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Pourquoi tant de météorites, d'un seul coup?

Phil Plait, mis à jour le 20.02.2013 à 11 h 44

La météorite de Tcheliabinsk, l'astéroïde 2012 DA 14... Subissons-nous une offensive spatiale? Toutes ces météorites sont-elles liées?

Dans le ciel de l'Oural, le 15 février, la météorite capturée par une caméra amateur.REUTERS/via Reuters TV

Dans le ciel de l'Oural, le 15 février, la météorite capturée par une caméra amateur.REUTERS/via Reuters TV

Beaucoup de gens ont peur des astéroïdes, et difficile de leur jeter la pierre. Quand vous en avez un de la taille d'un immeuble qui frôle notre planète, quelques heures après l’atterrissage, en Russie, d'un caillou monstrueux, et que le lendemain, une boule de feu zèbre le ciel californien et que des témoins attestent d'un événement similaire à Cuba, quelques jours auparavant... bon, oui, OK, l'univers semble vraiment nous en vouloir.

Mais est-ce réellement le cas? Subissons-nous une offensive spatiale? Toutes ces météorites sont-elles liées?

En un mot comme en cent: niet. C'est une coïncidence.

Non mais oui, vraiment, je vous assure. Depuis vendredi et la météorite de Tcheliabinsk, parmi tout ce que j'ai eu à expliquer, c'est ce que les gens ont le plus du mal à comprendre. Et je peux parfaitement le concevoir; vous pouvez passer toute votre vie sans entendre parler du moindre événement météoritique majeur et puis, d'un coup, ils arrivent en cascade... comment résister à l'idée d'une connexion?

En grande partie, c'est la faute de la nature humaine. Quand des événements se produisent dans un laps de temps réduit, nos cerveaux adorent les relier entre eux, même s'ils n'ont rien à voir les uns avec les autres. C'est le sophisme du post hoc, ergo propter hoc, ce qui signifie «à la suite de cela, donc à cause de cela». En d'autres termes, quelque chose se produit, puis quelque chose d'autre se produit, et nous pensons que les deux sont liés. Vous trouvez une pièce dans la rue, puis vous rencontrez l'amour de votre vie. C'est une pièce porte-bonheur! Ou il s'agit simplement d'une coïncidence, et votre cerveau a relié les deux événements.

Ce à quoi s'ajoute un autre trait humain: vous prenez davantage conscience d'un événement quand un autre, du même type, s'est déjà produit. Vous achetez une voiture, et d'un coup, vous croisez le même modèle partout sur les routes. Et c'est la même chose ici: deux histoires de météorites font les gros titres, les gens y pensent. Une grosse boule de feu est aperçue dans le ciel de la Baie de San Francisco, et tout le monde se met à flipper. Mais en réalité, ces étoiles filantes, très brillantes, arrivent tout le temps. Jamais plus d'une ou de deux semaines sans que j'en entende parler, et le web est bourré de vidéos de ce genre de phénomènes.

Oui, bon, d'accord pour les biais psychologiques. Mais les grosses météorites sont très rares. Comment la météorite russe et l'astéroïde qui a frôlé la Terre peuvent n'avoir aucun lien?

Ces cailloux qui filent dans la nuit

Le vendredi 15 février 2013, l'astéroïde 2012 DA 14 a frôlé la Terre, 27 000 kilomètres, à peine, au-dessus de nos têtes. Même s'il ne s'agit pas du passage le plus proche de toute l'histoire (la météorite russe est passée un tantinet plus près), c'est la première fois qu'un caillou de cette taille passait aussi près de nous, et en ayant été détecté au préalable. C'était vraiment très serré, et les médias en ont beaucoup parlé. Pour un astéroïde, DA14 était petit, mais la chute d'un caillou de cette taille, soit près de cinquante mètres de diamètre, équivaudrait à faire exploser 20 millions de tonnes de TNT sur la Terre. Pas assez pour tuer les dinosaures, mais pas non plus le genre de chose que vous aimeriez voir se produire, au hasard, sur un coin quelconque de notre planète.

J'en ai parlé dans ce chat-vidéo, enregistré lors du passage de DA14, mais j'ai depuis pensé à autre chose.

