en parle comme le sauveur du Monde... Cependant, je partage votre analyse sur Canal qui s'inspire des médias américains. Mais je ne peux pas trop les criitiquer: aussi souvent que je peux, je regarde CNN !!!!
En conclusion, je vous dirai aussi qu'en 1960, j'avais 9 ans et mes parents parlaient tous les jours de JFK et de l'immense espoir qu'il suscitait. Lors de la crise de Cuba, toutes les télévisions marchaient à fond de peur d'une troisième guerre mondiale... et le monde occidental a été témoin du bras de fer entre les USA et l'URSS. A sa disparition, le monde entier a été frappé de stupeur. Je vous fais part de mon témoignage ayant vécu en direct (si je puis dire) l'Histoire.
L'émission où officie Yann Barthès se veut branchée et pseudo-impertinente ; le petit journal n'échappe pas à cette ligne, car quand on parle de Paris Hilton pour s'en moquer, on en parle quand même. Sous couvert de se moquer des people, Barthès fait du people même s'il lui arrive d'être drôle. Canal+ n'a jamais prétendu être une télévision culturelle, mais se veut branchée, et l'entretien de Laurence Haïm avec Obama en a été un exemple stupéfiant : ce n'était pas une interview journalistique, mais une déclaration d'amour. Canal+ prétend être une chaîne américaine, mais n'est finalement que parisianiste. En revanche, il n'y a pas de honte à regarder CNN (ni Canal+ d'ailleurs :))
Concernant la crise des fusées, permettez-moi de vous recommander un excellent documentaire The Fog of War. JFK comme Obama suscitent un espoir en des temps troublés, mais ne sont au final que des hommes charismatiques. Le bilan de Kennedy est médiocre pour le moins, et celui d'Obama pour le moment n'est pas probant. Donnons-lui du temps et pas de l'adoration.
Oui M. Obama est l'homme politique qui ne se prend pas à la tête et comme dit la nouvelle génération ne se la pète pas, mais après?
Je pense que M.Obama se moque de la "petite" Europe mais voit plus dans l'avenir de l'asie et plus particulièrement de la Chine, de l'Inde, des 2 Corées réunies et du Japon pour sa recherche et sa position stratègique.
L'Europe une bulle de plus en plus endettée en difficulté économique depuis les années 80, qui ne compte plus sauf pour de la chair à canon pour l'Afghanistan un vrai sujet US avant d'être un sujet européen. Une vision commune entre M.Bush et M.Obama exemple faire rentrer la Turquie dans l'UE . M.OBAMA est un pur produit US et sous son côté "bon enfant" sera le tombeau l'Europe et là le réveil sera difficile pour nos compatriotes qui sont en contemplation devant M.OBAMA. Cela n'empêche pas qu'il soit sympa mais attention derrière se sourire charmeur l'Europe ne pèse rien.
J'ai bien compris qu'au moins une dame de votre connaissance manquait un peu de culture politique. :~)
Mais en dehors de cette précision autobiographique, je ne comprends pas très bien ce que vous cherchez à nous expliquer au travers de cet article sur Obama.
Si l'angle de votre article c'est que le Président des Etats-Unis privilégie les intérêts américains, pourquoi pas, mais en dehors des dames que vous fréquentez, tout le monde en est convaincu.
Si c'est pour affirmer que Bush ou Obama c'est du pareil au même, la démonstration est laborieuse. En plus dans ce que je pense être le désir de mettre à bas le mythe Obama, je relève pas mal de contradictions et un peu de cette naïveté que vous reprochez aux "français".
En premier lieu, Obama est le produit réussi de l'Affirmative action, cette doctrine des années 60 consistant à favoriser les minorités notamment dans l'accès à l'éducation. .../... La carrière d'Obama ressemble à s'y méprendre à la carrière de n'importe quel politicien américain brillant
Euhhh... quel compliment pour l'Affirmative action et les politiciens américains !
