L'Europe est peut-être la dernière superpuissance (sans rire)
Si l'Amérique ne veut plus faire la guerre, elle ferait mieux de se réjouir que l’Union européenne s’y colle à sa place. Au lieu de se moquer.
- Un soldat français au Mali. REUTERS/Joe Penney -
«Une décennie de guerre arrive à son terme», a déclaré le président Obama le jour de son investiture. Peut-être est-ce vrai en Amérique, mais ça ne l’est pas ailleurs. Des extrémistes continuent de fomenter des actes terroristes. Des régimes autoritaires et autocratiques ont encore et toujours recours à la violence pour se maintenir au pouvoir. Les Etats-Unis peuvent bien se retirer des conflits internationaux, cela ne les fera pas disparaître pour autant.
Heureusement, il existe une autre puissance à la technologie militaire sophistiquée, qui partage nos valeurs économiques et politiques et que l’idée de stopper l’avancée des mouvements fanatiques, surtout en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, intéresse. Cette puissance c’est... l'Europe.
Ne riez pas! Je me rends bien compte qu’il y a un an encore, une telle déclaration aurait paru absurde. Je n’aurais certainement pas pu l’écrire au lendemain de l’opération libyenne de 2011, au cours de laquelle la France, la Grande-Bretagne et une dizaine d’autres nations se sont montrées à peine capables de soutenir une guerre rapide, qui n’impliquait aucun soldat sur le terrain, contre un régime impopulaire et mal armé. Des rapports qui n’ont pas été vérifiés exposaient à l’époque que les Français, à cours de bombes, en étaient réduits à larguer à la place des blocs de béton. Sans les renseignements et la coordination fournis par les navires de guerre, les avions américains et la CIA, les avions français n’auraient même pas su où les lâcher.
La France a un nouvel objectif
Et pourtant nous voilà en 2013, à regarder les forces aériennes et les soldats français venir à la rescousse du gouvernement du Mali autrefois démocratique [avant le coup d’Etat militaire de mars 2012, NDT], luttant pour sa survie contre une insurrection d’islamistes fanatiques. En outre, cette intervention française jouit (pour le moment) d’un vaste soutien national. Bien que la logistique des opérations, leur préparation et leurs objectifs finaux aient fait l’objet de diverses critiques publiques, presque personne en France ne remet en question la nécessité d’une intervention. Presque personne ne demande même «Pourquoi la France?».
Les Français éprouvent un sentiment postcolonial particulier à l’égard de l’Afrique francophone (ainsi que, à en croire un ami à moi, envers la musique malienne) où ils sont intervenus militairement plus de 40 fois depuis 1960.
Mais cette fois, le contexte est différent. L’objectif n’est pas (pas entièrement en tout cas) de mettre en place un régime fantoche pro-français mais de bloquer l’avancée d’al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi), cette organisation violente qui alimente l’insurrection malienne, également responsable de la prise d’otages d’un complexe gazier algérien à la mi-janvier.
En d’autres termes, les Français sont au Mali pour combattre une organisation terroriste internationale susceptible de faire des dégâts dans toute l’Afrique du Nord et peut-être même au-delà. Il n’y a pas si longtemps, ce genre d’organisation terroriste internationale déclenchait des réunions d’organisation urgentes au Pentagone.
Aujourd’hui les Français ont du mal à convaincre Washington d’y prêter un minimum d’attention. Quelques avions cargos américains ont récemment aidé à transporter des soldats français dans la région mais, peut-on lire dans Le Figaro, les Américains ont d’abord demandé aux Français de payer ce service –«une demande sans précédent»– avant d’accepter à contrecœur d’apporter leur aide.
Lire le dossier spécial Mali sur SlateAfrique
Mais d'autres Européens proposent de l'argent et des soldats. L'Union européenne a autorisé les financements servant à former les soldats africains qui viendront en aide au Mali –et elle a davantage d’expérience que vous ne le pensez. Bien loin des yeux du public, les forces de l’Union européenne ont attaqué des bases de pirates sur la côte somalienne au printemps dernier –avec succès. «Ils ont réduit notre équipement en cendres», a confié à l’Associated Press un homme décrit comme un «commandant pirate». En tout, l’Union européenne est intervenue militairement dans plus d’une vingtaine de conflits. Pas encore autant que les Français depuis les années 1960, mais on y arrive.
