Syrie: l'excès de prudence des Occidentaux est un déni de réalisme
Aux Etats-Unis, néo-cons et internationalistes s'opposent à l'attentisme d'Obama. Après deux ans de conflit et 65.000 morts, les Occidentaux produisent leurs propres ennemis
- Membres de l'armée syrienne libre, le 30 janvier 2013, visés par un obus. REUTERS/Goran Tomasevic -
Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 65.000 morts en près de deux ans, est en train de reconstituer aux Etats-Unis le front commun entre les néoconservateurs et les libéraux internationalistes apparu au moment des guerres dans l’ex-Yougoslavie. Les premiers se veulent les champions de la promotion de la démocratie, les seconds du respect des droits de l’homme, y compris par la force si nécessaire.
Les néoconservateurs sont plutôt républicains, bien que la première génération ait été issue de la gauche, mais ils ne se confondent pas avec le Tea Party isolationniste. Les libéraux internationalistes sont proches des démocrates. De concert, ils avaient dénoncé, dans les années 1990, le président Bush père pour son inaction dans les Balkans et poussé Bill Clinton à intervenir. Ils s’étaient séparés au moment de la guerre en Irak, en 2003.
Ils se retrouvent pour critiquer aujourd’hui la prudence de Barack Obama et sa tendance au waiting from behind, selon l’expression du sénateur John McCain dans une allusion à la formule leading from behind, employée par l’administration pendant le conflit libyen. En 2008, John McCain, héros des néoconservateurs, avait été le rival républicain malheureux de Barack Obama à l’élection présidentielle. Du côté de la gauche internationaliste, Anne-Marie Slaughter, professeur de sciences politiques à Princeton, est une ancienne proche collaboratrice d’Hillary Clinton au Département d’Etat.
Responsabilité de protéger
Aucune des deux parties n’est partisane d’une intervention militaire massive en Syrie mais l’une et l’autre estiment qu’entre une nouvelle guerre impliquant directement des soldats américains sur le terrain et l’attentisme actuel, il existe des moyens de soutenir efficacement l’opposition syrienne et d’aider à la chute de Bachar el-Assad. La Russie et la Chine bloquent toute initiative au Conseil de sécurité de l’ONU? Il faut se passer de leur accord au nom de la «responsabilité de protéger» reconnue solennellement par les Nations unies.
Quels sont ces moyens? Le plus direct serait sans doute de clouer au sol l’aviation syrienne par quelques tirs de missiles de croisière ou de détruire les avions du régime en vol à l’aide des missiles Patriots déployés par l’OTAN en Turquie, officiellement pour protéger ce pays. Dans la population civile syrienne, ce sont les bombardements aériens des villes qui font le plus de victimes.
Faut-il armer les combattants? Sur ce point, les avis divergent. La crainte est que les armes tombent dans de «mauvaises mains», c’est-à-dire alimentent des groupes djihadistes rivaux de la Coalition nationale syrienne (CNS) mais tout le monde sait, même si tout le monde ne le dit pas, que certains pays occidentaux ont en Syrie des éléments des forces spéciales en mesure de contrôler la distribution des armes, qui, par ailleurs, existent déjà puisque certaines monarchies du Golfe arment directement ou indirectement les combattants.
Un autre moyen de venir au secours des Syriens en danger serait de créer des couloirs humanitaires vers les pays voisins ou des zones tampons pour les populations menacées par le régime. L’idée avait été lancée l’année dernière déjà par Alain Juppé, alors ministre des Affaires étrangères, mais sa mise en œuvre suppose que ces couloirs ou ces zones soient sécurisées, par exemple par des équipements anti-aériens.
La Russie continue de s’opposer à une zone d’exclusion aérienne non seulement à cause du précédent libyen, vient de déclarer Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires étrangères, mais parce qu’il ne faut pas ajouter la guerre à la guerre.