Obama a su mettre en avant non sa couleur de peau mais, de façon plus intelligente, son mélange culturel et international. Le reste du monde, charmé par ce candidat si atypique en apparence, s'est mobilisé pour celui qui ressemble au rêve américain: mi-noir, mi-blanc, mariage stable, discours posé, sourire Kennedy et surtout, si différent du style de Bush.
Dans la mesure où il a été élu par les américains et non par le "reste du monde", cette présentation du personnage transforme son élection en un mystère absolu, car culturel et international sont deux critères qui n'ont, à ma connaissance, jamais été décisifs dans le vote des citoyens américains.
Une fois Obama désigné par les caciques du parti, sa campagne présidentielle a été un modèle du genre. Que voulez-vous nous signifier ici ? Que ce sont les caciques du parti démocrate qui manipulent Obama, un peu comme Bush était une marionnette dans les mains des faucons républicains ? Je suppose que vous désignez ainsi le moment où le parti démocrate a pris conscience de la défaite d'Hillary Clinton aux primaires. Ca faisait quand même déjà un bon bout de temps qu'Obama était en campagne, et on peut même se demander si ce n'est pas cette victoire interne au sein du parti démocrate qui était la plus difficile à remporter vu l'image désastreuse des républicains à la fin des années Bush. Je n'ai pas l'impression qu'il doive grand chose aux caciques démocrates, et en tout cas, pas sa campagne.
Cet aspect de Barack Obama a été mis sur le compte d'une ouverture à l'autre, et non sur une tendance à utiliser la religion à des fins politiques. Pourtant, Obama cite plus la parole divine que George W. Bush, réputé être un fidèle chrétien.
L'Amérique n'est pas un pays laïque :~)
Même sur leurs billets de banques, les américains éprouvent le besoin de rappeler leur foi en Dieu. Alors s'imaginer que l'on puisse faire de la politique aux US sans utiliser la religion me semble d'une confondante naïveté. Mais la question, ce n'est pas l'emballage, c'est le contenu. Bush utilisait également Dieu, mais c'était à la façon des prédicateurs fous des westerns qui bénissaient les cow-boys avant de les envoyer massacrer les indiens ou lyncher quelque voleur de cheval étranger à la ville.
De la part du Hamas ou du Hezbollah, entités ouvertement opposées à la paix avec Israël, les réactions ont été plutôt méprisantes. Obama a beau être le nouveau président des Etats-Unis, il n'en reste pas moins un adversaire idéologique et si ses paroles charment, elles fonctionnent principalement sur les déçus de l'Amérique, pas sur ses ennemis.
Les opinions publiques arabes sont les premières parmi les déçus de l'Amérique. S'imaginer qu'un homme puisse avec un discours faire disparaître tout sujet de conflit entre les Etats-Unis et le Hamas ou le Hezbollah, ce n'est plus de la naïveté, ce sont les Bisounours et Disney réunis. La gestion catastrophique de la crise Irakienne par Bush et un grand nombre de ces déclarations enflammées, ne serait-ce que sur le thème des croisades par exemple, ont creusé un fossé entre les opinions publiques arabes et l'Occident, et la première chose à faire pour un nouveau président américain, c'est bien de lutter pour améliorer cette image. Mais avant Bush, le rêve américain fonctionnait de la même manière en Egypte qu'en Irlande ou en Colombie. Et une négociation avec le Hezbollah et le Hamas, sera plus facile (ou plutôt un peu moins impossible) avec une opinion arable moins hostile à l'amérique.
