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L'île Maurice en manque d'avions

Nicolas de Rabaudy

Le boom touristique de l’île verte risque de connaître un net fléchissement des visiteurs si les grandes compagnies aériennes internationales n’accroissent pas le nombre des vols en provenance de la Chine, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Asie du Sud-Est et de l’Europe.

Le spa du Royal Palm

Le spa du Royal Palm

L’île Maurice qui fut française de 1715 à 1814 et où la langue de Molière demeure pratiquée par la population créole, indienne et chinoise est devenue en quelques années une destination majeure dans le cercle assez restreint des vacances de rêve à caractère balnéaire. Les plages de cartes postales, la mer turquoise, le sable blond, la clémence du climat au beau fixe –hors cyclones– la gentillesse des autochtones de multicultures, la paix sociale, la notable variété de destinations et lieux de villégiatures, tout cela a forgé la réputation d’excellence de Maurice dont le tourisme bien conçu est depuis les années 1980 la première ressource de l’économie nationale (1,2 million d’habitants).

Depuis 2012, innovation de taille, les étrangers ont la possibilité d’acquérir des villas, des appartements, des bungalows sur le territoire, à Grand Baie par exemple, le village du nord quasi-tropézien, en bordure des eaux où s’élèvent de beaux hôtels du groupe mauricien Beachcomber: le Mauricia et le Royal Palm, deux adresses phares pour les Européens et les Russes. On a la possibilité désormais de vivre sur l’île le reste de ses jours.

Ainsi les 120 villas du groupe Evaco peuvent être achetées ou louées par des tours operators à des clients, retraités ou pas, amoureux de Maurice, qui souhaitent profiter des charmes de l’île aux palmistes, 30°C en moyenne, la mer à 28°C, et un coût de la vie très avantageux. Maurice est aujourd’hui l’une des reines du tourisme balnéaire dans cette frange de l’océan Indien, 11 heures de vol depuis Paris.

En termes d’investissements, l’immobilier mauricien se place, dans un portefeuille, comme une valeur sûre: la demande est mondiale, russe, africaine du sud, australienne, allemande, française... Et les grands hôtels s’y mettent: ils proposent depuis peu des villas confortables (à partir de 400.000 euros) que les propriétaires peuvent louer à leur guise.

Le succès grand public de Maurice (770.000 Français par an) date de 1985 quand le Royal Palm a ouvert ses portes sur la magnifique plage (900 mètres) de Grand Baie, un site de rêve à l’abri des cyclones.

Le Royal Palm

C’est le palace star de l’île, le premier à être admis dans la prestigieuse chaîne Leading Hotels of the World, un «cash machine» pour des réservations mondiales. Les pieds dans le sable dès le réveil, la plage sous les palmiers, et un luxe de tous les instants, grooms en gants blancs, spa modernissime, cuisine supervisée par un chef français, Michel de Matteis, MOF, étoilé à Monaco. Oui, un lieu enchanteur pour une clientèle sélect: Liliane Bettancourt, Pierre Perret le chanteur et sa femme Rebecca, Vincent Bolloré, Marc Ladreit de Lacharrière, cet hiver, et Catherine Deneuve souvent, les fidèles formant 45% des habitués qui viennent toujours aux mêmes dates –Noël, Pâques en priorité– un avant-goût de l’été en France.

Le Royal Palm est le chef-d’œuvre incontesté de la chaîne Beachcomber qui, dès 1952, date de la création du Park Hôtel à Curepipe, a entrepris de rechercher les plus beaux emplacements de l’île: plages infinies, lagons étincelants, et architecture intégrée aux paysages. Ainsi, cette société hôtelière aux capitaux mauriciens se trouve aujourd’hui à la tête de huit unités réparties aux meilleurs endroits de l’Île aux tortues plus le Saint-Anne, sur une autre île proche des Seychelles.

Un paradis pour touristes

Le groupe dirigé par Herbert Couacaud emploie cinq mille personnes et fait vivre des dizaines de familles et de sous-traitants. Beachcomber a été le déclencheur du tourisme hôtelier haut de gamme à Maurice. Les bilans du Royal Palm avec 86 chambres et suites seulement (et non 300) a fait des envieux dans le petit monde de la finance à Londres, à Paris et à New York.

Depuis 2000, la chaîne a investi 293 millions d’euros dans la construction et la rénovation des hôtels du groupe mauricien. Dans le sillage de la compagnie locale, formidable pionnier du développement mauricien (chambres à partir de 250 euros selon la période), les chaînes prestigieuses, Hilton, Four Seasons (80 hôtels de classe dans le monde), les groupes Constance, San Regis, Accor (deux Sofitel sur l’île) ont construit un chapelet de cinq étoiles en concurrence frontale avec le Trou aux Biches (rénové en 2011), le Dinarobin, le Shandrani, le Mauricia, le Victoria, le Paradis, le Canonnier et le Royal Palm, la superbe collection de Beachcomber qui draine un fort pourcentage (30% environ) des touristes amoureux du climat, de la douceur de vivre, un brin rétro, de l’île aux charmes envoûtants.

Beachcomber a installé des bureaux de réservation dans une dizaine de pays leaders, les Etats-Unis, l’Allemagne, la Grande-Bretagne, la France, le Japon où l’on fait la chasse aux clients véhiculés, dès leur arrivée à Maurice, par les berlines climatisées. Les prestations diverses sont à la hauteur des tarifs sérieux en haute saison, spa et massages, pêche au gros, ski nautique, tennis avec des professeurs, golf et cuisine multiethnique.

