France

Le prochain pape ne sera pas français

Henri Tincq, mis à jour le 07.03.2013 à 16 h 15

Les quatre cardinaux électeurs français manquent de notoriété internationale et n’ont pas les qualités de gouvernement requises pour succéder à Benoît XVI.

Benoît XVI en 2008. REUTERS/Max Rossi

Benoît XVI en 2008. REUTERS/Max Rossi

Quatre cardinaux français, âgés de moins de 80 ans (la limite d’âge), participeront au conclave de la mi-mars, à la Chapelle Sixtine à Rome, pour l’élection du nouveau pape. Leurs chances de succéder à Benoît XVI sont quasi-nulles.

Il s’agit d’André Vingt-Trois, 70 ans, archevêque de Paris et président de la conférence des évêques de France; de Philippe Barbarin, 62 ans, «jeune» archevêque de Lyon et «primat des Gaules»; de Jean-Pierre Ricard, ­68 ans, archevêque de Bordeaux, ancien président de la conférence épiscopale et homme d’expérience; de Jean-Louis Tauran, 69 ans, qui est, à la Curie romaine, en charge du conseil pontifical pour le dialogue interreligieux.

Philippe Barbarin et Jean-Louis Tauran avaient déjà participé au conclave d’avril 2005. La France compte cinq autres cardinaux qui ont dépassé la limite d’âge et ne pourront faire partie du collège électoral du nouveau pape, même si leurs conseils seront précieux.

Le nom de Jean-Louis Tauran, natif de Bordeaux, plus connu —et estimé— à Rome qu’en France, figure dans certaines listes de papabili. Cet homme a accompli toute sa carrière au Vatican, où il fit ses études de diplomate à l’Académie pontificale, avant de devenir, pendant treize ans (1990-2003), «ministre des affaires étrangères» de Jean Paul II. Benoît XVI l’a nommé, en 2006, à un autre poste-clé de la Curie, celui du dialogue avec les religions non-chrétiennes, notamment l’islam dans une période troublée par le discours de Ratisbonne (septembre 2006) où le pape avait mis en cause la tentation de la violence dans l’islam.

Manque de notoriété

Jean-Louis Tauran aurait pu faire une carrière encore plus prestigieuse et même devenir secrétaire d’Etat, numéro deux du Vatican, s’il n’avait été affaibli par la maladie de Parkinson qui, aujourd’hui encore, lui interdit pratiquement de jouer les premiers rôles au prochain conclave. Chef du collège des cardinaux-diacres, c’est lui qui aura pourtant l’honneur d’annoncer au monde l’élection du nouveau pape et de prononcer au balcon de Saint-Pierre les célèbres paroles : Habemus papam.

Les trois autres cardinaux-électeurs français ont aussi de faibles chances de se distinguer. Même s’ils ont des fonctions à la Curie romaine (tout cardinal est membre d’une ou de plusieurs Congrégations), ils manquent de notoriété internationale. Le cardinal André Vingt-Trois a sans doute marqué les esprits à Rome dans sa gestion du conflit sur le mariage pour tous. A la fois ferme et réaliste, la position de l’épiscopat français qu’il préside a été appréciée par le pape et ses collaborateurs et même citée en exemple.

Mais la Curie —qui aura un poids déterminant dans le conclave— n’a pas la mémoire courte: elle n’oublie pas qu’elle avait été désavouée, en 2005, dans le choix du nouvel archevêque de Paris. La nomination d’André Vingt-Trois avait été arrachée au pape Jean Paul II malade, à quelques semaines de sa mort, par le cardinal Jean-Marie Lustiger, précédent archevêque de Paris et très lié à Jean Paul II. La Curie avait proposé au pape d’autres «candidats» qui avaient été recalés. Sa rancune envers André Vingt-Trois est aujourd’hui encore tenace.

Philippe Barbarin, jugé à Rome trop imprévisible, Jean-Pierre Ricard, trop discret et sans charisme, n’ont pas non plus la «carrure» suffisante pour recueillir des suffrages au prochain conclave. Plus que le critère de l’origine géographique et celui de l’âge, les électeurs du pape se prononcent en faveur d’une personnalité, d’un style, d’un charisme, d’une orientation. Les cardinaux français sont bien dans la ligne du pape Benoît XVI et leurs diocèses sont convenablement gérés. On ne leur connaît aucun faux pas. Philippe Barbarin participe même au mouvement de «réaffirmation» catholique créé par le théologien Joseph Ratzinger autour de la revue Communio.

Réputation médiocre de l'Eglise de France

Les cardinaux français ont bien défendu l’héritage du concile Vatican II (1962-1965), qui est la «boussole» de l’Eglise (Benoît XVI), contre les intégristes catholiques, avec lesquels le pape démissionnaire a tenté —vainement— de se réconcilier. Mais on ne leur connaît pas le tempérament spirituel, le rayonnement théologique, la sûreté de jugement et de gouvernement, les exceptionnelles qualités de pasteur requises d’un pape pour gouverner l’Eglise entière.

Dernier handicap, les cardinaux français viennent d’une Eglise en crise: la pratique régulière de la messe du dimanche est tombée en France à moins de 5%. La crise des vocations fait des ravages: la France n’ordonne plus qu’une centaine de prêtres par an et les séminaires sont dépeuplés. C’est en France que la crise intégriste est née (Mgr Lefebvre, le chef des «sécessionnistes» de Vatican II était français), qu’elle a eu le plus de retentissement et que les démêlés autour de la messe en latin ont été les plus spectaculaires.

Même si elle a été relativement épargnée par le scandale des prêtres pédophiles (l’épiscopat avait pris sagement des mesures préventives), l’Eglise de France jouit à Rome d’une réputation plutôt médiocre et le régime laïque de la République y fait figure de repoussoir. Elle n’y joue plus le rôle pionnier qui était le sien à l’époque du concile Vatican II dans les domaines théologique, œcuménique (rapprochement avec les autres confessions chrétiennes) et missionnaire. La France n’est plus la «fille aînée» de l’Eglise et elle semble bien incapable demain de fournir un nouveau pape.

Henri Tincq

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Henri Tincq (245 articles)
Journaliste
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