Monde

Renonciation de Benoît XVI: qui sont les papes «démissionnaires»

Antoine Bourguilleau, mis à jour le 11.02.2013 à 17 h 37

Les précédents souverains pontifes ayant démissionné ne sont pas légion et l’ont fait pour des raisons diverses, mais généralement dans des périodes de joyeux foutoir.

Benoît XVI en novembre 2011. REUTERS/Stefano Rellandini

Benoît XVI en novembre 2011. REUTERS/Stefano Rellandini

Le pape Benoît XVI vient de surprendre (presque) tout le monde en annonçant ce 11 février qu’il laissera vacant le trône de Saint-Pierre à dater du 28 février, ouvrant donc sa succession. Nous sommes en effet surpris: pour nous tous, un pape meurt dans l’exercice de ses fonctions, ce qui est bien normal après tout: la dernière «démission» papale remonte au XVe siècle.

La loi canonique prévoit en effet que le pape puisse renoncer à ses fonctions. Il n’est nul besoin pour lui de manifester une quelconque raison. Il suffit que cette démission soit annoncée de son plein gré et rendue publique.

La loi ne précise pas auprès de qui le Pape doit présenter sa démission (en toute logique, ce devrait être à son supérieur hiérarchique, mais le Grand patron n’est pas très friand des recommandés AR) et il est de coutume de considérer qu’une annonce publique est suffisante, ce que Benoît XVI vient de faire. A l’heure où j’écris ces lignes, on invoque une santé défaillante, incompatibles avec les obligations de la fonction.

Les précédents papes ayant démissionné ne sont pas légion et l’ont fait pour des raisons diverses, mais généralement dans des périodes de joyeux foutoir...

L’énigmatique Jean XVIII

Elu pape en décembre 1003, il démissionna de sa charge en 1009, pour des raisons mal connues.

Le coquinou Benoît IX

Ce Benoît-là était autant qualifié pour être pape que moi, c’est dire, mais il était quand même baptisé, ce qui est un bon début. Neveu de Benoît VIII et de Jean XIX, il obtient le siège de Saint-Pierre en 1032 grâce aux espèces sonnantes et trébuchantes que son père a déversé sur les membres de l’Eglise. Il a alors environ 20 ans et mène une vie que l’on qualifiera poliment de dissolue et scandalise tout le monde en affichant ouvertement son homosexualité.

Quatre ans après son élection, il est chassé de Rome par la population qui considère qu’il déshonore le trône sur lequel il est assis, mais y est réinstallé par l’Empereur. Après diverses péripéties, dont l’élection d’un autre pape alors que Benoît est toujours en fonction, il décide de démissionner en 1044, mais, histoire de prendre une retraite confortable et de rester sur sa lancée, il vend sa charge à son parrain, qui monte sur le trône sous le nom de Grégoire VI, sans la tenue de la moindre élection, donc (et dans la plus parfaite illégalité).

Benoît veut alors se marier et se retire de Rome. Mais le mariage tombe à l’eau et très vite, il s’ennuie. Alors il revient à Rome pour en chasser son successeur, qui refuse de décamper. Par suite de manœuvres oiseuses, l’Eglise a bientôt trois papas et c’est l’Empereur qui met un terme à la blague en les écartant tous les trois avant d’en faire élire un quatrième, Clément II. Mais ce dernier meurt deux ans plus tard et... Benoît IX remonte sur le trône! Il finit par abandonner ses prétentions et en 1049, est finalement excommunié pour simonie.

Il restera dans l’histoire comme le seul pape à avoir vendu sa charge et à avoir été trois fois pape. Big up, Ben, t’es le meilleur.

Le droit dans ses bottes (mais pas trop) Grégoire VI

Parrain du précédent, il lui achète donc sa charge, ce qui, malgré le caractère scandaleux de la pratique, est plutôt bien accueilli, car Grégoire est considéré comme un homme d’une grande droiture.

