Coca-cola, lasagnes: ce que l'étiquette ne dit pas

Des lasagnes surgelées. REUTERS/Chris Helgren

Des lasagnes surgelées. REUTERS/Chris Helgren

Pourquoi ne peut-on pas être sûr de la composition exacte du Coca-Cola? Pourquoi l'emballage des lasagnes surgelées ne dit-il rien de l'origine du boeuf (ou du cheval) les composant?

L'affaire paraît invraisemblable: comment, à l'heure de la chromatographie, Coca-Cola peut-il encore conserver sa recette secrète, comme l'affirmait récemment un documentaire d'Olivia Mokiejewski diffusé sur France 2? Et ce, alors même que plane le doute sur la présence, ou non, d'extraits de feuilles de coca dans sa composition. Et pourquoi est-il impossible, presque vingt ans après la crise la vache folle, de savoir de quel pays vient la viande composant les produits préparés comme les lasagnes surgelées?

En Europe, l'étiquetage des produits alimentaires emballés fait pourtant l'objet d'un arsenal réglementaire conséquent et en constante évolution: fin 2014, de nouvelles règles européennes entreront ainsi en vigueur. Liste des ingrédients, mais aussi présence de certains ingrédients particuliers (caféine, OGM, allergènes, colorants...), étiquetage nutritionnel, logos, labels, appellation, allégations, dates de consommation, etc. Pour les industriels, les contraintes sont nombreuses.

Mais si elles apportent déjà une grande quantité d'informations au consommateur, restent des zones d'ombre.

Les ingrédients

En matière d'ingrédients utilisés, la règle est simple: leur liste doit figurer sur l'emballage, dans l'ordre décroissant du poids. Le premier ingrédient cité est donc celui qui «pèse» le plus dans la recette du produit, le dernier celui qui «pèse» le moins.

Aucune obligation en revanche n'est faite de mentionner leur proportion (ex: 34% de farine, 25% de beurre, 20% de sucre, 15% d'oeuf), sauf cas particulier, par exemple si un ingrédient précis figure dans la description du produit ou est généralement associé à ce produit: dans du couscous de poulet, la proportion de poulet sera ainsi notée.

Mais même si les proportions ne sont pas précisées sur l'emballage, le fabricant doit respecter, si elles existent, celles mentionnées dans les codes des usages de la profession, sortes de «bibles» des métiers: il y a ainsi de fortes chances qu'un fabricant de terrine au lapin doive respecter une certaine proportion de viande de lapin dans sa recette.

Pas question non plus de pervertir totalement des recettes traditionnelles: un producteur de «gâteau breton» ne pourra faire l'impasse sur une grande proportion de beurre.

A cette règle générale s'ajoutent des spécifications particulières sur la présence d'allergènes, d'OGM, ou de certains composants suffisamment sensibles pour que les pouvoirs publics estiment indispensable l'information du consommateur. Comme les colorants, les additifs, la caféine, etc. 

Mais si tous les ingrédients doivent par principe être notés, certaines exceptions sont tolérées pour alléger l'étiquetage. 

Ainsi, nul besoin de détailler les épices et herbes aromatiques lorsqu'elles constituent moins de 2% du poids d'un produit. Sauf si la présence d'une épice ou herbe particulière est mise en avant dans la dénomination du produit (ex: riz au safran).

En ce qui concerne les arômes, le fabricant peut de la même façon se contenter de mentionner «arômes», voire, si c'est bien le cas, «arômes naturels», plutôt que «arômes naturels de vanille, de citron, d'orange, de mandarine».

Et c'est bien ce que fait Coca-Cola. Puisque, explique le géant d'Atlanta sur son site:

«La combinaison d’extraits végétaux que nous utilisons dans la recette de Coca-Cola fait partie de nos secrets les plus précieux. C’est pourquoi dans notre étiquetage, et conformément à la réglementation, nous ne dévoilons pas le détail des extraits de plantes que nous utilisons dans Coca-Cola

Techniquement les «extraits végétaux» ne constituent cependant pas une catégorie d'ingrédients réglementairement définie. Impossible donc pour Coca de les mentionner tels quels dans sa liste d'ingrédients. Et de fait, celle-ci précise:

«eau gazéifiée; sucre; colorant: caramel E150d; acidifiant: acide phosphorique; arômes naturels (extraits végétaux), dont caféine»

Mais si Coca ne dévoile pas le détail de ces arômes, il ne peut en aucun cas opposer le secret de sa recette à des inspecteurs officiels (comme, en France, ceux de la DGCCRF, direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répressin des fraudes), qui auraient envie de vérifier, par exemple, qu'aucun composant interdit n'intervient dans la composition.

Or, a priori, la feuille de coca n'est pas considérée comme une denrée alimentaire, puisqu'elle relève de la convention de 1961 sur les stupéfiants malgré l'exemption récemment actée pour les seuls Boliviens. Elle ne peut donc pas logiquement être utilisée comme arôme dans un aliment. 

Impossible cependant d'avoir confirmation de ce raisonnement auprès de la DGCCRF ni de savoir si un tel contrôle a ou non été effectué.

Origine et traçabilité

Mentionner les ingrédients est une chose. Informer le consommateur de leur origine géographique en est une autre. Et, en la matière, les règles sont bien moins précises: le lieu d'origine doit être mentionné si l'absence de cette mention risque d'induire le consommateur en erreur.

Cas typique: le fabricant de petits pains grillés «recette suédoise» doit mentionner leur origine s'ils ne sont pas fabriqués en Suède. Sinon, rien n'oblige le fabricant à communiquer sur l'endroit d'où viennent le produit ou ses matières premières.

Seules quelques denrées font exception comme les fruits et légumes, les oeufs, le poisson, le vin, ou encore la viande bovine, ainsi que –prévoit la nouvelle réglementation européenne qui rentrera en vigueur fin 2014– les viandes porcines, ovines, caprine et les volailles. 

Mais là encore, seules les viandes vendues en morceaux ou hachées ou les pièces destinées à la restauration sont concernées. 

Lorsqu'elles sont intégrées à des plats cuisinés –comme dans les lasagnes–, la mention d'origine géographique n'est plus obligatoire.

Si, toutefois, le fabriquant communique sur ce sujet, le message n'en est pas pour autant facile à décrypter: rien n'empêche, explique ainsi le BEUC, le bureau européen des unions de consommateurs, d'estampiller «belge», un lait conditionné dans le plat pays avec du lait de vaches luxembourgeoises; de la même façon, un poisson pêché en Norvège mais transformé en bâtonnets de poisson pané à Boulogne-sur-mer, pourra porter une mention «produit français». 

Théoriquement, les choses devraient devenir un chouia plus clair dans deux ans, puisque si un producteur mentionne volontairement l'origine du produit, il devra aussi préciser celle de son ingrédient principal si elle n'est pas la même (par exemple des nuggets de poulet fabriqués en France avec du poulet brésilien).

Cependant, si l'absence de mention d'origine peut pénaliser le consommateur curieux (ou soucieux), elle ne nuit en rien à la traçabilité des produits: là, en effet, les règles sont sévères.

Tout fabricant doit pouvoir à tout moment prouver qu'il sait d'où viennent tous les ingrédients qu'il a utilisés, tout comme il doit savoir aussi à qui il a livré ses produits. Des exigences toujours renforcées et dont le socle se trouve dans le réglement 178-2002 de la communauté européenne.

C'est ce qui a par exemple permis, une fois la fraude révélée, de remonter au fournisseur de la viande chevaline utilisée retrouvée dans les fameuses lasagnes surgelées....

Catherine Bernard