Le caillou qui a traversé le ciel russe faisait, probablement, dans les 17 mètres d'envergure – soit la taille d'une maison – pour une masse entre 7.000 et 10.000 tonnes. Bien plus rapide qu'une balle de fusil, il était donc bourré d'énergie cinétique – l'énergie du mouvement. Ralenti par l'atmosphère terrestre, il a dégagé cette énergie dans une suite d'explosions qui, au total, a représenté l'équivalent de 30 000 à 500 000 tonnes de TNT. Soit, en gros, la puissance d'une petite bombe atomique.

La chose était énorme, brillante, et visible à des centaines de kilomètres à la ronde. Et vu que les voitures russes sont souvent dotées de caméras sur leur tableau de bord, il n'a fallu que quelques minutes pour que les vidéos arrivent sur Internet. Les images de l'onde de choc sont effrayantes, et des centaines de personnes ont été blessées à cause des vitres soufflées. Quelques heures plus tard, un trou de 8 à 9 mètres de diamètre a été découvert à la surface d'un lac gelé, à l'ouest de Tcheliabinsk, résultant probablement de la chute d'un gros fragment (si ce n'est du bloc principal) de la météorite.

Et là, évidemment, le monde était aux aguets. La chute d'un météorite aussi énorme, à peine 16 heures avant le passage tout près de la Terre d'un astéroïde encore plus monstrueux... il doit y avoir un lien entre les deux!

Sauf que non, toujours pas. Et là, je pense qu'Hollywood a sa part de responsabilité: souvent, dans les films catastrophe à base d'astéroïde (oui, c'est de toi que je parle Armageddon) c'est un énorme caillou accompagné de plus petits fragments qui menace notre planète. Et ces petits morceaux s'écrasent sur la Terre (toujours sur les monuments les plus célèbres des capitales mondiales, vous aurez remarqué) quelques jours avant l'arrivée du gros mastard. 

Mais non, en réalité, ce n'est pas comme ça que ça se passe.

Stand de tir cosmique

Pour le comprendre, imaginez le mouvement de la Terre dans l'espace et sa rotation autour du Soleil. Pour qu'un astéroïde nous tombe sur la tête, il faut non seulement que son orbite coupe très précisément la nôtre, mais que la Terre et l'astéroïde soit au même endroit, au même moment. Notre planète est grosse – environ 13.000 kilomètres de diamètre – et elle tourne très rapidement autour du Soleil – à 30 kilomètres par seconde. Ce qui veut dire qu'elle parcourt son propre diamètre en à peine 7 minutes.  

La météorite russe est arrivée 16 heures avant le passage de DA14. Pendant ce temps, la Terre a parcouru 1,7 million  de kilomètres – ce qui est très long. D'où une très très faible probabilité que ces deux événements soient liés. Un peu comme lorsque vous voyez un lapin écrasé sur le bord de la route, puis que vous en voyez un autre, seize heures plus tard: quelle est la probabilité que ces deux animaux soient frère et sœur? 

Mais ce n'est pas tout. Il est possible que certains astéroïdes soient entourés de débris, mais ces cailloux, plus petits, suivent quasiment le même chemin orbital que le bloc principal. Certains peuvent être un peu en avant, d'autres un peu en arrière. Comme des perles, reliées par un fil.

Ce qui veut dire que s'ils heurtent la Terre, vous les verrez tous arriver au même endroit dans le ciel, et suivre la même trajectoire. Ce qui n'est pas le cas avec DA14 et la météorite russe: celle-ci a suivi, en gros, une trajectoire est-ouest dans le ciel russe, tandis que DA14 se déplaçait du sud au nord. Ces deux objets suivaient donc deux orbites complètement différentes. Comme vous pourrez le voir dans cette vidéo, ou dans ce graphique qui vous montre les orbites de ces deux corps célestes: celle de 2012 DA 14, et celle de l'astéroïde devenu la météorite russe (modélisée en analysant sa trajectoire connue, au moment de son entrée dans l'atmosphère terrestre).

On dirait deux routes qui se croisent, l'une passant à un moment au-dessus de l'autre par l'intermédiaire d'un pont ou d'un viaduc. Toute la journée, des voitures roulent sur ces routes, mais de temps en temps, une voiture passe au-dessus d'une autre. Et à ce moment-là, ces deux voitures seront situées sur un même point de la carte. Mais ces deux voitures n'ont rien à voir l'une avec l'autre: l'une allait vers l'est, l'autre vers le nord. Et elles venaient aussi de deux coins complètement différents, mais elles se sont croisées à un moment donné. C'est une coïncidence que ces deux voitures se soient croisées, précisément, à ce moment-là, mais un jour ou l'autre, ou à un moment quelconque de la journée, il était inévitable que deux voitures se croisent.

