Économie

La France se chauffe au soleil allemand

Temps de lecture : 3 min

Une consommation d'électricité qui plafonne, des exportations en baisse et des importations désormais constantes venues d'outre-Rhin: en France aussi, la transition énergétique a commencé.

Digs / AlexBrn via FlickrCC Licence by
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2012 était, en matière électrique, une année de transition, écrit RTE, le réseau de transport d'électricité dans son bilan électrique annuel [PDF].

Une année DE transition ou une année VERS la transition énergétique, celle-là même que tous les décideurs politiques jugent indispensables pour contrer le réchauffement climatique? Telle est bien la question. Car dans l'Hexagone, les changements restent pour l'instant timides. Et, pas franchement volontaristes.

Certes, la consommation plafonne. C'est, en soit, un événement, tant la courbe de consommation d'électricité a, au court des décennies passées, suivi un mouvement constamment ascendant.

Une consommation qui plafonne... pour de mauvaises raisons

Mais cette bonne nouvelle est à prendre avec des pincettes. Tout d'abord, elle n'est acquise que si l'on corrige les chiffres des conditions climatiques, plus difficiles en 2012 qu'en 2011. Mais surtout elle reflète avant tout un autre aléa, celui de la conjoncture économique. Car si le nombre de kwh cesse de progresser, c'est bien à cause d'un tissu économique où l'industrie réduit sa production, et donc ses consommations: -4% pour la grande industrie, -1% pour les PME-PMI. Pas de quoi se réjouir donc.

Les ménages et les professionnels eux, n'ont absolument pas économisé les kwh: leur consommation continue de progresser allègrement, à un rythme de +2,4% par an. Résultat d'un triple phénomène: l'augmentation du nombre de logements, ce qui augmente automatiquement la consommation par tête; la forte croissance des usages liés aux TIC (télévisions, ordinateurs, téléphones, etc.) et enfin la progression continue du chauffage électrique dans les logements jusqu'en 2008, année où il équipait plus de 70% des nouvelles constructions.

Le chauffage électrique, c'est bien la bête noire de RTE (filiale d'EDF), même si, bien entendu, son bilan officiel ne le dit qu'à demi-mots. Sa prédominance rend le système électrique français extrêmement sensible aux variations de températures, et donc très difficile à gérer.

L'électricité ne se stocke pas, et c'est le problème

Entre le 5 août 2012 et le 8 février 2012, la consommation a plus que triplé, passant d'environ 30 MW à plus de 100. Pour gérer ces tirages hivernaux extrêmes, il faut de très importantes capacités de production, soit en France, soit à l'étranger via les importations. Des capacités de surcroît flexibles, puisque l'électricité ne se stocke pas et qu'il faut pouvoir les faire démarrer –et stopper, rapidement. Pour cela, le nucléaire, qui contribue à 74% à la consommation, ne suffit pas puisque lui est surtout efficace «en base», autrement dit, lorsqu'il fonctionne en continu.

Le chauffage électrique suppose donc de disposer d'importantes capacités hydrauliques et/ou thermiques (fioul, charbon, ou gaz) qui répondent à ces impératifs.

Résultat: en 2012, les émissions de CO2 françaises ont été supérieures à 2011, parce que les centrales à charbon ont été plus sollicitées. Et c'est sans compter les émissions de CO2 venant du courant importé lors de ces pointes de consommation, et bien souvent, lui aussi, produit à partir de centrales à gaz ou à charbon.

RTE commence cependant à souffler: depuis 3 ans, la part du chauffage électrique dans les nouveaux logements commence à fléchir (un peu plus de 40% en 2011) et la nouvelle réglementation thermique devrait accentuer ce mouvement.

Côté renouvelables, oui, la transition a bien commencé. Elles contribuent désormais pour plus de 16% à la production d'électricité dont 4,6% pour l'éolien et le solaire en bonne progression. Mais cette transition pourrait bien faire long feu, note RTE: certes, les capacités en «file attente» de raccordement au réseau sont encore importantes, mais les projets, eux, sont en très forte diminution. Procédures toujours délicates pour l'éolien, prix de rachat en baisse pour le solaire, l'heure n'est plus à l'euphorie...

Des importations venues d'Allemagne

Mais la véritable «transition» est ailleurs: elle se trouve dans le commerce extérieur électrique de la France. Certes, «a France, avec 44,2 TWh de ventes nettes à l'étranger, est le pays le plus exportateur de l'Ouest de l'Europe», s'empresse de rappeler RTE.

Mais ce solde exportateur est en diminution tendancielle ces dix dernières années. Et surtout, nous sommes désormais totalement «accros» au courant allemand. Notre solde a été «majoritairement importateur» (de 8,7 TWh) sur l'année, du jamais vu. Et ce douze mois sur douze, et malgré la baisse de 30,5 TWh de la production nucléaire outre-Rhin!

Car le courant allemand est, par moment, extrêmement compétitif: le charbon, bien plus utilisé qu'en France, a vu ses prix baisser tandis que ceux du gaz augmentaient. Et la production éolienne et surtout solaire a explosé (cette dernière est passée de 11,7TWh à 27,8 TWh entre 2010 et 2012, contre 4 en France): étant intermittentes, impossibles à stocker, elles sont donc exportées à bas prix à l'étranger. C'est ainsi que le soleil allemand arrive à passer les frontières.

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Catherine Bernard

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