Au Royal Palm, le chef de Matteis propose une incroyable palette de préparations, du curry de Madras à la bouillabaisse de poissons locaux, le sacréchien, le mérou, le coryphène, le bourgeois, les crevettes tigrées, le crabe faye faye: un répertoire sans limites.

De plus, la culture Beachcomber a transmis à la population métissée trois valeurs fondamentales: protéger et améliorer l’environnement, servir la communauté et promouvoir le label Maurice à travers la Training Academy qui forme les personnels en accord avec l’école hôtelière des Seychelles à Mahé.

De fait, la qualité du service en chambre, le dévouement des maîtres d’hôtel (payés 20.000 roupies par mois soit 490 euros), des concierges en uniforme rouge et blanc, les grooms en gants immaculés, les plagistes en casques, les jardinières en saris colorés, tout cela, ce raffinement étudié, n’a rien à envier à la chaîne des Relais & Châteaux et du Plaza Athénée à Paris.

Avec le temps, le Royal Palm a acquis une telle notoriété, une image si forte que le groupe mauricien est en train de bâtir à 12 kilomètres de Marrakech un Royal Palm marocain doté de 80 villas (500.000 euros en moyenne), d’un hôtel de luxe et d’un golf de 18 trous, ouverture fin 2013.

A la recherche de nouveaux clients...

«Il est bien évident que la chaîne Beachcomber et ses neuf hôtels a tiré le tourisme mauricien vers le haut de gamme», confie Jacques Silvant, directeur général du Royal Palm, un hôtelier dans l’âme qui se félicite de l’autorisation accordée aux non Mauriciens d’acquérir des biens immobiliers sur l’île préservée, aux habitants d’une grande tolérance.

Alors, la chaîne Beachcomber est-elle décidée à s’implanter ailleurs? Protection des sites en vue? La question posée est celle-là: y a-t-il trop d’hôtels quatre ou cinq étoiles sur l’île romantique, spécialisée en lunes de miel?

En douze ans, l’offre hôtelière a crû de 35% et le nombre des touristes reste stable, en dépit des promotions vacancières. L’île aux lagons bleutés recherche de nouveaux clients désespérément, lesquels sont dans l’impossibilité de se rendre à Maurice à cause de la raréfaction des vols lointains.

La clientèle chinoise a augmenté de 38% en 2012, mais il n’y a que deux vols par semaine en provenance de Shanghai (15.400 visiteurs en 2012) assurés par Air Mauritius via Kuala Lumpur, une compagnie mauricienne dont les avions gros porteurs sont vieillots et les résultats financiers en 2011 alarmants, soit 6,8 millions d’euros de pertes en un seul trimestre. Depuis l’an dernier, les comptes ont été redressés et le partenariat indispensable avec Air France –des miles en cadeau– renforcé.

... et d'avions pour les faire venir

Par chance, la compagnie Emirates depuis la fin 2012 propose quatorze vols par semaine à partir de Dubaï contre trois vols seulement en 2002. Des chiffres éloquents: 285.000 passagers d’Emirates ont séjourné à Maurice en 2011, en provenance de 100 pays. Le fantastique dynamisme d’Emirates, et les tarifs très compétitifs en business (2.600 euros) et first class sont une bouée de sauvetage inespérée pour le devenir du tourisme mauricien.

Mais c’est loin d’être suffisant. L’escale à Dubaï est un pis-aller et ne saurait satisfaire la forte demande de la clientèle de tous pays. Les hôtels doivent être remplis. Le chômage des jeunes mauriciens atteint 23% de la population.

«L’île romantique chère à Bernardin de Saint-Pierre, auteur de Paul et Virginie, a un urgent besoin du concours actif des compagnies aériennes au départ de Londres, Milan, Madrid, Genève, Singapour, Hong Kong, Séoul...», souligne Jacques Silvant, les yeux fixés sur la carte du monde. «Nous nous sortirons du marasme grâce aux avions.»

«Il faut bien voir que dans l’ADN de Maurice, il y a l’hospitalité, le goût des autres, et le désir de la population de s’ouvrir à de nouvelles couches de visiteurs. Les capacités de séjour, hôtelières ou pas, sont variées et elles correspondent à toutes les bourses. Le “vivre ensemble” pour les Mauriciens, d’une étonnante tolérance, reste une valeur de civilisation inhérente à l’histoire du pays. Regardons le ciel et observons ces grands oiseaux de métal qui doivent nous acheminer le surcroît de clientèle de toutes classes sociales qui rêvent des beautés offertes à Maurice.»

Wait and see!

Nicolas de Rabaudy

  • Beachcomber Réservations à Paris. 5 rue du Faubourg Saint-Honoré 75008 Paris. Tél.: 01 47 03 68 93.
  • Royal Palm Grand Baie. Tél.: (230) 209 8300. Chambres à partir de 570 euros, demi-pension, selon la période choisie.
  • Trou aux Biches Triolet. Tél.: (230) 204 6800. Rénové l’an dernier, 27 villas privées, piscines particulières, 6 restaurants le long des plages, spa Clarins. A partir de 450 euros par chambre, selon les dates.
  • San Regis Le Morne Peninsula. Tél.: (230) 403 9000. Sur la plage du Morne, un maillon de la prestigieuse chaîne américaine, confort et service de classe. A partir de 485 euros la nuit en catégorie luxe.
  • Ambre Coastal Road, Palmar. Tél.: (230) 401 8188. Nichée dans la baie de Palmar, une adresse pour un séjour en famille. A partir de 94 euros par personne en demi-pension.
Nicolas de Rabaudy
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