Monde

Renonciation de Benoît XVI: chapeau l’artiste!

Temps de lecture : 2 min

La démission volontaire d’un homme de pouvoir, comme le reste malgré tout le pape, est un fait rarissime dans l’Histoire.

Benoît XVI place Saint-Pierre, le 24 octobre 2012. REUTERS/Giampiero Sposito.
Benoît XVI place Saint-Pierre, le 24 octobre 2012. REUTERS/Giampiero Sposito.

La renonciation du pape, il y a ceux qui s’en foutent: qu’est-ce que représente le pape aujourd’hui, sinon le représentant d’une religion en plein déclin en Europe? D’une Eglise qui adopte depuis des décennies des attitudes rétrogrades sur des sujets comme la contraception, l’avortement ou le mariage des homosexuels? D’une institution vieillotte et sclérosée dont l’audience n’a cessé de s’effriter et dont la voix n’est quasiment plus audible?

Qu’est-ce que la papauté, sinon le symbole d’une vision du monde périmée, paralysée et intransigeante? Le pape, finalement, combien de divisions?

Que Benoît XVI démissionne et qu’on n’en parle plus, diront-ils! D’autant qu’il était, à titre personnel, le tenant d’une théologie traditionnelle et conservatrice...

En rien une affaire de foi

Ils auraient tort, pourtant, et ce n’est en rien une affaire de foi. Tort pour trois raisons.

1. Le renoncement volontaire au pouvoir est rarissime

D’abord, il est rarissime qu’un homme de pouvoir —qu’il soit politique, économique, médiatique ou spirituel— y renonce volontairement. En l’occurrence, parce qu’il estime ne plus avoir les capacités physiques et intellectuelles de remplir une charge écrasante.

On n’a jamais vu un PDG ou un président —même très mauvais— démissionner autrement que sous la contrainte extérieure. Le pouvoir est une addiction pire que l’argent ou le sexe: quand on l’a exercé, ne serait-ce qu’un instant, on ne peut plus s’en passer.

Quasiment aucun dirigeant, dictateur ou démocrate, ne se résout à l’abandonner, même à l’article de la mort. Même quand ce pouvoir n’a aucune réalité, son apparence est terriblement séduisante. Voyez la reine d’Angleterre, qui se contente d’inaugurer les chrysanthèmes depuis 60 ans: elle a 87 ans et pas question qu’elle cède le trône (au contraire de sa «consoeur» des Pays-Bas Beatrix, qui a elle abandonné le sien fin janvier à la surprise générale)…

2. L’Eglise catholique, ce n’est pas rien

Le catholicisme compte aujourd'hui 1,2 milliard de fidèles sur la planète. Cela veut dire que Benoît XVI est le chef spirituel de près de 20% de l’humanité! Quel autre homme au monde peut se prévaloir d’une telle influence? Le président des Etats-Unis, le président chinois, peut-être…

3. Peut-être une nouvelle ère

Enfin, la démission de Benoît XVI ouvre peut-être une nouvelle ère de l’Eglise catholique. Il est arrivé que les cardinaux réunis en conclave sortent de leur chapeau un élu tout à fait inattendu, qui déjoue les pronostics des meilleurs «vaticanologues».

Qui sait si son successeur, pour la première fois de l’histoire de la chrétienté, ne sera pas un Sud-Américain, un Africain ou un Asiatique? Des continents où le catholicisme n’est pas moribond comme en Europe, qui fut son berceau mais ne sera pas son cercueil.

Pas l'esclave du pouvoir

On dit que ce n’est pas la première démission d’un pape. En 1415, par exemple, Grégoire XII s’est démis de ses fonctions: mais contraint et forcé, uniquement pour mettre fin à ce qu’on appelait alors le «Grand Schisme d’Occident», qui menaçait la survie même de l’Eglise (les amateurs d’histoire peuvent aller vérifier…). Alors que rien n’obligeait Benoît XVI à s’en aller: il l’a fait de son plein gré, en son âme et conscience.

Cela veut dire que cet homme ne s’intéressait pas au pouvoir pour la simple jouissance de l’exercer —contrairement à l’immense majorité de ceux qui le briguent et l’obtiennent. Qu’il n’en fut pas l’esclave. Que ce n’était pas pour lui une fin, mais un moyen.

Un moyen d’essayer de mettre en oeuvre ses convictions les plus profondes —qu’on les apprécie ou non. Constatant qu’il n’en a plus la force, il s’en va. Une décision rarissime dans l’Histoire.

Chapeau l’artiste!

Hervé Bentégeat

Hervé Bentégeat

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