L’opposition modérée en Syrie se trouverait renforcée si elle était à même de distribuer l’aide humanitaire dans les zones qu’elle contrôle. Or ce n’est pas le cas. Le gros de l’aide humanitaire transite encore par Damas, à la demande du régime qui décide de la répartition. Les organisations humanitaires se plient à cette exigence lancée au nom du «respect de la souveraineté» de la Syrie, de peur de ne plus pouvoir opérer dans le pays si elles interviennent directement. Une intervention à partir des pays voisins supposerait en outre une protection qu’aucun gouvernement tiers n’est disposé à leur donner.
Il n'y a pas de solution militaire au conflit
Pour les partisans d’une intervention, fut-elle limitée, l’attitude actuelle des Occidentaux, et au premier chef des Etats-Unis, a des conséquences négatives à court et à long termes. John McCain affirme avec quelque raison que personne à Washington, y compris dans l’administration Obama, ne croit à la réussite de cette politique de retenue.
Il est possible et même probable qu’Assad perde un jour le pouvoir mais entretemps le nombre de victimes augmente et s’accélère et la Syrie part en morceaux. Comme le dit Lakhdar Brahimi, représentant spécial de l’ONU et de la Ligue arabe, il n’y a pas de solution militaire au conflit.
A moyen terme, l’opposition modérée représentée par la CNS perd peu à peu de son influence auprès des Syriens, comme en perdent ceux qui la soutiennent. John McCain raconte avoir rencontré des jeunes Syriens qui lui ont dit se souvenir de qui les auront aidés et qui les auront abandonnés.
La CNS n’a pas les moyens militaires – ce sont les groupes djihadistes qui se battent plus que l’Armée de libération –, ni politiques – son président Moaz al-Khatib a été désavoué par ses amis quand il s’est dit prêt à dialoguer avec le pouvoir baasiste –, ni humanitaire – elle ne contrôle pas l’aide.
Sa crédibilité s’effondre, alors qu’une majorité de la population syrienne n’a pas pris partie pour l’un ou l’autre camp et que les minorités religieuses ou ethniques craignent de plus en plus la mainmise des fondamentalistes islamiques sur le mouvement.
Des milliers de djihadistes apparaissent chaque jour au fur et à mesure que la guerre se poursuit. Ils ne disparaitront pas avec la fin du conflit et demanderont leur dû dans la Syrie post-Assad. En refusant d’intervenir, les Occidentaux produisent leurs propres ennemis. Où est le réalisme?
Daniel Vernet
Mis à jour le 14/02/2013 à 7h04














































Une partie de votre analyse est tout-à-fait juste « les Occidentaux produisent leurs propres ennemis », les djihadistes, qui, après la Syrie, iront faire la révolution dans les autres pays laïcs du monde musulman et même plus loin.
Ne comparez pas l'ex-Yougoslavie et la Syrie. L'armée syrienne est équipée d'armes performantes que seul les États-Unis pourraient neutraliser mais leur nouvelle politique géostratégique les oriente vers l'Asie. Une guerre contre la Syrie coûterait cher, retarderait encore ce déploiement vers l'Asie et nécessiterait l'accord du Congrès.
Sans compter que cela créerait un précédent. Demain, la Russie (qui modernise ses forces) pourrait aussi intervenir dans son environnement proche pour mettre fin à une guerre civile ou la Chine aussi.
Dommage que vous n'évoquez pas une autre piste. Favoriser des négociations entre Bachar al Assad et l'opposition syrienne laïque, donc sans les djihadistes ennemis de l'Occident. C'est finalement à eux de décider de l'avenir de leur pays. Et qu'on ne me dise pas que Bachar al Assad a du sang sur les main ! Qui n'a pas de sang sur les mains dans la région ?
A moins qu'il ne s'agisse en Syrie du grand jeu géostratégique entre les grandes puissances.
Bachar al Assad serait alors étranger au drame qui se joue dans son pays.
L'idée lancée en 2004 est de déléguer aux peuples arabes le soin
de renverser leurs propres tyrans..
Imad Safar, "La spirale euro-arabe", EME Editions.
