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Prix d'Amérique: les trotteurs, ces héros populaires

Yannick Cochennec, mis à jour le 28.01.2013 à 14 h 09

Pourquoi les champions du trot restent dans la mémoire collective alors que les vainqueurs des épreuves de galop s’incrustent moins facilement dans nos cerveaux.

Le français Jean-Philippe Dubois et Royal Dream après leur victoire au Prix d'Amérique à Vincennes, le 27 janvier 2013, REUTERS/Benoit Tessier

Le français Jean-Philippe Dubois et Royal Dream après leur victoire au Prix d'Amérique à Vincennes, le 27 janvier 2013, REUTERS/Benoit Tessier

L'émotion qui a accompagné la mort récente d’Ourasi n’a pas seulement submergé les amateurs de courses hippiques. Elle a également touché les amoureux de sport car Ourasi était évidemment un immense champion. Le Prix d’Amérique, créé en 1920 en hommage au soutien américain lors de la Première Guerre mondiale et qui s’est couru dimanche 27 janvier sur l’hippodrome de Vincennes, lui a été en quelque sorte dédié.

Vainqueur à quatre reprises de ce championnat du monde des trotteurs et recordman de l’épreuve, le «roi fainéant», comme il était surnommé, était un héros populaire visité régulièrement par des aficionados venus de toute la France et même de l’étranger qui aimaient passer saluer la star sur le lieu de sa retraite. Signe de son statut d’icône (François Reichenbach lui a même consacré un documentaire): une dérogation lui a évité l’équarrissage. Il a été enterré dans son pré du Calvados.

Lors du Prix d’Amérique 2013, un trotteur, Ready Cash, a tenté de le rejoindre dans le livre d’or de Vincennes en essayant de devenir le premier cheval depuis Ourasi (1986-1988) à s’imposer trois années de suite dans l’épreuve reine. Mais Ready Cash s’est contenté de la deuxième place derrière Royal Dream. Ourasi peut dormir en paix...

Les palmarès des courses de trot sont riches de ces légendes des hippodromes dont les noms évoquent au moins un vague souvenir y compris à ceux qui n’y connaissent rien. Avant Ready Cash et Ourasi, il y eut Bellino II, également vainqueur de trois Prix d’Amérique consécutifs (1975-1977) et invité... du journal de 13h d’Yves Mourousi qui le convia sur son plateau avec André Théron, Idéal du Gazeau, Roquepine, Gelinotte, Uranie (1926-1928), autant de patronymes qui résonnent au creux de la mémoire collective alors que les vainqueurs du Prix de l’Arc de Triomphe, le pendant du Prix de l’Amérique au galop, s’incrustent moins facilement dans nos cerveaux.

Une carrière plus longue

«La grande différence entre les pur-sang du galop et les trotteurs est que la carrière des cracks galopeurs est radicalement plus courte, explique Christophe Ugnon, rédacteur en chef à Paris-Turf. Le Prix de l’Arc de Triomphe se gagne à 3, 4 ou plus rarement à 5 ans alors que le Prix d’Amérique est ouvert aux chevaux jusqu’à l’âge de dix ans. Ready Cash, qui a 8 ans, pourra encore le courir en 2014 et 2015.»

Le public a donc davantage l’occasion de faire connaissance avec les chevaux et de s’intéresser aux hauts et aux bas de leur carrière. Les purs-sangs du galop, qui sont des chevaux plus fragiles et moins résistants -«ce sont des Formule 1 comparativement aux 4X4 du trot», résume Christophe Ugnon- sont vite renvoyés à leurs tâches de reproducteurs lorsque les trotteurs, dont la semence est moins recherchée car le marché international du trot est plus restreint, peuvent jouer les prolongations sur les pistes.

Dans cette partie de sa vie, Ourasi n’a d’ailleurs pas été un as, ne laissant qu’une descendance directe de 38 chevaux -ce qui est peu. «Ourasi a même quasiment disparu des stud-books, ces répertoires dans lesquels sont inscrits tous les reproducteurs et poulains portant l’appellation d’une race ainsi que les naisseurs français, souligne Sébastien Brault, spécialiste hippique sur la chaîne Equidia. Alors que vous continuez de retrouver le nom d’Uranie, une championne des années vingt, dont les origines continuent d’essaimer l’élevage français

Lutte des classes hippique

Le trot est plus populaire que le galop pour une autre raison. Les propriétaires des trotteurs sont souvent des gens modestes auxquels le public et les parieurs peuvent s’identifier. A l’inverse, les pur-sang du galop appartiennent la plupart du temps à des grandes fortunes nettement moins approchables ou carrément lointaines à l’image des investisseurs venus des émirats.

«En trot, les conte de fées sont nombreux, analyse Dominique de Bellaigue, président de Le Trot. Reprenons l’exemple d’Ourasi dont le propriétaire était sourd et muet ou celui d’Idéal du Gazeau qui appartenait à cinq personnes de conditions très modestes. Ce sont des histoires extraordinaires que vous voyez rarement au galop.»

Cette «lutte des classes» à la mode hippique est presque caricaturale dans un pays monarchique comme la Grande-Bretagne, territoire béni pour les courses, mais où le trot, qui y est pourtant né, n’existe quasiment pas. En France, les trotteurs les plus connus sont parfois identifiés à des régions et suscitent des convois de cars de supporters qui mettent le cap sur Vincennes sur le modèle des clubs de football convergeant vers le Stade de France pour une grande finale. «A Vincennes, il y a des olas!», s’emballe Dominique de Bellaigue. Le trot est également très prisé des Allemands et des Scandinaves qui seront nombreux dimanche à Vincennes. De grandes courses existent aussi aux Etats-Unis.

Mises record

Cet engouement français pour le trot se lit dans la masse des enjeux enregistrés pour le Prix d’Amérique qui suscite le plus de paris en France, relativement loin devant le Prix de l’Arc de Triomphe. En 2012, sept des huit plus gros montants en termes d’enjeux étaient ainsi liés à des courses de trot.

Le Prix d’Amérique avait suscité un total d’enjeux de 21,3 millions d’euros contre 18 pour le Prix de l’Arc de Triomphe. En 2010, lors du Prix d’Amérique, le PMU avait battu son record historique d’enjeux hippiques en France sur une journée avec un chiffre d’affaires total de 39,9 millions d’euros. Ce jour-là, plus de 2,5 millions de joueurs avaient misé dans les 10.400 points de vente ou sur le site du PMU qui avait pulvérisé son record de connexions. Le Prix d’Amérique correspond également aux plus grandes ventes des journaux spécialisés comme Paris-Turf.

Point non négligeable qui explique aussi ce goût des parieurs pour le trot: il est plus facile pour les joueurs de décrocher le jackpot dans cette discipline. Au galop, où les handicapeurs lissent les différences en ajoutant du poids sous la selle des meilleurs, la formule magique est généralement plus dure à trouver au moment de faire son ticket.  

Yannick Cochennec

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