Si Obama a trouvé les mots justes, il l'a fait vis-à-vis de son public, car il a surtout fustigé la laïcité à la française pour montrer qu'Américains et Egyptiens peuvent avoir des positions communes. La laïcité à la française (et dans une moindre mesure à l'européenne) reste l'exception dans un monde toujours plus religieux. Mais ce n'est surement pas le seul point sur lequel nous différons des américains ~)
Obama, même s'il affirme incarner une rupture d'avec son prédécesseur, a pourtant voté pour tous les crédits de la guerre en Irak alors qu'il était sénateur, affirmant qu'il tenait ainsi à montrer son soutien aux troupes américaines. De même, considérant que la guerre la plus cruciale se déroule non en Irak, mais en Afghanistan, il compte envoyer plus de troupes sur le front contre les Talibans. Enfin, il tarde à fermer le centre de détention de Guantanamo à Cuba malgré ses promesses électorales. Obama hérite de toutes les merdes que son successeur lui a laissé, et les gère comme il peut. C'est certain que la stratégie en Afghanistan, s'il n'y avait pas eu la guerre d'Irak, aurait été plus convaincante. Mais d'un autre coté quel autre choix a-t-il ? Guantanamo, il essaie, mais entre les vrais terroristes que l'on ne peut juger ou interner aux US, et tous ceux qui ne l'étaient pas avant, mais qui ont aujourd'hui toutes les raisons du monde de haïr l'Amérique, reconnaissez que la situation n'est pas simple.
Obama, même s'il est très en-dessous des attentes des ONG environnementales, a su manifester son intérêt pour la question écologique à défaut d'en faire une réelle priorité, comme en témoigne son soutien à l'industrie automobile et sa volonté de sauver GM.
Grand Dieu ! Vous reprochez au Président des Etats-Unis de ne pas avoir précipité la fin de l'industrie automobile américaine pour contenter les ONG gouvernementales et vous taxez les dames de votre connaissance de naïveté ;~)
Pour les Français, Obama incarne un renouveau, mais aussi une sorte de tabou. Une grande peur en France consiste à se faire traiter de raciste. Rejeter le président Obama expose à ce risque. Après la vague hystérique anti-Bush, Obama représente un moyen d'aimer à nouveau l'Amérique sans se sentir honteux tout en permettant de se sentir politiquement, racialement et humainement correct.
Je crains que vous ne sous-estimiez profondément le rejet suscité par la politique de Bush (et pas uniquement en France), même lorsque vous parlez de vague hystérique anti-Bush. Même blanc, Obama aurait incarné le renouveau et suscité l'enthousiasme...
La campagne d'Obama, dans la grande tradition démocrate a mis l'accent sur la crise.
Et sur quoi aurait-il du mettre l'accent au milieu de la pire crise économique depuis 1945 ?
Obama a su présenter un programme audacieux de sauvetage, même si une grande partie de cette crise est fantasmée et auto-engendrée: nombre d'entreprises profitent du climat de crise pour licencier ou se proclamer en faillite alors même qu'elles sont viables, ce qui contribue au cercle vicieux de l'économie mondiale.
Serait-ce une nouvelle théorie du complot qui m'avait échappé ? La crise économique est une invention des politiciens américains pour licencier tous les travailleurs du monde ?
Dans l'émission satirique de Canal+, Obama est caricaturé en bienfaiteur qui est empêché dans ses initiatives par deux généraux portant les traits de Sylvester Stallone. La marionnette de l'acteur de Rocky et Rambo est toujours utilisée pour représenter la «World Company», cette pieuvre capitaliste qui étend ses ramifications sur le monde entier depuis l'Amérique, fantasme bobo-facho d'une théorie du complot qui empêche les bonnes âmes de changer le monde. Ah cette fâcheuse tendance à toujours voir le monde en noir et blanc alors qu'il est métissé...
A chacun sa théorie du complot... Mais bon utiliser les guignols de l'info pour dénoncer la tendance à voir le monde en noir et blanc ne me semble guère pertinent. C'est leur fond de commerce.
Votre réaction est une brillante démonstration de l'angle de mon article que vous affirmez n'avoir pas trouvé.
Votre réaction est une brillante démonstration de l'angle de mon article que vous affirmez n'avoir pas trouvé.
