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Saviez-vous qu'il y avait 40 expressions liées au «coup de pied» au rugby?

Yannick Cochennec, mis à jour le 02.02.2013 à 15 h 30

Sophie Lavignasse, docteur en sciences du langage et lexicographe, a proposé un dictionnaire où elle recense un total de 1.600 mots ou expressions liés à un sport souvent abscons pour le profane.

Angleterre-Irlande, le 17 mars 2012 à Twickenham. REUTERS/Russell Cheyne

Angleterre-Irlande, le 17 mars 2012 à Twickenham. REUTERS/Russell Cheyne

Avec le retour du Tournoi des VI nations, qui commence dimanche à Rome pour le XV de France face à l’Italie (match d’ouverture samedi à Cardiff entre le pays de Galles et l’Irlande, 14h30), la langue du rugby va redevenir familière à des millions de téléspectateurs qui la délaissent le reste du temps en dehors de ces événements majeurs de l’actualité.

Et soudain, bien sûr, nous serons quelques-uns à nous gratter la tête en tentant de nous rappeler ce qu’est donc cette «chistera» avant de comprendre, grâce au ralenti, qu’il s’agit d’une passe effectuée d’une seule main dans le dos. A contrario, rappelez-vous qu’une «passe de maçon», qui pourrait être aussi appelée un «saucisson» est, elle, complètement manquée.

Cette langue du rugby est si particulière que la Bayonnaise Sophie Lavignasse, docteur en sciences du langage, lexicographe, lui a dédié un dictionnaire sorti en 2010 aux Editions Honoré Champion. Elle y recense un total de 1.600 mots ou expressions liés à un sport souvent abscons pour le profane en raison de ses règles et de ses rites qui n’appartiennent qu’à lui. Sophie Lavignasse distingue ainsi... 40 expressions liées au «coup de pied»:

«But sur coup de pied, but sur coup de pied tombé, coup de pied à suivre, coup de pied au but, coup de pied brossé, coup de pied de coup d’envoi, coup de pied de dégagement, coup de pied de déplacement, coup de pied défensif, coup de pied de mammouth, coup de pied de pénalité, coup de pied de recentrage, coup de pied de renvoi, coup de pied de renvoi aux 22, coup de pied de renvoi aux 22 mètres, coup de pied de reprise de jeu, coup de pied de transformation, coup de pied dévissé, coup de pied de volée, coup de pied direct, coup de pied direct en touche, coup de pied en chandelle, coup de pied en coin, coup de pied en touche, coup de pied franc, coup de pied indirect, coup de pied indirect en touche, coup de pied lobé, coup de pied par-dessus, coup de pied placé, coup de pied rasant, coup de pied rasant offensif, coup de pied retourné, coup de pied tombé, coup de pied vissé, coup de pied vrillé, touche après coup de pied de pénalité, réception de coup de pied, roulette sur réceptionnaire de coup de pied, roulotte sur réceptionnaire de coup de pied.»

Dans cet ouvrage encyclopédique, où le sourire se glisse entre les pages tant ce langage trouve racine dans un terroir très pittoresque, Sophie Lavignasse constate notamment que le terrain de rugby exhale fréquemment des parfums venus des jardins ou des potagers quand il ne sent pas carrément la cour de ferme. Il n’y a qu’à voir les emblèmes des six équipes du Tournoi des VI nations pour s’en apercevoir: le coq pour la France, la rose pour l’Angleterre, le chardon pour l’Ecosse, la feuille de laurier pour l’Italie, le poireau pour le Pays de Galles et le trèfle pour l’Irlande.

De nombreuses expressions, propres au rugby, sont ainsi tirées de ce bestiaire et de ce terreau au vocabulaire si riche. «L’origine de toutes ces expressions est une origine rurale, constate Sophie Lavignasse. Le rugby est arrivé en France par les ports: le premier club français a été créé en 1872 au Havre, le Havre Athletic Club. Par la suite, il s’est répandu dans les campagnes françaises, d’où l’emploi des termes: cabane, carotte, ver, fruit, bourrique, foin, âne, cochon, maïs, village…»

Histoire de réviser nos «classiques», Sophie Lavignasse propose aux lecteurs de Slate la définition de six formules parfois entendues à la radio ou à la télévision. Pour vivre ce Tournoi des VI nations en bon «intello» du rugby, sport tellement opposé au football où le footballeur, relève-t-elle, possède quatre synonymes dans la langue rugbystique: «le manchot», «le pingouin», «le pousseur de citrouille» et… «la tafiole».

La cabane est tombée sur le chien

Langage familier, suranné, tombé en désuétude comme son principal utilisateur. Les jeux sont déjà faits: l’équipe qui mène au score est sure de remporter le match. Exemple: «Samedi, “la cabane est tombée sur le chien”, après que le poireau des diables gallois fut resté fiché dans la gorge des coqs en bleu», France-Pays de Galles (33-34), 3e journée du Tournoi des Six Nations 1999, article Avé l’accent, L’Humanité du 22 mars 1999.

Cette expression, essentiellement employée lorsqu’il n’existe plus aucun espoir de voir son équipe gagner le match en cours, a quelques synonymes en rugby: «C’est pas la queue qui remue le chien» ; «La cabane est tombée sur le chien et le chien est mort»; «Le chien est mort»; «Les carottes sont cuites» et «Le ver est dans le fruit.»

Il existe enfin une expression dérivée de celles-là: «Si le chien n’est pas mort, la cabane lui est déjà tombée dessus». Cette expression imagée est essentiellement employée lorsqu’il n’existe plus qu’un petit espoir de voir son équipe gagner le match en cours. 

La bourrique tourne le cul au foin

Cette autre expression familière est synonyme de l’expression «Les mouches ont changé d’âne». L’équipe qui jusqu’alors dominait devient subitement l’équipe qui est dominée. L’équipe qui attaquait est donc devenue celle qui défend et l’équipe qui subissait est devenue celle qui domine.

Le cochon est dans le maïs

Autre expression familière. Elle signifie que l’adversaire peut revenir à tout moment et remporter le match. 

Remettre l’église au centre de la place du village

Cette expression est synonyme de l’expression «remettre le clocher sur la place de l’église». Il s’agit de réorganiser au plus vite la stratégie de l’équipe puisqu’elle est menée et qu’elle risque de perdre le match en cours.

Faire une 89

C’est une combinaison effectuée dès la fin d’une mêlée où le troisième ligne centre (numéro 8) fait sortir le ballon de la mêlée (rôle normalement attribué au demi de mêlée) et le passe en suivant au demi de mêlée (numéro 9).

Exemple: «L'ailier Christophe Dominici a d'abord concrétisé un mouvement d'école enclenché par une “89” Harinordoquy-Galthié derrière la mêlée française et prolongé par Brusque», France-îles Fidji (61-18), Coupe du Monde 2003, extrait de lequipe.fr.

Un pizzaiolo

C’est un lanceur en touche médiocre, un lanceur qui ne lance pas droit. On dit aussi «un lanceur de pizza».

Exemple: «Les All Blacks étaient alors bousculés, mis en difficulté par des Aussies redevenus conquérants. La prestation d’Anton Oliver ne les aidait pas. En effet, le talonneur des Highlanders faisait son numéro de «pizzaiolo» pour rendre trois ballons aux Aussies qui n'en demandaient pas tant », Australie-Nouvelle-Zélande (35-39), Tri-Nations 2000, extrait de planeterugby.net.

Yannick Cochennec

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Yannick Cochennec (574 articles)
Journaliste
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