Mais il y a un problème: la noblesse romaine, qui a poussé Benoît à se retirer, a déjà fait élire un autre pape, Sylvestre III. Quand finalement Benoît IX se ravise et réclame lui aussi son trône, Grégoire finit par appeler l’empereur Henri III à la rescousse. Ce dernier est trop heureux de pouvoir se mêler de la situation. Il n’entend pas du tout choisir entre Ribouldingue, Filochard et Croquignol, mais plutôt imposer un autre candidat plus docile (à l’époque, les rapports sont tendus entre l’Empire et les papes).

Il fait élire l’évêque de Bamberg sous le nom de Clément II. Accusé de simonie, comme Benoît, Grégoire est contraint de démissionner le 20 décembre 1046. Il est exilé de force en Allemagne en compagnie de son chapelain, Hildebrand, qui monte à son tour sur le trône de Saint-Pierre en 1073 sous le nom de Grégoire VII, confirmant par le choix de son nom Grégoire VI comme pape légitime.

Le législateur Célestin V

Elu pape en juillet 1294, Célestin V est resté dans l’histoire pour avoir imposé deux réformes de taille avant de démissionner en décembre de la même année. Il est le dernier pape à avoir été élu sans conclave. Le conclave, du latin cum clave (sous clé) est cette réunion fermée que nous connaissons aujourd’hui: les cardinaux ne peuvent quitter le lieu où se tient le conclave avant d’avoir élu un pape.

Objectif: éviter les manœuvres politiques qui avaient régulièrement entaché les élections des précédents papes en isolant au maximum les participants à l’élection. Célestin V fait également publier un décret qui fixe plus précisément les conditions de la démission du pape et qui demeure peu ou prou en vigueur aujourd’hui.

En décembre 1294, il démissionne de son plein gré, invoquant son «désir d’une vie plus humble, plus pure» une condition physique médiocre, son ignorance, «la perversité des hommes» et son souhait d’en revenir à la tranquillité ancienne de sa vie monacale. Je dis bravo.

Le pape de schisme Grégoire XII

Le pape Grégoire XII est élu pape à un des pires moments de l’histoire de l’Eglise en Occident, celui du Grand schisme d’Occident, succédant au pape Innocent VII en 1406. Il y a alors deux prétendants au trône de Saint-Pierre: Grégoire XII, à Rome, et l’antipape Benoît XIII à Avignon.

Grégoire XII monte sur le trône avec une mission bien précise: mettre un terme à cette situation ubuesque pour la chrétienté, le clergé ne sachant plus à quel Saint-Père se vouer. Cela peut paraître paradoxal, mais Grégoire XII est de fait élu pour démissionner. On espère ainsi que Benoît XIII en fera de même, ce qui permettra d’élire un nouveau pape pour toute la chrétienté.

Mais les négociations traînent et un concile réuni à Pise en 1409 aggrave encore la situation: ayant convoqué les deux papes pour qu’ils se mettent d’accord et aucun des deux n’ayant daigné se présenter, le concile les déclare hérétiques, schismatiques et parjures et... élit un troisième pape, Alexandre V!

Grégoire réunit à son tour un concile, qui, naturellement, déclare Alexandre et Benoît hérétiques, schismatiques et «destructeurs de l’Eglise» (Benoît a manifestement un autre agenda et n’organise pas de concile pour excommunier les deux autres).

C’est finalement le Concile de Constance de 1415 qui règle la question. Le représentant du pape y présente, en son nom, la démission de Grégoire XII. Le Concile dépose l’antipape Jean XXIII (successeur d’Alexandre V) ainsi que Benoît XIII. Martin V monte sur le trône pontifical en 1417, mettant un terme au grand schisme d’Occident.

Mentionnons enfin qu’au moins un pape, le célèbre Pie VII, avait signé une déclaration de démission avant son départ pour Paris en 1804, où il se rendait pour couronner Napoléon Ier, craignant d’être emprisonné en France. Pie XII, qui exerça son pontificat durant la Seconde Guerre mondiale, aurait également envisagé de démissionner si les nazis venaient à l’arrêter. Jean Paul II avait rédigé une lettre de démission au cas où il se trouverait incapable d’exercer son pontificat pour des raisons de santé. Il a préféré endurer la vieillesse et la maladie jusqu'à la fin.

Antoine Bourguilleau

Antoine Bourguilleau
Antoine Bourguilleau (64 articles)
Traducteur, journaliste et auteur
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