Un peu léger non, pour ne pas dire facile, comme réponse ?
Vous avez raison.
j'espère que vous ne parlez pas de moi lorsque vous dites qu'une "dame de votre connaissance manquait de culture politique" ... je parlais de vécu c'est tout, (de 1960 à 1963 en parlant de JFK puisque lors de l'élection d' OBAMA pas mal de journalistes l'on fait au mois de novembre.) La culture politique c'est quoi ? grâce à l'engagement de mon père qui avait un mandat électoral, j'ai côtoyé pas mal de politiques de tous bords d'ailleurs... je vais vous dire une chose : à un certain niveau, ils ne se mangent pas !!! Ils s'empoignent devant la télé le mardi et après ils vont manger ensemble à la cantine de l'assemblée ! d'ailleurs regardez ce qui se passe : le PS va à Versailles tout en critiquant M. SARKOZY. Mais la politique franco-française nest pas trop intéressante.
La politiique étrangère est beaucoup plus attrayante. Cela étant dit votre théorie en vaut une autre. Vous avancez des arguments qui en valent d'autres mais vous manquez peut-être de recul ... Obama est président que depuis le 20 janvier, il faut peut-être laisser "le temps au temps" A ce moment-là il sera utile de faire une analyse plus pointue de ses actes. A bon entendeur....
Je suis entièrement d'accord quand vous dites "laissons le temps au temps" et donc, avant de déclarer Obama sauveur du monde, attendons au moins UNE action positive, pas un joli discours ou un sourire charmant. Je ne me rappelle pas avoir développé une théorie sur Obama dans l'article, juste exposé des faits, mais je comprends que vous n'aimiez pas qu'on critique quelqu'un qui vous apporte de l'espoir.
Veillons à ne pas caricaturer les fans d’Obama. Tout le bien qu’on pense de lui est largement du au fait qu’il succède à Bush, qui mérita son impopularité. D’un point de vue historique son élection même est un moment d’espoir unique : une majorité blanche a voté pour un noir à l’élection présidentielle de la première puissance mondiale !!! Il démontre des qualités exceptionnelles depuis son élection, et semble idéal pour améliorer les relations entre les Etats-Unis et le monde.
La notion d’homme providentiel a ses limites, mais ce sont aussi les grands hommes qui ont fait l’histoire. Il semble que la concordance entre le contexte mondial et sa personnalité pourrait lui donner une importance exceptionnelle : à l’heure ou le monde est de plus en plus multipolaire, comment ne pas voir en lui un défenseur du dialogue dont le monde a besoin ?
Certes il a aussi des défauts et tout ce qu’il fait n’est pas parfait, c’est valable pour tous. On peut discuter toutes les critiques que vous avez énuméré. Mais alors que beaucoup ne croient pas en la politique, pourquoi pas rester optimiste devant un tel parcours !!!
Vous qualifiez Obama de noir, je le vois comme métis, voilà peut-être une différence entre nous. Quant à ses qualités, je le demande à nouveau : quels sont les points forts de l'action du président Obama depuis son élection ? Et ce sont plus les peuples que les grands hommes qui font l'histoire selon moi, encore peut-être une différence de perception.
Vous qualifiez Obama de noir, je le vois comme métis, voilà peut-être une différence entre nous.
Encore une déclaration pour le moins ambigüe, dont l'utilité me semble discutable. Reprenez-vous les classifications raciales de l'Afrique du Sud, ou pensez-vous que le racisme est moins développé envers les métis qu'envers les noirs ? Et dans ce cas, pour reprendre un sketch fameux, faut-il distinguer les noirs tout noir des autres ?
Ou alors est-ce parce que vous lui reprochez, comme un grand nombre de membres éminents de la communauté noire avant son élection, de ne pas être assez noir ? Mais dans ce cas, je ne suis pas certain que la notion de métissage racial soit pertinente. Il existe aujourd'hui une classe moyenne parmi les noirs américains, des noirs tout noir, auquel le même reproche pourrait être fait !
