PMA, GPA, IAD... Les poupées russes de la procréation
Permettre aux couples homosexuels de procréer provoquerait un séisme dans l’architecture de la législation française de bioéthique. Les couples homosexuels étant stériles par nature, une avancée médicale vient aujourd'hui nourrir un différend éthique majeur. Etat des lieux.
- Un chercheur chinois s'occupe d'un bébé panda, en 2010, dans le Sichuan. REUTERS/Stringer -
Mariage pour tous = enfants pour tous? Le candidat François Hollande imaginait-il la cascade de conséquences que soulèverait son 31e engagement? Le droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels, expliquait-il, serait «une nouvelle illustration des progrès de notre société». Très vite, le débat s’est déplacé. Avant même que le projet de loi ne soit rédigé, la question centrale fut celle de la «Procréation médicalement assistée» (PMA) et de «Gestation pour autrui» (GPA). Le droit au mariage et à l’adoption de ces couples devait-il être élargi à celui de la procréation? La polémique est vite devenue brouillonne, voire artificielle.
«Beaucoup de mes collègues découvrent seulement aujourd’hui la redoutable complexité de l’affaire, confie un jeune député socialiste membre de la commission des affaires sociales. Ils ne sont que quelques uns à avoir de solides convictions philosophiques sur ce sujet. Certains voient là une bonne occasion pour exister dans le champ médiatique. Beaucoup suivent les débats dans la presse. Et l’apparente indécision du chef de l’Etat n’aide guère à se situer.»
Pour les uns, cette extension des droits s’inscrit naturellement dans la logique égalitaire qui sous-tendait l'engagement présidentiel. Pour les autres, il s’agit d’un casus belli de très grande amplitude. Une étape essentielle parce qu’irréversible. On ne saurait selon eux permettre l’utilisation de techniques médicales à des fins qui n’ont rien de thérapeutique. Les couples homosexuels étant stériles par nature, une avancée médicale vient ainsi nourrir un différend éthique majeur. L’affaire n’est certes pas nouvelle mais elle prend une dimension toute particulière en France où la majorité des sujets de bioéthique ont fait l’objet d’un corpus législatif promulgué en 1994 puis actualisé à deux reprises, en 2004 puis en 2011.
Depuis 20 ans, la loi est claire. Elle dispose, tout d’abord, que l’assistance médicale à la procréation «s'entend des pratiques cliniques et biologiques permettant la conception in vitro, la conservation des gamètes, des tissus germinaux et des embryons, le transfert d'embryons et l'insémination artificielle». En d’autres termes, il s’agit de toute technique qui permet «la procréation en dehors du processus naturel».
Et la même loi dispose que cette assistance médicale à la procréation est «destinée à répondre à la demande parentale d'un couple». Elle a pour objet «de remédier à l'infertilité dont le caractère pathologique a été médicalement diagnostiqué ou d'éviter la transmission à l'enfant ou à un membre du couple d'une maladie d'une particulière gravité».
Prise en charge financièrement en intégralité par la solidarité nationale, cette assistance médicale n’est pas ouverte à qui le souhaiterait. «L'homme et la femme formant le couple doivent être vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d'apporter la preuve d'une vie commune d'au moins deux ans et consentant préalablement au transfert des embryons ou à l'insémination.» L'insémination ou le transfert des embryons ne peuvent plus être réalisés en cas de décès de l’un des membres du couple, d’un dépôt d'une requête en divorce ou en séparation de corps, d’une cessation de la communauté de vie.
C’est dire clairement que l’assistance médicale à la procréation est définie et pratiquée qu’en tant que thérapeutique de la stérilité (ou de l’hypofertilité) d’un couple hétérosexuel. D’emblée, en 1994, le législateur a voulu inscrire ces pratiques dans le champ médical et prévenir toute tentation de dérive procréative (la pratique des mères porteuses ou les banques privées et lucratives de sperme) comme on l’observait depuis plusieurs années déjà dans différents pays, aux Etats-Unis notamment.
Insémination artificielle avec sperme de donneur (IAD)
La loi française n’a pas été élaborée ex nihilo. Tout a commencé il y a précisément trente ans avec la création (voulue par François Mitterrand) du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Vint ensuite un long et remarquable travail –sans équivalent à l’étranger– de transposition de grands principes éthiques dans un droit national.