Ils nous tombent dessus comme la réalité du monde et il nous faut y réagir de façon adéquate, avec prudence parfois, parfois avec audace. La Syrie n'est pas isolée. Elle est voisine de l'Irak et du Liban, où la situation politique et sociale est loin d'être stabilisée suite à l'intervention américaine de 2003. Un peu plus loin, l'Iran, et les pays de la péninsule Arabe, soutiennent les combattants armés pour imposer leur vision du monde.
Ce qui se passe en Syrie ne peut pas être compris en dehors de ce contexte régional. C'est sur le plan régional qu'il faut chercher des solutions. Le rapprochement récent entre l'Iran et l'Égypte va dans ce sens et est un signal très fort qui est donné à toutes les parties concernées.
Il faut cesser de désigner un méchant et œuvrer pour la paix dans un esprit de concertation et d'ouverture à l'autre. Cela enlèvera leur légitimé aux militaristes et autres jihadistes les plus acharnés. Nous devons sortir d'une logique de guerre, c'est ça la grande priorité.
Les néo-conservateurs américains croient qu'on peut tout régler avec des canons, ils ont tort. Il faut préparer l'avenir, préparer la paix. C'est un travail de longue haleine qui implique des accords économiques, mais aussi des exigences de démocratie et de transparence. Des échanges culturels forts, des forums mondiaux, des partenariats sur tous les plans, etc..
Le monde est à re-construire.
Alliance lIbre
La libération du Mali contre l’agression terroriste provenant de la Libye de l’Otan, par nos héroïques troupes françaises a coûté 70 millions € pour 2500 soldats durant 30 jours, pour se fixer une idée 1000 € par jour et par soldat.
.
Coût de la guerre d’agression mené en Syrie par des contras au service de l’Otan par Qatar interposé:
1.000€ x 770 jours x 60.000 mercenaires islamistes 42 milliards €.
Qui paie cette bagatelle? Pas les Chinois, ils ne sont pas assez empotés pour ça. Pas les Russes, ils n’ont plus un kopecks et avec leurs fusées qui retombent dans l’océan et leurs avions cinquième génération qui prennent feu au décollage, ils ne sont pas près d’en gagner. Pas les rebelles, ils n’ont aucune ressources pour vivre et encore pire pour faire vivre leur famille. Pas le Qatar c’est trop lourd. Alors qui
La guerre d’invasion de la Syrie c’était la guerre de trop dont Obama ne voulait pas. Beaucoup trop d’armements sophistiqués à remettre dans les mains de terroristes. Des fanatiques illettrés qui n’ont que ça pour vivre. La promesse de lendemains durs à vivre et difficile à gérer.
En Libye : la guerre morale, en Syrie la guerre réaliste. La guerre démocratique serait simplement de nous dire qui paie. C’est ce qu’ont revendiqué les anglais de Jaques 1e. c’est sont qu’on revendiqué les insurgents américains. C’est ce qu’ont réclamé les français de la Révolution de 89.Alors pour quoi pas nous ?
Le Monde occidental a donné ,tout au début ,l’impression qu'il s'inscrivait entièrement dans la perspective des attentes du peuple syrien.Maintenant ,sous divers prétextes ,il devient perplexe.Qui le montre comme assumant une responsabilité dans l'impasse actuelle.Parler à l'heure d'intervention militaire ,dans le chaos tragique de la Syrie , revient à vouloir en approfondir les contours et les dégâts.Pourquoi?
Le champ politique et militaire évolue très rapidement en Syrie et les approches doivent suivre de même .Sinon les anachronismes (de lecture et de traitement ) deviennent trop visibles.
Le terme "Djihadistes",en effet , n'a plus le même sens .Il faut le spécifier .S'agit-il de l'aile armée des Frères musulmans? De wahabites? De salafistes? Du groupuscule Al Nosra affilié à Al Qaida? de Frères musulmans déguisés en salafistes?D'eux tous? De qui au juste?Cette spécification devient un impératif incontournable pour saisir l'identité des silhouettes qui profilent dans les coulisses des enjeux stratégiques . Et le journalisme professionnel ,comme le Renseignement ,doit nuancer parce que les acteurs "publics" ou "occultes" ne tiennent pas le même discours.De même ,côté opposition syrienne, il n'est plus évident que les interlocuteurs des officiels des instances internationales sont ceux-là même qui maîtrisent l'action militaire sur le terrain.