Si Obama avait été battu malgré le bilan cataclysmique de Bush, on aurait pu à juste titre s'interroger sur l'influence de la couleur de sa peau sur le résultat. Mais dès lors qu'il a été élu, est-ce que cette couleur a encore une réelle importance, dans la mesure où il a été élu malgré cette couleur et non à cause de cette couleur.
Quant à ses qualités, je le demande à nouveau : quels sont les points forts de l'action du président Obama depuis son élection ?
Il n'a transformé ni l'Irak ni l'Iran en parking pour l'instant. Il existe encore des américains qui ont un boulot et pas uniquement dans les banques. Il s'attaque au système de santé (OK c'est pas gagné, mais ça va dans le bon sens) et il n'a pas mis fin à l'industrie automobile américaine pour satisfaire les lobbies environnementaux contrairement à ce que vous sembliez souhaiter ;~)
Alors c'est vrai que il n'a pas encore mis fin à la guerre en Irak, en Iran, au Pakistan, créer 2 états souverains et copains en palestine, dénucléariser la terre et mis fin à la faim dans le Monde. Mais je tiens à signaler qu'à défaut de marcher sur l'eau, il tue les mouches d'un seul coup.
Il y a quelque chose d'un peu paradoxal dans ce procès d'intention fait à tous ceux qui ne sont pas vous de déifier Obama et en même temps de lui reprocher de ne pas être Dieu !
Plus sérieusement et pour reprendre les fils précédents, il n'y a qu'une chose qui rapproche Obama de Kenedy c'est leur charisme.
Et la politique, c'est aussi du rêve. Et particulièrement en période de crise.
Et ce sont plus les peuples que les grands hommes qui font l'histoire selon moi,
C'est la vulgate marxiste et ce n'est pas faux, mais encore faut-il que les peuples trouvent des hommes pour incarner leur histoire à un moment donné.
Que le parti Socialiste se trouve un candidat d'origine maghrebine doté du même charisme qu'Obama, que le parti socialiste et ses éléphants le sous-estiment suffisamment pour ne pas le cramer avant même qu'il n'ait pu exister devant l'opinion, et vous verrez que les français seront prêts à voter pour un français d'origine maghrebine (à 50 ou à 100%...) et que Sarkozy sera balayé.
Si vous m'avez fait l'honneur de lire mon commentaire, sans doute aurez-vous compris que je suis très près de penser comme vous et je trouve trop pessimiste la vision de monsieur Augé, surtout si peu de temps après l'élection d'Obama.
Mais là où je diverge de ce que vous dites, c'est quand vous souhaitez un candidat d'origine maghrébine - mais sans doute pensez vous d'origine étrangère car pourquoi discriminer les autres - alors que pour moi ce candidat-là, nous l'avons eu, et c'était Nicolas Sarkozy.
Si nous n'étions pas soumis aux lois Gayssot et à tout le politiquement correct qui va avec, nul doute que pendant la campagne des présidentielles certains auraient pu faire remarquer que Sarkozy était un métèque. Je ne parle évidemment pas de l'extension péjorative du mot.
Croyez-vous qu'il aurait été mieux ou moins bien élu ? Nous ne le saurons jamais. Par contre nous avons vu la fureur des Villepinistes qui soutenaient leur candidat "bon chic, bon genre" et le déferlement de haine sur le style de Sarkozy, qui aujourd'hui encore n'est pas tari.
Pour moi, sur le plan ethnique, l'élection de Nicolas Sarkozy est une toute aussi bonne surprise que celle d'Obama.
Et mon rêve est que comme Obama, Sarkozy réussisse son quinquennat malgré la crise et les crises des uns et des autres.