Sous l’égide de Guy Braibant, la France ne cachait pas alors son ambition d’éclairer le reste du monde. Le temps a vite passé. Il s’agissait alors, au vu des dernières avancées scientifiques et médicales, de défendre la trinité «anonymat, bénévolat, gratuité» pour tout ce qui avait trait aux échanges corporels humains (sang, organes et cellules sexuelles) à visée thérapeutique. Il s’agissait aussi de s’opposer solennellement à l’entrée des éléments des corps humains dans les circuits de la marchandisation. Dix ans plus tard les premières lois de bioéthique étaient promulguées.
Ce processus s’inspirait de pratiques codifiées il y a précisément quarante ans par Georges David, créateur des Centres d’études et de conservation du sperme (Cecos). Il s’agissait de pallier la stérilité masculine en proposant une insémination artificielle avec le sperme d’un donneur anonyme et non rémunéré. Et en 1973, il s’agissait déjà (en s’inspirant de pratiques qui régissaient le don de sang) de lutter contre des pratiques jugées contraires à l’éthique car fondées sur le commerce d’éléments issus du corps humain.
Grossesse pour autrui (GPA)
En 1983, au moment où le CCNE voyait le jour, la France découvrait l’existence de la fécondation in vitro et ses premiers succès avec les «bébés éprouvettes». Il s’agissait, au départ, d’une thérapeutique en miroir de l’IAD; soigner les stérilités féminines en organisant la rencontre des deux cellules sexuelles en dehors du corps de la femme.
Ce fut à cette période que l’on commença à parler de la pratique des «mères porteuses» que l’on préfère aujourd’hui désigner «grossesse pour autrui», la femme s’effaçant derrière la seule gestation. D’emblée, cette pratique fut condamnée en France par des dispositions pénales préexistantes. Toujours le refus de l’esprit de lucre et de la marchandisation du corps humain. Et ce quelles que soient les raisons avancées.
C’est sur cette toile de fond empruntant à la médecine, à l’éthique et au législatif que se développe aujourd’hui la polémique sur le droit qui devrait être ou non être accordé aux couples homosexuels d’avoir accès à ces techniques. Focalisée sur la question du mariage et de l’adoption, cette polémique n’aborde généralement pas les multiples conséquences qu’aurait une réponse positive à une telle demande.
Or nous sommes ici face à un ensemble cohérent fondé sur le concept de stérilité-maladie. Change de concept au nom d’une nouvelle conception de l’égalité fait que cet ensemble apparaît soudain fragile. Il devient soudain un château de cartes, un ensemble de dominos placé verticalement les uns à côté des autres.
Depuis quarante ans, l’ensemble s’est développé dans la stricte logique de pallier des stérilités de couples hétérosexuels. Il s’agirait de démédicaliser cet ensemble au nom de la nécessaire égalité. Egalité entre, d’une part, les couples composés d’un homme et d’une femme et de l’autre les couples composés de deux hommes et de deux femmes. C’est là souffler sur le château ou donner une pichenette au premier domino.
Cinq exemples:
1. Pourquoi le mariage? Le droit à la PMA pour les couples homosexuels est réclamé à l’occasion du débat sur le «mariage pour tous». Or ces techniques sont accessibles aux couples hétérosexuels sans que des derniers soient mariés. Il leur suffit d’apporter «la preuve d’une vie commune pendant deux ans». Pourquoi faudrait-il ici imposer le mariage aux seuls couples homosexuel(le)s ?
2. Les garanties médicales offertes par le sperme de donneurs. Rien n’impose en pratique aux couples de femmes d’avoir recours à une IAD avec les paillettes de sperme conservées au sein des Cecos. Ce sperme présente toutefois l’avantage d’avoir été sélectionné et de présenter toutes les garanties possibles d’un point de vue infectieux et génétique. C’est là un avantage que ne présentent pas la conception par les voies naturelles. Comment faire jouer ici le principe d’égalité?
3. Le droit à connaître ses origines. La procréation au sein d’un couple de femmes soulève inévitablement la question de l’existence et de l’identité du père biologique. Le droit à «connaître ses origines» est revendiqué par les partisans du droit offert aux homosexuels de procréer. Or la loi française impose aujourd’hui l’anonymat. Comment le principe d’égalité pourrait-il être ici respecté sans modifier cette loi? Avec quelles conséquences sur un dispositif qui fait de l’anonymat une clef de voûte de tous les échanges biologiques à des fins thérapeutiques?