Et c'est pareil avec les astéroïdes. Ce sont des cailloux qui tournent autour du Soleil, chacun à son rythme, chacun selon sa propre trajectoire. De temps en temps, nous en avons deux au même endroit (ou à quelques jours ou heures d'intervalle), et c'est aussi à cet endroit que se trouve la Terre. C'est une coïncidence.

A quoi s'ajoute la tendance humaine de remarquer des phénomènes inhabituels – surtout de ceux qui savent aussi bien attirer notre attention – et le tour est joué: nous lions entre eux deux événements distincts. D'où le syndrome du ciel-qui-nous-tombe-sur-la-tête.

Le fait est qu'en soi, les risques que deux événements de cette envergure se produisent à quelques heures d'intervalle sont très faibles, mais ils ne sont pas nuls. Et à un moment donné, ces probabilités se transforment en certitude.

Demandez leur avis aux dinosaures

En science, on parle de processus stochastique. Ce genre d'événement se produit lorsqu'un système  suit un certain nombre de lois connues, tout en en possédant une nature aléatoire: il est donc très difficile de prédire, exactement, comment les choses vont se dérouler. Lancez une pièce 10 000 fois de suite: si je ne peux pas vous dire, précisément, quand vous tomberez sur face et quand sur pile, je suis quasiment certain, qu'au final, vous obtiendrez environ 5000 faces et 5000 piles.

Les chutes d'astéroïdes sont des processus stochastiques. Nous savons que la Terre se fait frôler par des objets de la taille de DA14 tous les quarante ans. En moyenne. Nous savons qu'un phénomène de l'envergure de celui de Tcheliabinsk se produit tous les siècles. En moyenne. Nous savons qu'une étoile filante, comme celle aperçue en Californie ou à Cuba, se produit toutes les semaines. En moyenne.

Une météorite comme celle de Tcheliabinsk pourrait ne pas revenir avant 500 ans, ou bien tomber ce soir dans votre jardin. Dans l'espace, il y a des milliards de cailloux de cette taille, mais ils sont trop petits et trop fugaces pour être détectés. Vous ne pouvez qu'en avoir une connaissance statistique. Ce qui est aussi vrai, en gros, des astéroïdes de la taille de DA14, et ils ne sont qu'à peine un million. Nous en avons détecté 10 000. Soit 1%.

Quand les gens pensent à la chute d'astéroïdes, ils pensent à la disparition des dinosaures. Mais nous avons cartographié quasiment tous les astéroïdes de plus de 10 kilomètres d'envergure, et nous savons, avec une quasi certitude, qu'ils ne nous tomberont pas sur la tête. Mais regardez encore les vidéos russes, et rappelez-vous du genre de dégâts que peut causer un caillou bien plus modeste.

C'est une question que nous devons prendre au sérieux. Le Congrès a demandé une enquête, et j'applaudis l'initiative des deux mains. J'espère qu'il en sortira quelque chose. En d'autres termes, de l'argent pour la Nasa, pour les observatoires, et pour des projets privés. Pour construire davantage de télescopes, mettre sur pied davantage de missions spatiales, et cartographier la zone, autour de la Terre, où ces objets se promènent en liberté.

Certes, tout cela ne me cause pas des suées nocturnes, mais je sais aussi que si nous continuons à ne rien faire, nous serons, un jour, touchés par un objet céleste comparable à la météorite de Tcheliabinsk. Peut-être même de plus imposant. Ou qui contiendra davantage de métal et qui survivra à son entrée dans l'atmosphère, pour relâcher ses mégatonnes d'énergie sur une ville, et non dans la troposphère. 

Selon un auteur de science-fiction, Larry Niven, les dinosaures ne sont plus aujourd'hui des nôtres car ils ne possédaient pas de programme spatial. Nous si. Maintenant, soyons assez intelligents pour le financer convenablement, et nous en servir.

Phil Plait

Traduit par Peggy Sastre

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