France

Les errements sans fin du PS par Jean-Marie Colombani

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 18.06.2009 à 12 h 21

Le PS n'a tiré aucune leçon de son échec des élections européennes.

Qu'arrive-t-il au parti socialiste? Ou plutôt à ses dirigeants? Car une chose est de perdre les élections européennes: après tout, la droite les avait bien perdues en 2004 et elle a fait élire son champion en 2007... Une autre est de paraître aggraver les travers que les électeurs viennent pourtant de sanctionner.

Qu'a-t-on vu en effet? Le PS a été sanctionné: comme l'a noté Ségolène Royal, en perdant 6,7 millions de voix par rapport au score de la candidate au premier tour de 2007; en réunissant à peine autant de voix que Michel Rocard en 1994, ce qui avait valu à l'ancien premier ministre de quitter le premier secrétariat du parti qu'il occupait alors. Mais, trois ans plus tard, le même parti socialiste, conduit cette fois par Lionel Jospin, gagnait les élections législatives.

On peut tirer de ce simple rappel l'idée qu'il serait absurde de pronostiquer les prochaines échéances (les régionales en 2010 et la présidentielle en 2012). C'est d'autant plus légitime que dans les explications de vote données par la minorité de celles et ceux qui ne se sont pas abstenus l'enjeu européen figure en bonne place. Les votants avaient parfaitement saisi qu'ils envoyaient des députés au parlement européen et non à l'Assemblée nationale... En outre, il n'est pas absurde de rappeler qu'à ce fameux scrutin européen du 7 juin, le total des voix de droite et d'extrême droite a tourné péniblement au-dessus des 40%. Rappelez-vous, il y a de cela deux ans, le total des voix de droite et d'extrême droite flirtait avec les 60%. Préparer dans ces conditions une élection nationale n'est donc pas courir nécessairement à l'échec.

Encore faut-il ne pas persévérer dans les erreurs qui ont malgré tout conduit une part de l'électorat socialiste à se disperser. C'est pourtant ce que les dirigeants du PS continuent de faire sans hésiter. Deux exemples: nous sommes lundi 15 juin, huit jours après le scrutin, Benoît Hamon dénonce «un nouveau tour de vis social» ! dont l'auteur n'est autre -élémentaire mon cher Watson- que Nicolas Sarkozy.

Première remarque: Tiens? Benoit Hamon est toujours porte-parole. Il vient pourtant d'être sèchement écarté du Parlement européen par un vote qui a permis en Ile de France, à Europe Ecologie, de devancer nettement le PS dont il était sensé être l'une des locomotives. Il avait annoncé que, s'il était battu, il partirait. Il est battu, donc il reste. Qui donc disait déjà dans les années 1980 à l'adresse de ses camarades socialistes: «Il faut parler plus vrai !»( C'était Michel Rocard bien sûr). Dans tous les discours, il est  pourtant question aujourd'hui  de réhabiliter le poids de la parole politique. Comprenne qui pourra...

Deuxième remarque: le «tour de vis social». Sans doute, la veille Brice Hortefeux, ministre des affaires sociales, avait-il ouvert la lancinante question de l'âge de la retraite: c'est un sujet social en effet, mais nombre de dirigeants socialistes savent, et disent en privé, que, compte tenu de l'évolution démographique, cette question est incontournable. Et le même jour, s'exprimant devant l'organisation internationale du travail, Nicolas Sarkozy délivre un discours à dominante «sociale»; à le lire et à l'entendre, c'est pratiquement du Mitterrand dans le texte !

Discours dont l'idée centrale est qu'il faut compléter la régulation financière planétaire que le G20 a inscrit dans ses obligations par l'élaboration progressive  d'un ordre social mondial». Dans le texte, cela donne: «Le monde ne peut plus être gouverné que par la loi de l'offre et de la demande»; ou bien encore «la marchandisation a mis le droit du commerce au-dessus de tout» et si l'on n'y prend pas garde, c'est à dire si le nouvel ordre mondial que Nicolas Sarkozy appelle de ses voeux «n'est pas plus respectueux de l'homme», alors dit-il, il faudra craindre la révolte, la violence et le protectionnisme.

Bref, on ne peut pas être mieux pris à contrepied: comment voulez-vous après être pris au sérieux ?
Ce n'est pas tout.

Prenons un second exemple: la prochaine réunion à Versailles du Congrès pour entendre une communication du Président de la République. C'est une disposition nouvelle dans la constitution. Nicolas Sarkozy choisit de l'inaugurer avec un réel sens de l'à propos pour tirer les leçons des élections européennes et fixer pour la seconde partie de son quinquennat une feuille de route. Il est dans son rôle, il utilise une prérogative inédite certes, mais constitutionnelle, et dont on peut penser à certains égards qu'elle corrige une anomalie, puisque rapprochant le président du parlement, elle lui retire l'un de ses attributs monarchiques qui plaçaient le chef de l'état officiellement à l'écart de la vie parlementaire et le privaient de tribune dans les enceintes de la représentation nationale.

