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Une adolescente attaquée au vitriol à Nazareth: depuis quand l'acide est-il une arme?

L.V. Anderson, mis à jour le 19.02.2013 à 12 h 45

Selon les chiffres actuels, 80% des victimes de vitriolage sont des femmes, et nombre d'agresseurs seraient des hommes dont on aurait repoussé les avances et qui chercheraient vengeance.

Monira, survivante d'une attaque à l'acide, à Dhaka le 8 mars 2012. REUTERS/Andrew Biraj

Monira, survivante d'une attaque à l'acide, à Dhaka le 8 mars 2012. REUTERS/Andrew Biraj

Une jeune fille de Nazareth, en Israël, a été hospitalisée mardi 19 février en soins intensifs à Haifa après avoir subi une attaque à l'acide, selon Haaretz. Le Jerusalem Post précise qu'un homme âgé de 51 ans l'a attaquée après que l'adolescente a refusé sa demande en mariage. L'adolescente souffre de blessures sur la partie supérieure du corps et pourraiet perdre un oeil voire les deux yeux. De l'acide serait également entré dans sa bouche, ce qui lui cause des difficultés à respirer.

Le 17 janvier dernier, c'est Sergueï Filine, le directeur artistique du ballet du Bolchoï, qui avait été attaqué à l'acide. L'ancien danseur étoile avait été brûlé au troisième degré au visage et à la cornée –ce qui lui a sérieusement endommagé la vue.

Mais depuis quand l'acide est-il utilisé comme arme?

Depuis le XVIIIe siècle. L'acide sulfurique, historiquement connu sous le nom de «vitriol», a commencé à être produit à échelle industrielle dans les années 1740 en Angleterre, et a servi des objectifs violents en Europe occidentale et aux Etats-Unis dès qu'il est devenu facilement accessible (il était vendu comme agent de nettoyage et de blanchiment). Dans les années 1830, un magazine de Glasgow écrivait ainsi:

«Cela fait de la peine, mais le jet de vitriol est devenu si courant dans cette partie du pays qu'il en viendrait presque à entacher la réputation nationale.»

En plus d'être prisé dans les conflits au travail, l'acide sulfurique devint également une arme de prédilection dans les disputes domestiques. Le New York Times rapportait en 1865 qu'un mari jaloux avait été arrêté pour avoir défiguré sa femme avec de l'acide, après avoir menacé de lui «bousiller le visage».

Dans d'autres affaires célèbres du XIXe et du XXe siècles, des femmes jetèrent de l'acide sur des hommes qui les avaient mises enceintes hors mariage, sur des amants qui les avaient délaissées ou encore sur les maîtresses de leur époux.

Une corrélation avec l'émancipation des femmes

Le vitriol permettait en même temps de faire très mal et d'enlaidir irrémédiablement la victime, ce qui explique en partie son usage répandu dans les différends amoureux (une base chimique forte, telle l'hydroxyde de sodium, peut également aveugler et défigurer).

Aux Etats-Unis et en Europe occidentale, l'acide en tant qu'arme est (pratiquement) tombé en désuétude dans les bagarres domestiques vers le milieu du XXe siècle, grâce à une réglementation plus sévère sur les produits chimiques potentiellement dangereux, et à l'émancipation économique des femmes.

Le vitriolage s'est toutefois développé dans d'autres régions du monde à la fin du XXe et au début du XXIe siècles. Les actes de violence commis avec de l'acide se sont notamment accrus depuis les années 1960 en Asie du Sud et du Sud-Est, en Afrique subsaharienne et en Amérique latine.

Les organisations de défense des droits de l'homme observent une corrélation entre les attaques à l'acide et l'inégalité entre les sexes, le faible prix et la disponibilité du produit, et l'absence de réponse judiciaire envers les coupables.

L'Acid Survivors Trust International estime que 80% des victimes de vitriolage sont des femmes, et que nombre d'agresseurs sont des hommes dont on avait repoussé les avances et qui cherchaient vengeance. Cependant, grâce aux témoignages, à la création d'ONG d'aide aux victimes et à une observation de plus en plus poussée de la part des médias et du monde universitaire des violences commises avec de l'acide, le Bangladesh, le Pakistan, le Cambodge et l'Inde ont, au cours de la dernière décennie, adopté des législations plus punitives à l'encontre de ces crimes, et réglementé davantage la vente et le transport des acides potentiellement mortels.

L.V. Anderson (adapté par Slate.fr pour la partie concernant la jeune fille de Nazareth)

Traduit par Chloé Leleu

L'Explication remercie Elizabeth Brundige, de l'Avon Global Center for Women and Justice de l'université Cornell, et Jaf Shah, de l'Acid Survivors Trust International.

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