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iPhone 3GS: la vraie star, c'est «l'app Store»

Farhad Manjoo, mis à jour le 19.06.2009 à 16 h 22

Vous pouvez vous passer du téléphone d'Apple, pas de son magasin.

Magasin Apple de Carlsbad, en Californie. Mike Blake / Reuters

Magasin Apple de Carlsbad, en Californie. Mike Blake / Reuters

La Worldwide Developers Conference (conférence mondiale des développeurs) d'Apple s'est la semaine dernière; je m'y suis rendu, mais sans le moindre espoir d'y découvrir un nouvel iPhone révolutionnaire. Bien m'en a pris. Apple s'est en effet contenté de dévoiler un iPhone qui, hormis sa vitesse accrue, s'avère être une copie quasi-conforme de l'ancien: dans le monde de l'industrie informatique américaine, on appelle ce genre d'innovation un «dos d'âne». Ce nouvel appareil peut également filmer des vidéos et obéir à des commandes vocales (deux options déjà proposées par de nombreux téléphones depuis bien longtemps); une boussole digitale est à présent incluse, ce qui simplifie l'utilisation de ses programmes de cartes géographiques. Attention: je ne suis pas en train de me plaindre. Mon iPhone, comme tout ordinateur, souffre parfois de ralentissements monstrueux, et Apple a déclaré que la nouvelle mouture (nom de code: «iPhone 3GS») sera en moyenne deux fois plus rapide que l'ancienne. Dans iPhone 3GS, il y a S comme «Speed»... Le téléphone sera en vente dès le 18 juin aux Etats-Unis, le 19 en France. Vais-je faire la queue avec le reste des gogos? Sans doute, je l'avoue. Mais avec un peu d'hésitation...

Le secteur du téléphone portable est récemment devenu le plus innovant du marché de la technologie. Le Palm Pre, par exemple: système d'exploitation flambant neuf et élégant, design de goût, incroyable chargeur sans fil... il a tout pour retenir mon attention, et il n'est pas le seul. Tous les téléphones tournant sous Android (le système d'exploitation de Google) prévus pour cette année semblent dignes d'éloges. Et puis, l'iPhone me séduit moins qu'avant. Le réseau AT&T est médiocre, ce qui rend l'utilisation de l'appareil peu confortable aux Etats-Unis; son interface est perfectible, et passer d'un programme à un autre est toujours aussi pénible.

Quand la concurrence ne fait pas le poids

Et pourtant, ce que j'ai pu voir lundi à la conférence m'a convaincu d'une chose: malgré ses défauts, l'iPhone est en passe de devenir un gadget indétrônable. La machine en elle-même est loin d'être parfaite; sa force est ailleurs. Depuis l'année dernière, l'appareil d'Apple s'est attiré les services d'un grand nombre de développeurs. Ces derniers conçoivent d'incroyables programmes pour la machine. Et sur ce plan, les concurrents d'Apple ne font pas le poids... Il y a à ce jour plus de 50.000 applications disponibles sur l'«App Store», la plateforme de téléchargement directement intégrée à l'iPhone; et Apple nous affirme que le rythme de création s'accélère. Les principaux adversaires de l'iPhone ne lui arrivent pas à la cheville. Android est en deuxième position (5.000 applications); Nokia et BlackBerry n'en proposent que 1.000 sur leurs plateformes respectives. Vous allez opter pour un Pre? Ne vous attendez surtout pas à disposer d'un grand nombre de programmes à télécharger ; il y en a pour l'instant... 18 sur la plateforme du constructeur.

Au début de cette année, Apple a dévoilé la version 3.0 du système d'exploitation de l'iPhone; le logiciel sera disponible pour tout iPhone et iPod Touch le 16 juin. Ces derniers mois, les développeurs ont créé des programmes qui tirent partie des nouvelles caractéristiques du système d'exploitation. Apple a invité plusieurs entreprises à présenter le fruit de leur travail. Les démonstrations furent spectaculaires, et offrirent un contrepoint innovant et excitant à l'air de déjà vu qui se dégageait de la machine en elle-même. Ces programmes font de l'iPhone une sorte de télécommande universelle, qui pimente chaque petit geste de la vie quotidienne.

Quand l'iPhone devient clé de voiture

Un exemple: le service de partage de voiture «Zipcar», qui vient de créer une nouvelle application. Vous avez besoin d'une voiture? Ouvrez ce programme ; vous accédez alors à une carte des environs indiquant les véhicules disponibles. Choisissez une voiture, réservez-là depuis votre téléphone; ce n'est que le début. Lorsque vous approchez du parking Zipcar, deux boutons apparaissent sur l'écran de votre iPhone: «klaxonner» et «déverrouiller». Oui, vous avez bien lu : votre téléphone peut maintenant faire office de clé de voiture (l'inconvénient, je suppose, étant que si vous le perdez, vous êtes dorénavant doublement dans la mouise).