4. La prise en charge par la solidarité. Les techniques de PMA mises en œuvre dans le cadre de la loi sont aujourd’hui en France prise en charge à 100% par le système de l’assurance maladie. Cette disposition est sous-tendue par le fait qu’il s’agit de traiter une stérilité-maladie. Le principe d’égalité fera-t-il qu’il en ira de même pour les stérilités qui ne peuvent pas être considérées comme des pathologies? Et quelles conséquences plus générales sur ce qui peut ou non être considéré comme une maladie?
5. L’IAD mais pas GPA? Faire jouer le principe d’égalité entre les couples d’hommes et les couples de femmes conduit à soulever la question de la GPA. L’enfant qui est ainsi «porté» est issu d’une fécondation réalisée (in vitro ou pas) avec le sperme de l’un des deux hommes. Mais cette pratique soulève une question d’une nature radicalement différente de celle de la seule PMA: celles de la marchandisation du corps de la femme porteuse et/ou du droit qu’ont les femmes de disposer pleinement de leur corps.
C’est pourquoi ce sujet divise radicalement les partisans déclarés de l’ouverture de la PMA aux couples homosexuels. C’est notamment le cas de l’association Aides et de la fondation Terra Nova proche du Parti socialiste qui ne sont ni l’une ni l’autre parvenues à un consensus sur ce point.
Objets depuis quelques années de vives controverses dans les cénacles médicaux et intellectuels, ces différentes questions commencent aujourd’hui à émerger au grand jour, à l'occasion du débat sur l'ouverture du mariage aux couples de même sexe. Ce qui n’est pas sans vertus démocratiques. On entend ainsi des spécialistes de l’inconscient s’inquiéter de la régression qui consiste à imaginer qu’un enfant puisse devenir l’objet d’un contrat de cession.
Et ce alors que la médecine et la science redécouvrent l’importance considérable de la vie intra-utérine. La pédopsychiatre et psychanalyste Caroline Eliacheff juge que l'égalité entre adultes, et donc pas seulement homosexuels, prend aujourd’hui la forme de la satisfaction de leurs désirs individuels, et que cette égalité est en train de se faire sur le dos des enfants. L’enfant, demande-t-elle, est-il toujours une personne? Est-ce dire qu’il pourrait devenir un objet?
Jean-Yves Nau
Mis à jour le 31/01/2013 à 9h46

















































Merci au Dr. Nau de replacer les enjeux de cette loi au niveau où ils doivent se trouver, et de balayer d'un revers de main l'hypocrisie du gouvernement qui consiste à dire : aujourd'hui on s'occupe du "mariage pour tous", et parler de la PMA et de la GPA est "absurde" ainsi que le dit madame Vallaud-Belkacem qui a néanmoins produit une "Note" en faveur de la GPA pour Terra Nova.
Souhaitons que les représentants de la Nation qui ont commencé leur bagarre à l'Assemblée, puissent avoir accès à cet article, car il est affligeant de lire que nombre de députés ne "découvrent seulement aujourd'hui la complexité de l'affaire... Certains voient là une bonne occasion pour exister dans le champ médiatique."
De plus il est inadmissible que sur un sujet se situant aux confins de la médecine, de la science, de la philosophie et de l'éthique, le gouvernement impose un vote aux députés de la majorité, avec un chantage du président de groupe sur leurs futures investitures, pour être sûrs qu'ils ne s'exprimeront pas "en leur âme et conscience".
Quand le Dr. Nau écrit : "la loi française - sans équivalent à l'étranger - de transposition de grands principes éthiques dans le droit national", on comprend bien que la légèreté avec laquelle ce sujet a été inclus dans le programme électoral du candidat Hollande, c'était lui donner le coup de pied de l'âne.
Le mérite du Dr. Nau est d'avoir fait émerger au grand jour "l'importance considérable" de cette loi. Souhaitons qu'il ne soit pas trop tard et que les "vertus démocratiques" puissent s'exprimer cette fois, en toute connaissance de cause, afin que jamais notre pays n'accepte que l'enfant puisse devenir un objet.
Koros, hubris, atè.
Les Grecs anciens, fins connaisseurs de l' être humain, l' avaient bien compris et prédirent sa chute chaque fois qu' il dépassera la limite de sa nature même.
L' apprenti sorcier de Paul Ducas ne s' en est sorti que grâce à la sagesse d' El Viejito.
A méditer.
La malhonnêteté de l'argumentation des défenseurs du soi-disant « mariage pour tous » est affligeante.Tout particulièrement la manipulation du concept « égalité » pour autant qu'on ait à faire à des gens maîtrisant leur langue et leur conceptualisation (ce qui est de plus en plus rare, même chez certains intellos).
