C'est l'espoir, et non l’indignation, qui change le monde
Le caractère inoffensif de l'indignation pour le système en place explique le concert de louanges plus ou moins hypocrites qui a marqué la mort de Stéphane Hessel.
- Nice big sign of hope. DieselDemon via Flickr CC License by. -
La politique de l’indignation mène à une impasse. Son caractère inoffensif pour le système en place explique le concert de louanges, plus ou moins hypocrites, qui a salué la disparition de Stéphane Hessel.
Qu’on se comprenne bien. Le vieil homme indigné était admirable. Il avait notamment eu le courage de dénoncer certains agissements condamnables d’Israël, ce qui lui avait valu des accusations fort injustes. C’est le mot d’ordre de son intervention dans l’espace public, avec l’incroyable succès de sa brochure Indignez-vous!, qui est ici en cause.
L’indignation, colère sans lendemain
L’indignation, nous rappelle Le Robert, est un «sentiment de colère que soulève une action contre laquelle réagit la conscience morale ou le sentiment de la justice». Sentiments, colère, morale: le registre n’est assurément pas celui de l’action, de la réflexion et de la politique.
Dans son best-seller, Hessel demandait aux générations montantes de repérer les «choses insupportables» qui défigurent le monde actuel:
«Pour le voir, il faut bien regarder, chercher. Je dis aux jeunes: cherchez un peu, vous allez trouver.»
Est-ce bien là le problème? Les raisons de s’indigner sont à la fois pléthoriques et transparentes. Creusement des inégalités sociales, menaces et catastrophes écologiques, arrogance et cynisme des élites ou encore dégâts de l’individualisme forcené: point n’est besoin de chercher longtemps des motifs de colère et de révolte.
Le succès du vieil humaniste vient de ce qu’il a réussi à ramasser en un court message des sentiments fort répandus. Mais si chacun s’indigne facilement, l’engagement suppose d’entrevoir une solution aux problèmes posés.
La référence à la Résistance, dont usait fréquemment Hessel, est ici inopérante. Le risque de l’action était alors majeur mais l’objectif très clair: en finir avec l’occupant.
L’affaire est assurément autrement plus complexe dans un univers mondialisé soumis à la loi du capitalisme financier. On aura remarqué, au passage, qu’il ne suffit pas d’éliminer Nicolas Sarkozy pour sauver le pays.
Dans un texte cruel mais non dénué de fondement, l’intellectuel centriste Jean-Louis Bourlanges s’était risqué à démonter la «misère de l’indignation»:
«L'indignation, c'est ce qui reste du rêve quand on a tout oublié, et de la révolution quand on a perdu les soviets, l'Armée rouge et le Parti fer de lance de la classe ouvrière, c'est un extrémisme qui n'a pas les moyens.»
Force est de constater que les mouvements qui s’en sont inspirés ont échoué à changer réellement le cours des choses. En Espagne, les centaines de milliers d’«Indignés» qui se sont mobilisés en 2011 n’ont pas empêché la poursuite des politiques d’austérité, moyennant le retour de la droite au pouvoir.
Discrédit de la réforme et de la révolution
La faiblesse politique du message porté par Hessel l’a logiquement conduit à des prises de positions très fluctuantes. L’ancien résistant fut candidat sur les listes écologistes aux élections régionales de 2010. En décembre de la même année, il vante néanmoins les qualités d’«homme de gauche» de Dominique Strauss-Kahn tout en manifestant sa préférence pour une candidature présidentielle de Martine Aubry. En mai 2011, Hessel assure pourtant Nicolas Hulot qu’il le soutiendra «quoi qu’il arrive maintenant». Et il finira par se prononcer en faveur de François Hollande...
A la surprise de ceux qui projetaient sur lui leurs fantasmes de radicalité, Hessel se définissait lui-même comme un social-démocrate. Il n’avait sans doute pas pris la mesure de l’effondrement de cette référence idéologique. La social-démocratie n’a plus grand sens dans un contexte de mondialisation qui rend obsolètes les compromis sociaux naguère forgés dans un cadre national.
La difficulté à définir la réponse politique qui prolongerait l’indignation tient précisément au discrédit des deux grandes idéologies de gauche, la réforme et la révolution. Cette dernière a été mortellement touchée par le drame du communisme réel. Le schéma d’un changement brutal et violent évoque désormais trop le spectre du totalitarisme.
Mais le réformisme n’est guère en meilleur état. L’impuissance des partis qui s’en réclament est de plus en plus avérée en ces temps de crise. La «réforme» est devenue, pour les peuples, synonyme de nouveaux sacrifices et de reculs sociaux. Loin de porter l’espérance, elle est désormais autant chargée de négativité que la révolution.
Nouvelles révolutions
Or, c’est bien la perspective concrète d’un monde meilleur qui pousse à l’action collective. La chute des dictatures arabes a légitimement pu apparaître comme garante d’un vrai changement, raison pour laquelle l’indignation populaire a débouché, en ces cas, sur une issue révolutionnaire.
Rien de tel dans nos démocraties occidentales mâtinées de ploutocratie. L’absence d’un cadre politique alternatif crédible condamne l’indignation à n’accoucher, au mieux, que de sporadiques révoltes.