Airstrip Technologies, une entreprise créatrice d'applications médicales, a élaboré une version plus sérieuse de ce même concept. Ces développeurs ont créé un programme qui permet de vérifier les signes vitaux d'un patient à distance: votre médecin pourrait alors jeter un œil au rythme de vos pulsations cardiaques,  à votre fréquence respiratoire, à votre pression sanguine et à d'autres informations depuis son domicile. Il y a beaucoup d'autres programmes de ce type. Johnson&Johnson est en train d'élaborer une application capable de mesurer pour chacun son taux de glycémie. Il serait alors possible de faire une estimation de son risque d'être ou de devenir diabétique, en toute simplicité... Pasco met au point des sondes scientifiques qui se branchent sur le téléphone ; les enfants en raffolent et les amènent en cours de physique. Deux entreprises, Line 6 et Planet Waves, ont créé des applications permettant aux guitaristes de régler leurs amplis et guitares MIDI depuis leur téléphone.

Quand l'iPhone ne se perd plus

Les démonstrations de ces deux dernières applications n'ont pas très bien fonctionné lors de leur présentation à la conférence, chose rare pour un évènement Apple (les porte-paroles de la firme nous ont assuré que tout avait pourtant marché durant les répétitions...). L'audience était heureusement composée presque exclusivement de développeurs, tous près à accorder à des confrères le bénéfice du doute ; ils les couvrirent d'ailleurs d'applaudissements. L'application la plus populaire du salon était une création originale d'Apple, «Find My iPhone» («Trouver mon iPhone»). Comme son nom l'indique, le programme vous aide à retrouver un téléphone perdu, en le faisant sonner même lorsqu'il est en mode silencieux (plus la peine d'avoir peur de perdre ses clés de voiture, finalement!). L'application est réservée aux seuls abonnés du service MobileMe d'Apple; elle permet en outre de localiser votre iPhone sur une carte en ligne, et d'effacer vos données à distance si votre téléphone vous a été volé.

Mais au fond, est-il vraiment honnête de comparer la richesse du catalogue de l'App Store à ses modestes rivaux? Après tout, la plateforme de l'iPhone est ouverte depuis juillet 2008, tandis que celle d'Android n'a vu le jour que quelques mois plus tard; celle de Pre vient d'ouvrir le week-end dernier. Ces plateformes de téléchargements peuvent-elles rattraper leur retard ?

Quand Apple devient incompréhensible

Je ne pense pas. L'industrie du logiciel est un marché dominé par l'effet de réseau: plus les développeurs créées de programmes pour l'iPhone, plus il y a de clients, ce qui a pour résultat d'attirer encore plus de... développeurs. Ce qui explique pourquoi les créateurs de programmes se ruent sur cette machine, en dépit des exigences relativement sévères d'Apple. La plateforme d'Android n'exerce aucun contrôle éditorial sur les applications qu'elle propose. Apple, en revanche, a souvent retiré des applications de sa plateforme sans raison apparente. Mais Apple a aussi donné carte blanche aux développeurs sur le plan technique: il est ainsi possible à chacun de modifier le système d'exploitation de l'iPhone en profondeur. Les programmeurs peuvent donc créer des applications qui accèdent directement aux Google Maps intégré de l'iPhone, et peuvent connecter leurs créations aux périphériques de la machine (les fameuses guitares MIDI, par exemple). Une fausse note : le travail en arrière-plan. En bref,  il n'est pas possible de faire tourner plus d'une application tierce à la fois. Impossible, par exemple, d'écouter de la musique sur l'application Pandora tout en lisant ses emails. Cela pourrait évoluer avec le temps.

Il y a une certaine ironie dans le succès d'Apple. Pendant des années, les inconditionnels de cette marque ont prétendus que les ordinateurs Apple étaient les meilleurs toutes catégories confondues. Difficile de nier, pourtant, que les PC Windows avaient plus de programmes. Aujourd'hui, Apple a pris la place de Microsoft. Dans les années qui viennent, Palm, Research in Motion, Nokia, Sony et les autres mettront sans doute sur le marché de fantastiques machines. Mais ce n'est plus vraiment le matériel qui compte. Les applications : voilà ce que les gens veulent, et voila ce qu'Apple propose. Qui pourra rivaliser?

Farhad Manjoo

Traduit de l'anglais par Peggy Sastre

Image de une: magasin Apple de Carlsbad, en Californie. Mike Blake / Reuters

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