Si vous m'avez fait l'honneur de lire mon commentaire
Je suis tout rouge de confusion :-)
Comme vous vous en êtes sans doute rendu compte, je ne partage pas votre enthousiasme pour Sarkozy, même si je souhaite tout comme vous qu'il réussisse son quinquennat, encore que je suppose que nous ne partageons pas nécessairement les mêmes critères sur ce que serait un quinquennat réussi.
Je ne souhaite pas plus un candidat d'origine maghrébine qu'un candidat de n'importe quelle origine. Mais je voulais, maladroitement, me référer à tous les articles qui sont parus dans la presse française pour nous expliquer que jamais un candidat issu des minorités visibles n'aurait pu être élu en France comme Obama aux Etats-Unis, dans la mesure où je pense que ce n'est pas tant sa couleur de peau que son charisme qui ont été déterminants dans cette élection.
J'ai la faiblesse d'espérer que si Sarkozy n'a pas été traité de métèque pendant les élections, ce n'est pas à cause du politiquement correct, mais de l'évolution de la société française. Ce mot même de métèque est intéressant parce que très utilisé par la presse et le personnel politique avant la deuxième guerre mondiale. Il désignait alors, entre autres, des minorités telles que les travailleurs italiens ou polonais qui sont aujourd'hui parfaitement intégrés. On en est malheureusement pas encore là avec les minorités visibles d'aujourd'hui.
Votre président a l'air formidable. "Il n'a transformé ni l'Irak ni l'Iran en parking pour l'instant.", ça lui fait un point commun avec Ahmadinejad, Yann Barthès et le nain Potiron qui, eux non plus, n'ont pas transformé l'Irak et l'Iran en parking. Vous devriez monter un fan-club d'Obama, si ce n'est déjà fait, et réfléchir ensemble à des arguments autres que "Il n'a transformé ni l'Irak ni l'Iran en parking pour l'instant." ou qu'il a de bonnes intentions et du charisme... Il me semble que vous ne cherchez pas le dialogue, mais à défendre votre candidat à tout prix (et quel prix !). Proposez une réponse en bonne et due forme à Slate, moi je considère tout ce que vous me dites est une litanie qui n'apporte aucun élément sur le le fond et prouve que mon article a visé juste malgré mes craintes. Après, vous êtes libre de croire, et de rêver. C'est d'ailleurs ce qu'on retient de vos commentaires : laissez-moi rêver. Bien, rêvez, moi, ce n'est pas mon métier. Quant à m'accuser de racisme ou d'employer la "vulgate marxiste", vous êtes ridicule.
Et si le style, c'était l'homme:
http://www.youtube.com/watch?v=U39zae4IxUA
Mais bon je reconnais que McCain est un petit peu timide sur ce coup là et qu'avec un rien de mise en scène:
http://www.youtube.com/watch?v=SLv4mtwsRos&NR=1
on a clip électoral nettement supérieur pour démontrer que Obama n'est ni Bush, ni McCain.
En fait, les "blancs" ont voté à 53% pour McCain. Cependant je suis assez d'accord avec le reste de vos propos.
"Si Obama a trouvé les mots justes, il l'a fait vis-à-vis de son public, car il a surtout fustigé la laïcité à la française pour montrer qu'Américains et Egyptiens peuvent avoir des positions communes."
La "laïcité à la française" a surtout fait la preuve de son échec depuis des décennies en tentant toujours de rejeter la faute sur "l'extérieur". En ce moment la tête de turc des laïcards jusqu'au-boutiste s'appelle Barack Hussein Obama. CQFD
Par ailleurs, vous éludez le fond du problème autour du dialogue des cultures. Obama a bien compris que le choc frontal de ses dernières ne fonctionne pas. Ce n'est pas en disant "vos valeurs sont inférieurs aux nôtres" qu'il fera avancer le schmilblic. Le président américain a donc mis en avant le développement économique et humain comme corolaire de l'éducation des femmes par exemple. En effet, le développement humain apporte les droits qui vont avec.