Les révolutions, rappelait le journaliste Jean-François Kahn, ne se préparent pas en ce sens qu’elles sont généralement déclenchées involontairement par des provocations de la part des puissants. Dans ces réactions populaires à la goutte d’eau qui fait déborder le vase, l’indignation est un puissant facteur de mise en branle.
Mais les révolutions qui réussissent sont celles qui sont adossées à un projet politique et intellectuel préalablement défini. La prise de la Bastille n’aurait pas accouché de la Révolution française sans les Lumières. La prise du palais d’Hiver n’aurait pas débouché sur la Révolution d’octobre sans le dessein communiste.
En l’absence d’un quelconque cadre théorique, les indignations contemporaines peuvent provoquer bien des soubresauts et révoltes, mais pas de vraies révolutions. Les changements profonds portés par l’espérance d’une vie meilleure se situe aujourd’hui, dans nos sociétés, à un niveau infra-politique.
Animée d’une conscience écologique, aspirant à une meilleure qualité des liens sociaux, une minorité agissante expérimente sans bruit d’autres manières de vivre. Le réseau Colibris des amis du philosophe Pierre Rabhi tente de fédérer ce type d’initiatives en France, mais de très nombreux pays sont concernés par ces «révolutions tranquilles».
Hessel lui-même avait invité ses lecteurs à s’engager dans des actions concrètes qui permettent de passer du stade de l’indignation à celui de la réalisation. Ce message a toutefois eu nettement moins d’écho que son cri de colère.
Reste à savoir si ces expérimentations positives atteindront la masse critique où elles seraient capables d’entraîner un véritable changement politique. Mais ceci est une autre histoire.
Eric Dupin
Mis à jour le 01/03/2013 à 7h09

















































Ces mouvements d'indignés, qui se réclament toujours en dehors des partis, finissent inévitablement par diviser la gauche et favoriser le maintien de la droite au pouvoir.
C'est intéressant, un de vos collègues sur slate n'appréciait pas beaucoup Stéphane Hessel il me semble (à la lecture d'un ancien article). Je pense que ce monsieur avait le mérite de poser des questions, d'avertir contre l'endormissement de la population. Certes l'indignation n'a pas porté ses fruits, mais peut-être est-ce simplement à cause d'un trop faible nombre de partisans, peut-être si ils avaient été des millions au lieu de milliers...
Le réseau colibris est effectivement très intéressant, mais bien trop peu médiatisé, et comporte bien moins d'adhérents que "les indignés", ce qui est bien dommage...
Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris, au travers de cet article, car - hélas - jen'ai pas beaucoup suivi le chemin des études.
Toutefois, ce que je ressens c'est qu'effectivement Une tristesse infinie s'abat aujourd'hui dans le coeur des Justes, un peu comme si on avait Tous perdu un Père.
Alors faisons le voeu que d'autres Hommes et Femmes de Paix, justes et Bons puissent reprendre le flambeau. Oui, plus que tout autre chose nous avons un cruel besoin d'autorité morale, car nous ne sommes que des hommes qui devons vivre ensemble, si possible en harmonie pour le temps qui nous est imparti !
Paix à son âme et toutes nos condoléances aux siens et à tous ceux qui aiment cet Homme, que l'on n’oubliera pas.
Mécheri
l' espoir est l' optimisme d' un pessimiste.
Essayons d' être réaliste, factuel, concret, c' est déjà assez difficile.
Je suis au regret de vous annoncer que ce n'est pas l'espoir qui change le monde. Cas concret : j'espère une augmentation. Et bien si je ne fais que l'espérer, je ne risque pas de l'obtenir. Par contre si je m'indigne de ne jamais être augmenté, que je fustige mon supérieur et que je lui fais comprendre que ça ne va pas se passer comme ça, il va y réfléchir un peu plus sérieusement (ne serai-ce que pour assurer la tranquillité de ses oreilles).
L'idée de base c'est de se scandaliser quand il y a lieu de le faire, et de le faire auprès des personnes qui peuvent changer réellement les choses - mais qui ne le font pas habituellement puisque personne ne dit rien. Alors il est bel et bon d'espérer que les politiques agissent enfin, mais nous savons tous que c'est lettre morte. Les politiques n'agissent pas pour que les choses évoluent dans le bon sens, sauf s'ils y sont contraints par l'indignation. Si demain trente millions de français descendaient dans la rue pour exiger l'instauration d'un salaire maximal pour les élites, les politiques seraient contraints de le faire. Alors on peut espérer qu'un jour, ces politiques le feront ; oh, oui, ça on peut l'espérer toute sa vie, et ça n'arrivera jamais.
