Monde

Visite de François Hollande chez Vladimir Poutine: les droits de l'homme au menu?

Daniel Vernet, mis à jour le 26.02.2013 à 17 h 34

En visite à Moscou mercredi et jeudi, le Président français peut marcher sur les pas de François Mitterrand et faire un geste fort.

Des policiers font barrage devant une manifestation d'opposants au pouvoir à Saint-Pétersbourg en 2012. REUTERS/Alexander Demianchuk

Des policiers font barrage devant une manifestation d'opposants au pouvoir à Saint-Pétersbourg en 2012. REUTERS/Alexander Demianchuk

Les relations avec la Russie constituent un des sujets les plus délicats pour la diplomatie française, et François Hollande en fait l’expérience depuis le début de son quinquennat. Il a reçu Vladimir Poutine dès la fin du mois de mai à Paris et n’a pas caché le peu de sympathie que lui inspirait le président russe. «La première impression est toujours la bonne», a-t-il répondu à une question sur ce premier entretien, à côté d’un Poutine glacial.

A l’époque, la France cherchait à être active pour trouver une solution au conflit syrien. La Russie bloquait déjà toute avancée, comme elle le fait encore aujourd’hui.

La Syrie jouera encore un rôle dans les conversations entre les deux chefs d’Etat et il est peu probable que François Hollande réussisse à convaincre son interlocuteur de lâcher Bachar el-Assad. En même temps, le président français est conscient que, sans Moscou, aucune solution n’est possible en Syrie.

Bouclier antimissile et échanges économiques

Des concessions sur d’autres sujets seraient-elles à même de faire fléchir le maître du Kremlin? Rien n’est moins sûr. Vladimir Poutine a construit une grande partie de sa popularité intérieure sur sa fermeté face aux pays occidentaux, aux Etats-Unis en particulier. Les Etats européens ne sont pas épargnés mais la Russie se plaît à enfoncer un coin, aussi souvent qu’elle le peut, entre les deux rives de l’Atlantique.

La défense antimissile que les Américains veulent installer en Europe est une question qui s’y prête. La France est la plus réticente parmi les alliés transatlantiques: elle craint que les projets de bouclier antimissile, comme les velléités d’option zéro pour les armes nucléaires, ne rendent obsolète sa force de dissuasion.  Elle est partisane d’associer au bouclier antimissile la Russie, qui partage la même crainte.

L’autre préoccupation des autorités françaises est le développement des échanges économiques entre la France et la Russie. Dans ce domaine, les Allemands ont plusieurs longueurs d’avance.

Pour développer sa «diplomatie économique», Laurent Fabius a nommé plusieurs représentants spéciaux, selon les pays. Pour la Russie, le ministre des Affaires étrangères a choisi Jean-Pierre Chevènement, une garantie que les droits de l’homme ne viendront pas se mettre en travers du commerce.

Le nom de Sergueï Magnitski sera-t-il prononcé?

François Hollande, qui a le souci de se distinguer de son prédécesseur, ne pourra pas les ignorer totalement. Nicolas Sarkozy s’était lancé dans une défense et illustration des droits de l’homme comme base de son action diplomatique avant de succomber aux impératifs de la realpolitik et à l’illusion des relations personnelles entre «grands» dirigeants. Son erreur aura été de miser sur le «libéral» Dmitri Medvedev, sans comprendre que celui-ci accomplissait seulement un intérim.

François Hollande recevra les représentants de l’opposition russe à l’ambassade de France à Moscou, selon la pratique qui avait cours avec les dissidents du temps du communisme —ce qui en dit long sur la régression qu’a connue la Russie au cours des dernières années. Les libertés fondamentales ont été réduites; l’opposition, qui s’est exprimée dans la rue après les élections législatives truquées de décembre 2011, a été muselée; la justice est restée à la solde du pouvoir.

Les Etats-Unis viennent d’adopter le Magnitski Act, du nom d’un avocat, Sergueï Magnitski, mort en prison en 2009, à la suite de mauvais traitements. Son «crime»? Avoir dénoncé une escroquerie de 230 millions d’euros aux dépens de Bill Browder, un investisseur américain, petit-fils d’un des fondateurs du Parti communiste des Etats-Unis, et du fisc russe.

Le Congrès et Barack Obama ont placé sur une liste noire les responsables de cette mort et de cette escroquerie. Le territoire américain leur est désormais interdit. La Russie a répliqué par une «loi anti-Magnitski», qui interdit aux citoyens américains d’adopter des orphelins russes.

L’Europe suivra-t-elle l’exemple américain? Sans même adopter officiellement des lois qui seraient vues à Moscou comme des provocations, elle pourrait appliquer discrètement la même rigueur vis-à-vis des responsables du meurtre de Sergueï Magnitski.

François Hollande se grandirait en prononçant ce nom. Il pourrait se rappeler qu’en 1984, François Mitterrand avait fait résonner au cours d’un dîner officiel sous les ors du Kremlin le nom d’Andrei Sakharov. Le dissident, prix Nobel de la paix, opposant irréductible à la guerre soviétique en Afghanistan, avait été banni à Gorki depuis 1980.

Daniel Vernet

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