"En ce moment la tête de turc des laïcards jusqu'au-boutiste s'appelle Barack Hussein Obama. CQFD" Ah bon, ce n'est plus le pape ? Tenez-moi au courant SVP.
Ce serait plutôt la Turquie, pour faire suite à un débat précédent, qui tient ce rôle de "tête de turc", en ce moment... ironique, non ? :)
Mythification ou caricature à la « guignols des infos », sacralisation ou dérision profanatoire ne sont pas les meilleures façons de comprendre ce qu'est l'homme Obama ni l'homme tout court sinon par ses travers. Vous en conviendrez peut-être.
Votre titre pourrait vouloir nous le dire « Barack n'est qu'un homme » s'il ne ramenait le « être un homme » à une étrange mécanique. En effet j'ai été frappé par le fait que votre Barack Obama semble être totalement instrumentalisé.
- la remarquable stratégie de communication qui l'a amené à la présidence
- Obama est le produit réussi de l'Affirmative action
- la carrière de n'importe quel politicien américain brillant, sauf qu'il est métis
- fusion réussie entre ses origines ethniques qui symboliseraient sa capacité à rassembler les minorités d'un pays divers et divisé.
- Les équipes de communication d'Obama ont préféré jouer le retour de balancier, en misant sur un candidat à l'opposé du président sortant.
- Obama désigné par les caciques du parti
- Les équipes démocrates ont rapidement compris l'intérêt que représente Internet en tant qu'arme électorale
- L'image soigneusement travaillée d'Obama
- celui qui ressemble au rêve américain
- adopter une attitude «cool» et ouverte
- prononcé les mots qu'il fallait, parler aux gens leur langage
On a le sentiment que c'est la conjonction d'une certain nombre de facteurs plus l'habileté d'une campagne de communication qui ont produit mécaniquement l'accès à la présidence. Venant d'un expert en méthodes de propagandes on en viendrait à croire que votre message c'est que ce sont ces méthodes qui sont agissantes plus que les hommes qui les manient. Pensée magique?
En contre point vous ne cessez d'associer à Obama des figures évangéliques, un peu sous le mode de la dérision semble-t-il; comme si l'alternative c'était soit l'homme machine soit Jésus Christ comme divinité.
- Une force presque surnaturelle
- le messie métis
- pouvoir marcher sur l'eau
- tous les miracles qu'on attend de lui
(et je reprend ici des formules de votre article sur l'Iran)
- au commencement serait son verbe
- le chemin de Damas
Le profane de la méthode et des circonstances ou bien le sacré de l'identification divine salvatrice? Votre position semble tranchée il n'y a pas d'homme Obama mais un concours de circonstances et d'habiletés et certainement pas une mission divine, un rôle messianique.
Que reste-t-il pour l'homme Obama dans votre article
- la personnalité charismatique d'Obama
- une ouverture à l'autre...
Pas grand chose, là où est justement l'essentiel. L'essentiel c'est le charisme sur lequel je voudrais insister.
D'abord je le définirai comme le lien entre une position d'être, une position d'esprit (spirituelle?), une position de Sens ou disposition d'être orientée et un conSensus porté par une communauté qui entre en résonance.
Cette résonance passe par la tenue, l'expression donc la parole de l'homme charismatique, les modalités de communication et mieux de participation de la communauté et enfin les caractères d identification de cette communauté.
Cette définition est valable pour tous les Sens de la communauté, les pires et les meilleurs. Nous nous intéresseront aux meilleurs pour l'affaire Obama.
Ce qu'il dit fait écho avec l'identité américaine, « Yes we can » lorsqu'il s'agit de dépasser une épreuve. Toutes les références aux fondements de la nation américaine qui vont dans le même Sens (storytelling) participent à l'identification et au conSensus c'est-à-dire non seulement à l'adhésion mais aussi la mobilisation qui est caractéristique de ce Sens de la culture américaine où elle reconnaît son « Sens du bien commun ». Or cela ne se calcule pas pour être incarné au plus profond d'une personnalité. Son charisme elle le reçoit comme une vérité de soi en réponse à une vérité communautaire, une histoire singulière.
