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US Open de Golf: Tiger Woods social club

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.06.2009 à 13 h 24

L'US Open débute ce jeudi dans un golf public.

Depuis le 7 juin, et la finale de Roland-Garros, c'est désormais match nul entre Tiger Woods et Roger Federer, vainqueurs chacun de 14 titres du Grand Chelem. Les deux champions partagent plus que le même nombre de trophées : ils ont l'habitude de se parler fréquemment au téléphone, notamment pour évoquer les conséquences de la paternité sur leurs différentes carrières ou — avant l'arrivée de Nadal pour l'un, les blessures pour l'autre — le sentiment d'invincibilité.

Si Federer, avec ses 14 titres majeurs, est désormais au sommet de sa discipline à égalité avec l'Américain Pete Sampras (il pourrait battre ce record dès le tournoi de Wimbledon qui démarre lundi), Woods reste encore à bonne distance de club de Jack Nicklaus, couronné à 18 reprises dans le Grand Chelem de golf (Masters d'Augusta, l'US Open, British Open et USPGA, ces trois dernières épreuves ayant la particularité de changer de lieu tous les ans). Mais à seulement 33 ans, Woods ne devrait pas tarder à rejoindre, et à dépasser, dans la légende celui qui était surnommé The Golden Bear.

Woods peut s'approcher à trois coups de Nicklaus en s'imposant dimanche sur les verts de Farmingdale, à une soixantaine de kilomètres des tours de Manhattan. Pour la 22e fois de son histoire, l'US Open — 109e édition, Woods tenant du titre —  se jouera dans la banlieue de New York, cette fois sur un parcours qui n'a reçu qu'une fois le tournoi, en 2002 - Woods, encore lui, s'était justement imposé.

Le parcours est le «Black Course» du Bethpage State Park, vaste parc public de cinq 18 trous qui se déclinent en couleurs: le Black, le Red, le Green, le Blue et le Yellow. Et ce n'est pas un golf comme les autres dans la mesure où, à Bethpage, on est loin des club-houses les plus huppés, comme ceux des parcours de Baltusrol, Schinnecok Hills ou Winged Foot, tout proches, et qui ont servi, eux aussi, de cadre à l'US Open. En 2002, Bethpage fut, en effet, le premier vrai parcours public (municipal) à être le théâtre d'un tel championnat. Parcours public, cela veut dire ouvert à tous tout au long de l'année, avec cette particularité qu'à Bethpage, les green fees sont vraiment accessibles, voire même modiques (une centaine de dollars seulement), compte tenu du privilège qui consiste à taper la balle dans un lieu devenu si prestigieux depuis l'US Open 2002 (Woods avait été le seul à «battre» le parcours avec un score de -3, loin devant Phil Mickelson, 2e et tout juste dans le par).

S'il est impossible pour un 30/3 de taper la balle à Roland-Garros ou à Wimbledon, le golf offre, en revanche, cet immense privilège pour les amateurs que nous sommes, et particulièrement à Bethpage, baptisé outre-Atlantique le «People's Country Club», où il est donc imaginable de marcher dans les pas de Tiger Woods sans se ruiner si on a la chance de séjourner dans la région de New York -fermé depuis le 31 mai, le parcours rouvrira début juillet au premier golfeur venu. A sa façon, chacun peut  jouer l'US Open, même si les boules de départ des professionnels sont, bien sûr, nettement plus éloignées.

A l'occasion d'un reportage, j'ai pu découvrir Bethpage, en septembre dernier. Que dire? Que le parcours, qu'il est interdit d'effectuer en voiturette, est de longue haleine puisqu'il faut au moins cinq heures pour le boucler au terme d'une succession permanente de montagnes russes à la fois physiques, à cause des multiples bosses, et mentales, en raison des hauts et des bas psychologiques par lesquels on passe si l'on échoue trop souvent dans les roughs épais et les larges bunkers de sable blanc. Qu'il se mérite, vraiment, à tous les niveaux pour les sensations et les souvenirs qu'il engendre.

Pour l'édition 2002, le parcours avait été profondément modifié afin de le rendre plus sélectif — objectif largement atteint. Pour 2009, d'autres retouches ont été effectuées sous le contrôle de Rees Jones, l'un des architectes golfiques les plus connus au monde. Le spectacle promet donc d'être total et il ne faudra pas le manquer sur les antennes de Canal + si vous voulez vous familiariser avec les pièges du parcours avant une éventuelle escapade à Bethpage.

Alors est-il facile de jouer à Bethpage? Oui, parce que les portes vous sont largement ouvertes. Non parce que le succès de Bethpage attire une clientèle très nombreuse dans un pays où le golf est roi - tous les tournois du PGA Tour sont diffusés, chaque semaine, sur les grands networks américains. Le «Black Course» reste évidemment le plus prisé, mais le «Red Course» est jugé aussi compétitif. Deux moyens s'offrent à vous pour obtenir un green fee: passer par un numéro téléphonique de réservation, hélas vite saturé à cause de la demande extrême, ou... passer votre nuit sur place avec la quasi certitude, cette fois, de décrocher le précieux sésame quand le soleil se lève.

C'est, en effet, l'une des curiosités, et l'un des charmes, de Bethpage qui permet à ceux qui ont «dormi» dans leur voiture sur le parking du club d'avoir accès à des green fees spécialement réservés pour eux - un peu comme à Wimbledon où l'on dort dans des tentes aux portes du club pour être les premiers aux guichets le lendemain matin. Sauf que Wimbledon ne dure que deux semaines tandis que Bethpage est ouvert toute l'année, même l'hiver.

On vous rassure, il existe des hôtels à proximité de Bethpage, mais, l'été, il faut, par exemple, arriver vers 4h sur le parking pour assurer le coup quand surgit le ranger vers 5h30. Disons qu'il n'y a pas d'heure pour les braves d'autant que cette attente sur le parking se déroule dans une ambiance très conviviale. On joue aux cartes, on fume une cigarette et, bien sûr, on parle golf puisqu'il faut tout de même être sacrément passionné pour se retrouver ainsi à patienter au cœur de la nuit en rêvant à ce célèbre parcours qui vous attend et qui hante, actuellement, les nuits des meilleurs joueurs du monde, Tiger Woods compris. A l'aube de cet US Open qui s'apprête à donner de nouvelles lettres de noblesse à ce «People's Country Club» qui est donc aussi le vôtre...

Yannick Cochennec

Image de une: le golfeur espagnol Sergio Garcia s'entraîne sur le parcours de l'US Open, mercredi 17 juin. REUTERS/Shannon Stapleton

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Vidéo bonus - sur Slate.V. Le plan secret de l'USPGA pour rendre le golf encore plus excitant: s'inspirer des commentaires de la NBA

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