D'autre part , voici une question indice représentatif de l'incohérence qui sévit sur le terrain: Est-il vrai que les "djihadistes" d'Al Nosra ou de tout autre groupuscule n’obéissent pas toujours,sinon jamais , aux consignes de l'ASL? Les plans ,les agendas ...sont différents même si l'objectif final ,celui de faire tomber Bachar Al Assad ,demeure le point commun à tous .
Ces divergences connues imposent de revoir la notion de "négociation" à la base .Mais il y a plus :l'ancien premier ministre syrien Riad Hijab , en défection , nous dit aujourd'hui que la Syrie est occupée par l'Iran et c'est le Général Kacem Souleimani qui gouverne Damas.Nous l'avons dit plusieurs fois ici ,et maintenant c'est un officiel syrien qui le soutient...en langue arabe :
http://www.alarabiya.net/articles/2013/02/14/266293.html
Relativement à l'identité des "djihadistes" la maitrise de ces données est pour le moment plus que nécessaire:
http://www.washingtoninstitute.org/policy-analysis/view/the-syrian-islamic-front-a-new-extremist-force
C'est à la lumière de tous ces paramètres qu'une esquisse d'un plan de résolution peut être montée.Sans faire semblant de toujours négliger, le point de vue et les attentes des voisins immédiats de la Syrie.Ni ,surtout, celui de l'Iran comme facteur confirmé du tremblement de terre qui secoue violemment tout le Proche-Orient.
Complément d’information :
Suite à ce qui est dit ci-dessus, « Un projet d’accord de Paix syrien » a été élaboré sous les auspices des Nations Unies .Ce projet frappé encore du sceau du « top secret » a été rédigé en coordination avec l’opposition de l’intérieur du pays et la participation de certains éléments du régime syrien actuel .En présence ,comme cela est dit dans le libellé du texte de présentation , du Secrétaire général des Nations Unies en personne et de Lakhdar Brahimi ;envoyé spécial commun des Nations Unies et de la Ligue arabe .Il a été publié hier jeudi 14 Février par Asharq Al Awsat,journal en langue arabe , ,page 2(Version papier)
http://aawsat.com/details.asp?section=4&article=717215&issueno=12497#.UR4MyvIdYlE
A une première lecture ,on constate que le document envisage globalement la mise en place de une nouvelle architecture étatique de la Syrie après le renvoi (non dit explicitement ) de Bachar Al Assad...
Mais la difficulté réside toujours ,comme nous l’avons souligné plus haut ,dans le traitement des détails politiques et militaires des groupuscules armés qui ,eux, combattent pour d’autres objectifs à même de mener à la démolition de l’Unité politique syrienne et la dislocation catastrophe du territoire. Vœux chers de Téhéran au cas de la chute de Bachar Al Assad.
Il peut paraître paradoxal de dire dans un même souffle que Bachar el Assad va probablement tomber (nécessairement par la force des armes rebelles) mais qu'il n'y a pas de solution militaire au conflit : bonne ou mauvaise, la chute d'Assad sera, quant à la guerre civile actuelle, une solution…
Laquelle solution créera évidemment un contexte nouveau et hautement problématique, mais il s'agira alors d'une phase toute différente de l'histoire syrienne.
Le refus d'intervenir favorise peut-être politiquement les djihadiste, mais les interventions occidentales ont produit les mêmes effets et sont toujours ressenties par eux comme des agressions... de telle sorte qu'intervenir ou ne rien faire sont finalement deux options équivalentes.
Ne rien faire est donc peut-être bien l'attitude la plus pragmatique et la plus sensée.
Il semble que, pour se constituer véritablement, certains pays arabes doivent fatalement en passer par l'atroce étape de la guerre civile, de même qu'en leur temps la plupart des pays européens et les Etats-Unis d'Amérique...