En supposant que le concept « aimer » soit bien compris et pas égocentrique, les homosexuelles et homosexuels n'ont absolument pas à être méprisés ou regardés de haut ou même seulement moqués. Mais que l'origine de leur incontestable « hors normalité » soit génétiquement innée (dans un petit endroit du cerveau) ou psychiquement acquise – les avis divergent ! ? - , elles/ils ne seront jamais EGAUX « comme tout le monde »
Déjà ils/elles ne peuvent pas chercher une ou un partenaire de vie « comme tout le monde » , puisqu'ils ne peuvent choisir que parmi l'ensemble des personnes (de leur sexe) partageant leur « hors normalité » qu'il est tout aussi insensé de nier que de mépriser.
Elles/ils/elle ne peuvent pas non plus s'offrir les émotions sexuelles « comme tout le monde », même s'il existe des ceintures péniennes pour ces dames et que l'anus de ces messieurs à des terminaisons nerveuses érogènes qui ne sont tout de même pas vaginales.
Ils/elles ne peuvent pas davantage s'enrichir mutuellement de deux psychismes sexuellement différents « comme tout le monde »
Elles/ils ne peuvent également et surtout pas engendrer, comme fruit de leur amour, une ou deux « synthèses de nous deux » à aimer et aider à s'auto-éduquer « comme tout le monde »
Etc., etc.
Mais pourtant ceux d'entre eux/elle qui assument le moins leurs particularités (à la différence d'autres couples homosexuels sereins et indifférents à ce ramdam ) veulent passer devant monsieur le maire « comme tout le monde », alors que, paradoxalement, de plus en plus de couples « comme tout le monde » dédaignent cette formalité officielle.
Le comble, alors que mettre en avant les familles « non réussies" pour se justifier illustre leur malhonnêteté intellectuelle, c'est que ces champions de l'égalité (mal comprise), avec leurs soutiens « comme tout le monde » plus ou moins réfléchis « comme beaucoup », refusent a priori l'égalité à un ou deux enfants - que les lesbiennes ne feront jamais à deux et que les gays ne feront jamais - qui n'auront pas des parents bi-sexués « comme tout le monde » . Drôle de logique, en fait très égoïste et peu mature.
Hahahahahahaha!! J'ai tellement ri en lisant ce commentaire!!
un (ou une) hétéro, qui sait TOUT sur "comment ça se passe le sexe entre deux femmes/ deux hommes"!!
Chèr(e) Triboulet, savez-vous que la sodomie est pratiquée aussi par bon nombre d'hétéros?? ça ne doit pas être votre cas, mais c'est très apprécié, que l'on soit homo ou pas.
Sur les couples de lesbiennes qui utiliseraient cette fameuse ceinture: cet accessoire est surtout à l'usage d'hommes (hétéro) qui aiment observer deux filles (en général bi) se donner du plaisir. Je ne connais aucune de mes amies lesbiennes qui utilise ce genre d'accessoires....
Ces clichés alors!! on vous les sortira jamais de la tête! Et vous n'aimeriez pas qu'on vous qualifie d'homophobe bien sûr, étant donné que vous n'avez rien contre les homos "discrets" si je comprends bien (ceci reste l'argument premier des homophobes d'ailleurs, "j'ai des amis homos! mais contrairement à d'autres ils sont très discrets sur leur sexualité!"). Un couple hétéro se tenant la main dans la rue, s'embrassant (gentiment), ça ne vous fera rien, alors que deux filles ou deux hommes, avouez-le, ça vous gêne un minimum, parce que c'est comme s'ils vous étalaient leur vie sexuelle à la figure (alors qu'un couple "normal" ne ferait que démonstration de son amour?...).
Depuis le début de ce débat (parce qu'il y a eu débat, n'en déplaise aux opposants qui chouinent en clamant le contraire), je suis lasse de devoir me battre contre des préjugés aussi affligeants...
L'égalité demandée par les couples homos, c'est aussi de pouvoir devenir bons ou mauvais parents, comme les hétéros. Autour de moi, je connais plus de couples hétéros trentenaires qui sont déjà dans des schémas de familles recomposées, et franchement, les couples les plus solides dans mon entourage, et bien oui, soit, ils s'avèrent être des couples gay.
Vous écrivez :
"Tout a commencé il y a précisément trente ans avec la création (voulue par François Mitterrand) du Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Vint ensuite un long et remarquable travail –sans équivalent à l’étranger– de transposition de grands principes éthiques dans un droit national."