Voilà que Noël Mamère, député Vert, lance l'idée d'un boycott et parle de mascarade. Croyez-vous que cela ait gêné l'UMP et le chef de l'état lui-même? Pas du tout: cela a provoqué un désordre infernal dans les rangs socialistes, parmi les députés, et entre députés et sénateurs, qui s'est achevé dans le ridicule; finalement les élus socialistes iront à Versailles écouter le président; mais ils ne participeront pas au débat qui suivra...

Dans les deux exemples, ce qui est frappant, c'est que la critique est possible: face au discours de Genève, à l'OIT (Organisation internationale du travail), on peut opposer la démesure de l'ambition sociale affichée à la réalité programmée du pays, qui perd à peu près 70 000 emplois par mois; presque le double du rythme infernal des années 1992-1993.

Dans la perspective de la réunion du Congrès, on peut se replonger dans ses livres d'histoire et observer qu'il faut remonter aux Etats Généraux et à Louis XVI pour retrouver un contexte où le monarque s'expose devant la représentation du pays. Bref, rien qui n'ait été exploité à ce stade par la gauche qui préfère s'en tenir au confort des slogans habituels, qui l'éloignent chaque jour davantage de celles et ceux qu'elle est sensée représenter.

Le PS a donc devant lui maintenant trois ans pour se ressaisir avec un premier obstacle dans un an, qui sera d'éviter la perte de l'une ou l'autre des 22 régions qu'il contrôle. On le sait, et c'est évidemment plus facile à énoncer que de traduire dans la réalité, le PS, depuis le retrait de Lionel Jospin, manque d'un leader et il manque cruellement dune remise à jour de ses idées, avant même de pouvoir penser à un programme. Tous les dirigeants socialistes s'accordent sur ce point. Le problème, disent-ils, c'est qu'aucun leader de rechange n'a réussi à s'imposer : Ségolène Royal s'est abîmée aux yeux des Français après son échec ; et Martine Aubry vient d'échouer à peine installée à la tête du parti.

La réalité est que l'on a plutôt affaire à «la conspirations des égaux» car aucun de ceux qui aspirent au leadership n'est prêt à reconnaître qu'un autre ou qu'une autre puisse l'exercer. Faisons les comptes: Ségolène Royal espère, à force de travail, se replacer; Martine Aubry pensait pouvoir être en situation du seul fait de son statut officiel. Laurent Fabius attend son heure; Dominique Strauss-Kahn ? A voir.

Puis vient la longue liste de tous ceux qui s'apprêtent à se mettre sur les rangs: François Hollande, qui au vu des résultats des élections intermédiaires, à l'époque où il dirigeait le PS, n'a pas à rougir de son bilan; Pierre Moscovici, qui a incontestablement du fond, mais aussi Manuel Valls, Vincent Peillon (le plus mauvais résultat de tous les leaders socialistes aux Européennes dans sa circonscription du sud-est); ou bien encore Arnaud Montebourg ; et enfin Bertrand Delanoë, qui après avoir raté le rendez-vous du congrès de Reims, est peut-être en train de se raviser.

Le problème n'est pas qu'il y ait, au PS, trop plein d'ambitions. Si cela correspond à la multiplication des talents, tant mieux! La vraie difficulté est que, encore une fois, il n'accepte pas le leadership d'un de leurs pairs, sur le mode du «pourquoi pas moi ?»; et pour les plus «jeunes», c'est à dire les ex-quadras devenus quinquas, il s'agit manifestement de se positionner pour ....2017! ce qui veut dire, et c'est gros comme le nez au milieu de la figure, qu'ils ne sont pas loin de considérer Nicolas Sarkozy comme déjà réélu.

Et s'il fallait encore un peu plus noircir le tableau, j'ajouterais qu'à suivre les déclarations de ses principaux porte-paroles, le PS me semble glisser sur une pente dangereuse: celle de la syndicalisation. Le PS parle au pays comme s'il était un syndicat représentant des catégories, voire des corporations. C'est comme cela qu'avait commencé le déclin du parti communiste lorsque Georges Marchais justifiait son discours syndical précisément, en disant qu'il s'agissait pour lui de s'adresser «aux plus pauvres». Or un parti de gouvernement doit parler au pays tout entier, exprimer une pensée qui permette à toutes et à tous de se figurer un avenir à la fois individuel et collectif. Il doit le faire à partir de ses bases bien sûr; mais les bases du PS sont les classes moyennes salariées ainsi que les catégories diplômées, lesquelles savent que pour défendre leurs revendications catégorielles, il existe précisément des syndicats.

On pourrait ainsi continuer la liste, faire l'inventaire de la course d'obstacles qui va être celle du PS et de ses dirigeants d'ici 2012, mais il faut aussitôt corriger ce tableau par ce constat maintes fois vérifié : en trois ans, le paysage politique a le temps encore d'être plusieurs fois bouleversé. Mais il faut faire vite, car en face l'homme court vite: les socialistes n'ont pas encore pu se faire entendre sur leur solution face à la crise; mais déjà Nicolas Sarkozy parle au pays de l'après-crise...

Jean-Marie Colombani

Crédit photo: Reuters

Jean-Marie Colombani
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