Quand à avoir l'objectif d'un futur meilleur par des moyens précis, c'est évidemment louable, mais cet objectif ira à l'encontre des forces politiques en place, donc le rapport de force sera nécessaire, et par conséquent l'indignation. Aujourd'hui les fautifs de la plupart de nos maux, on les connait : des "banksters" sans scrupules, responsables d'une crise économique qui a coûté la vie à des milliers de gens. On est passés de la délinquance en col blanc au crime en col blanc. La misère vous tue plus efficacement que n'importe quelle autre chose ; et la misère, c'est eux qui l'engendrent par des actes irresponsables, la sape de notre lien social, de notre unité. Qui rase les forêts amazoniennes ? Qui pollue à tout va ? Qui fait des marées noires, ferme des usines, fait pression sur les politiques pour moins d'aides aux nécessiteux ? Les banksters sont infiniment plus dangereux pour nos sociétés que ceux qui peuplent nos prisons. Et on les laisse faire en prétextant la liberté.
Alors faut-il espérer que soudainement, ils deviennent des gens bien ? Ou alors faut il les contraindre par la force à cesser leurs méfaits ? En tout cas, l'espoir, ça les dérange pas plus que ça. Tant qu'ils auront les mains libres, ils continueront.
tout à fait d'accord , ces gens ne comprennent que le rapport de force .
assiéger pendant des semaines les parlements , y compris Strasbourg , donnerait peut-être enfin à réfléchir aux ripoux achetés par l'argent des requins financiers Européens et mondiaux .
un terme m'amuse (un peu) ; " Lobbyes " quel joli mot pour en cacher un autre ; "Corruption "!!!
l'espoir fait vivre et l'indignation permet de s'ouvrir et non pas de se refermer sur soi-même.....
je trouve l'article assez cynique et n'échappant pas à une vision de l'histoire encore très manichéenne et surtout nimbé de suffisance de la part de l'auteur qui aligne les visions stéréotypés de la dite histoire.
Pour ma part je trouve cela assez pathétique et pas du tout plaider en faveur de l'auteur, car comprendre l'histoire c'est se dire qu'elle n'est jamais écrite définitivement que chaque jour des éléments peuvent faire changer radicalement la vision que l'on peut avoir de la dite histoire, un exemple, aujourdhui sur yahoo, un groupe de chercheurs américains qui veut réevaluer l'impact et l'importance des camps nazis pendant la seconde guerre mondiale, quoi on aurait minoré ce phénomène et son étendue pendant ces 70 dernières années???????? comment est-ce possible avec l'armada des chercheurs, économistes en tous genres, alors moi je vais émettre la théorie que vous M Dupin ne pourrez pas réfuter, que l'idée sous-jacente du système concentrationnaire nazi n'était pas seulement de fournir une main d'oeuvre totalement gratuite à l'appareil productif allemand( je dis allemand et pas nazi, car le modèle productif allemand était capitaliste privé et n'a jamais cessé de l'être pendant toute cette période(aucun grands industriel n'a été spolié pendant cette période bien au contraire tous se sont bien enrichis de ce système concentrationnaire ou le travail avait été enslavé et j'irais même plus loin, je dirai que ce modèle du travail enslavé ou esclavagiste était la vision dominante du capitalisme rhénan et que si l'allemagne avait gagné la guerre, celle- ci serait devenue la norme dans toute l'Europe, de l'atlantique à l'oural qui aurait fait apparaître après-coup le goulag soviétique pour du boy-scoutisme à la Baden-Powell.voila Mr Dupin les chercheurs américains confirmeront mes dires au fur et à mesure ou ils aligneront les chiffres et les faits!!!!pour finir puisque ce modèle capitaliste est votre horizon indépassable,dîtes- moi pourquoi les Russes que vous ne semblez pas aimer beaucoup ont fait trois révolutions en moins de 12ans avec en prime une guerre mondiale pour hors-d'oeuvre, je suis sûr que cette obstination dans l'ineptie ne visait qu'à vous contrarier à l'heure du petit-déj avec croissants chauds etc....
la nouvelle façon de vivre , à crédit , génère des obligations de remboursement qui ne souffrent pas de manquement en fin de mois .
d' où la passivité obligée des salariés et des jeunes , se révolter coûte cher .
Je suis assez d'accord avec l'auteur de cet article même si aujourd'hui, personnellement, je n'ai pas passé le cap de l'indignation, ce qui m'empêche de vivre dans le bonheur. Mais je m'interroge justement sur un point. Que vous, lettré, instruit et informé par d'autres sources que le 20h des grosses chaines de télé, vous souhaitiez passé à l'étape "action", c'est bien normal mais n'y a-t-il pas aujourd'hui une grande partie de la population qui ne comprend même pas ce qui va mal. Qui pense par exemple que nous vivons en démocratie car nous avons le droit de vote ? Et, dans ce cas, ne faut-il pas insister sur l'étape indignation pour ouvrir les yeux de tous.
et une deuxième question : Quand on arrive au constat effectif que notre développement n'est adapté qu'au court terme, que nous avons oublié de garder le contrôle sur notre seul outil de protection populaire (la Constitution), que l'Europe se transforme doucement en dictature où des puissances économiques font des rédiger des lois pour continuer leur saloperies légalement, etc. Mais, bon dieu, comment faire pour mobiliser les gens et reprendre la main ? Comment est-ce possible que nos élus nous trahissent tous les jours face à ceux qui ne veulent qu'exploiter la masse ?