La technique de Fécondation In Vitro avant même d’être appliquée, a été envisagée aux USA sous toutes ses conséquences possibles lors des travaux du premier comité éthique national au monde, la « National Commission for the Protection of Human Subjects
of Biomedical and Behavioral Research » qui a vu le jour en 1974. Le rapport qui a suivi intitulé « Support of Research Involving Human In Vitro Fertilization and Embryo Transfer » publié par l’ « Ethics Advisory Board » en 1979 en décrit tous les bénéfices et risques envisagés, ainsi que les objections formulées et les réponses apportées.
Soit bien avant la France.
Au niveau Européen, nous disposons depuis 1997 d'une Convention sur la biomédecine et les droits de l'homme qui a depuis 205 une portée universelle depuis sa reprise par l'UNESCO. Ses principes éthiques sont d'une cohérence autrement plus solide que le dispositif français dont les tares sont criantes :
* un modèle naturaliste qui n' a pas grand chose à voir avec l'éthique mais beaucoup plus au paternalisme
* un anonymat absolu pour les dons de gamètes qui prive de leurs origines biographiques les personnes nés de la sorte
* un modèle inéquitable puisque l'infertilité utérine n'est pas prise en charge
En ouvrant les yeux sur la réalité, chacun peut s'apercevoir que la France est loin d'être en avance en matière d'éthique et que son système est loin d'être le plus pertinent ou le plus respectueux des droits et libertés.
Vous dites :
"Ce fut à cette période que l’on commença à parler de la pratique des «mères porteuses» que l’on préfère aujourd’hui désigner «grossesse pour autrui», la femme s’effaçant derrière la seule gestation. D’emblée, cette pratique fut condamnée en France par des dispositions pénales préexistantes."
Non. La loi a introduit en 1994 les termes de procréation pour autrui et de gestation pour autrui pour distinguer deux pratiques différentes de mères porteuses. PA désigne donc légalement la gestation pour autrui et est le terme de référence.
Quant à la procréation pour autrui, elle n'a pas été interdite par des dispositions pénales existantes, mais par une torture de l'article 1128 du code civil imaginé par Napoléon :
Code civil
Livre III : Des différentes manières dont on acquiert la propriété
Titre III : Des contrats ou des obligations conventionnelles en général
Chapitre II : Des conditions essentielles pour la validité des conventions.
Section 3 : De l'objet et de la matière des contrats.
Article 1128 Créé par Loi 1804-02-07 promulguée le 17 février 1804
Il n'y a que les choses qui sont dans le commerce qui puissent être l'objet des conventions.
Les juges de la cour de cassation ont manipulé cet article pour instituer le principe de l'indisponibilité du corps humain et ainsi dissoudre les associations de mères porteuses en 1989.
Deux ans plus tard, ils récidivaient avec le même principe pour annuler des adoptions par la conjointe du père d'enfants nés par procréation pour autrui.
Ainsi la France commençait une sombre pratique qui consiste à faire payer aux enfants des pratiques de leurs parents au nom de principes sans fondement. D'autre pays au contraire comme l'Angleterre par exemple choisissait de réguler éthiquement ces mêmes pratiques.
Ce qui est bizarre en effet c'est que la France et ses laboratoires sont a l'origine d'une bonne partie de toutes ces techniques énoncées qui bouleversent la relation sexuelle naturelle. A quand faire remonter notre avance technique? Et à quand faire remonter notre retard moral? Nous avons été plus sensible à ce qu'un journaliste a appelé sur Inter le "global homo" qu'à nos propres progrès scientifiques. Les résultats scientifiques étaient presque cachés voir honteux lorsque l'influence internationale d'un jeunesse urbaine vivant complètement hors mariage a balayé la plupart des pays du monde. La mise en concordance du scientifique et du legal dans un mariage pour tous (moral) risque d'avoir le meme genre d'effet qu'en 1789.
Je résume la pensée de Caroline Eliacheff : "de plus en plus, le droit À l'enfant de fait au détriment du droit DES enfants." Je maintiens qu'un pouvoir digne de ce nom devrait avoir le courage, la qualité de vue à long terme et l'intelligence de savoir s'opposer aux désirs sans limites de certains de ses citoyens. C'est même pour cela qu'il existe une police (et une gendarmerie, enfin bref).
Donc les questions qui sont posées dans ce brillant article sont celles relatives à l'individualisme/narcissisme, à l'objectivation des enfants, à la marchandisation de la sexualité humaine et de sa procréation.