Pour que ce charisme soit des meilleurs il faut encore que cette position d'être propose aux autres de se trouver eux-mêmes selon le Sens du bien commun signifié.
Alors l'action de l'homme charismatique? Elle consiste à tenir sa position d'être en toutes circonstance. Ce n'est pas lui qui agit mais la résonance qui mobilise. Pourquoi chercher des actes d'emprise alors que c'est uns déprise qui permet de se tenir ainsi. Non pas une indifférence à l'action mais la tenue d'une bonne volonté pour l'action des autres. Une question fondamentale de la conception de l'action communautaire politique donc.
Nous sommes trop habitués surtout en France à la contamination des malignités à combattre et des irresponsabilités à revendiquer. Note croyance dans les »pouvoirs » et dans les méthodes qui marchent est sans doute à revoir pour y inscrire le charisme.
L'homme Obama tiens une position d'être qui parle au coeur en signifiant le Sens du bien commun « yes we can » en situation de traversée d'épreuves. Ca pour les américains et peut-être au-delà. Il signifie le meilleur de la culture américaine et quelque chose du meilleur de l'homme. Angélisme ou nouvelles compétences. « voir
Leçon de socio-performance par Barack Obama
Je suis impressionné par votre analyse minutieuse de mon humble article. Je confirme : Obama n'est que le président des Etats-Unis, et il représente beaucoup d'intérêts parfois contradictoires qui l'ont porté à la présidence. Qu'il ait du charisme, soit, mais ça se travaille, comme tout ce qui touche à la communication de masse. Obama a été désigné par le parti démocrate qui possède un impressionnant réseau d'experts en relations publiques et aident le président à comprendre la meilleure façon de projeter ce fameux charisme qui vous tient tant à coeur. Quant à l'expression "storytelling", elle est très à la mode mais ne saurait remplacer ce qu'elle tente de masquer, la propagande du candidat Obama qui provoque tellement de réactions négatives à un article qui voulait juste dire que, oui, Il ne sauvera pas le monde, et que les peuples décident des changements, pas les prophètes auto-proclamés ou les messies fabriqués. Je prends avec autant de plaisir les commentaires qui apprécient mon article, que ceux qui m'accusent de crime de lèse-majesté, montrant ainsi la véracité du sous-titre qui pose qu'il est devenu presque impossible de critiquer Obama. Je ne vous accuse toutefois ni de l'un, ni de l'autre, et espère être plus clair sur la propagande dans les articles éventuels qui suivront.
(Au fait, je n'ai pas choisi le titre de l'article, Slate s'en occupe en général, en tout cas en ce qui me concerne et c'est très bien comme ça)
Au sujet du titre, je ne serai pas aussi neutre que vous. En effet, le titre d'un article est ce qui va nous retenir et nous inciter à lire les paragraphes qui suivent... ou non. Je pense qu'il est bien agréable que Slate choisisse le titre à votre place mais il serait bon que vous ayez votre grain de sel à mettre et que vous fassiez usage de ce droit. En relisant votre commentaire, il me semble qu'il répond mieux à un titre du genre: Barack Obama n'est qu'un homme politique; Heureusement, VOTRE sous-titre sauve l'affaire!
Oui, Etienne Augé a le droit de ne pas aimer un titre, et de le faire savoir à Slate, si ce titre ne lui plaît pas. J'imagine que s'il ne lui avait pas plu, il nous aurait demandé de le modifier. Donc,oui, je maintiens ce titre. L'article faisant référence à l'icônitude Obama, aux attentes parfois étonnantes qu'il suscite — voire surHUMAINE, à la lecture de l'article, il me semblait évident de le titrer comme tel.