Il faudra franchir un certain nombre d’obstacles avant que l’UE ne devienne le gendarme du monde. Même si la somme des armées de ses pays membres en fait la deuxième plus grande puissance militaire mondiale, cela ne suffira tout de même pas pour tenir dans un conflit durable d’aucune sorte.
Combler le vide
Certains Européens, tout particulièrement les Allemands, devront surmonter leur aversion post-Seconde Guerre mondiale envers les soldats. D’autres, tout particulièrement les Britanniques, devront être amenés à croire, conclusion à laquelle d’autres sont déjà arrivés, que l’Otan n’intéresse plus tant que ça les Américains. Une nouvelle complication a émergé cette semaine quand le Premier ministre David Cameron a annoncé son intention de renégocier la relation de son pays avec l’Union européenne. Quel qu’en soit le déroulement, il est fort peu probable que ce processus s’avère propice au développement d’une politique de défense et de politique étrangère européenne commune.
Ce sont là des obstacles conséquents. Mais y a-t-il une autre solution? Si l’Amérique doit jouir d’une «paix à notre époque» –expression désormais utilisée à la fois par Barack Obama et Neville Chamberlain– tandis que le reste du monde reste en guerre, alors quelqu’un d’autre viendra combler le vide.
Un simple aperçu des candidats possibles –la Chine, la Russie ou peut-être le Qatar ou un autre Etat du Golfe– devrait suffire à nous faire arrêter de nous gausser de ces singes capitulards mangeurs de fromage et à nous décider à leur offrir un soutien logistique et moral. L’Europe n’est peut-être pas la meilleure des superpuissances. Mais c’est la seule que nous ayons.
Anne Applebaum
Traduit par Bérengère Viennot
Mis à jour le 28/01/2013 à 14h01














































L' Europe?
Avant de jouer les gendarmes globaux, et encore faudra- t' il un gouvernement global avec un ministère global qui gère cette branche de police armée, quod non, il faudra peut être franchir quelques étapes intérieures à cette Europe :
Se doter d' un corps politique fédéral commun comprenant un Parlement, une deuxième chambre ou non, un gouvernement élu, un chef de gouvernement reconnu, une monnaie, une armée et donc un commandement. Ensuite il faudra des politiques communes en termes de diplomatie, d' intervention militaires, de fiscalité de base, de services publiques de base tels que santé, éducation, écologie, transport inter- Européens, énergie? Subsidiarité maximale garantie. Régionalismes bienvenus au sein de l' Union Européenne, Nationalismes pour ceux à qui cette richesse ferait défaut. Libérale, sociale, écologique, respectueuse.
M. Rocard, nous voilà!
Un article offrant toutes les caricatures possibles de la part de nos amis américains ! En gros résumé, en France on a pas de moyens (ni de pétrole), mais on a des idées (larguer des blocs de bétons à la place de bombes !).
Il manque quand même en conclusion que les Français ne se lavent jamais et que l'Europe est remplie d'immigrés tiens... Même si la conclusion actuelle est pas mal dans son genre : "bon, en gros on a pas le choix et on a qu'un seul allié dans le monde, alors bon... Essayons de l'aider !".
Bref, j'ose espérer que la diplomatie ne pond pas ce genre d'idées condescendantes au possible, car en terme de compliments, Mme Applebaum sait comment vexer ses amis !
Contrairement à ce que nous demande madame Appelbaum, mieux vaut en rire, au contraire, d'autant que les occasions de rire ces derniers temps ne sont pas si nombreuses.
Si cette intervention au Mali devait se prolonger, qu'on nous explique comment la France pourrait ramener son déficit à 3% comme elle s'y est engagée, si elle continue à devoir assumer seule cette guerre qui concerne l'Europe mais aussi le monde libre ?
Il est vrai que nos partenaires européens ont des tas de bonnes raisons de ne pas participer à cette guerre dont la moindre n'est pas l'affaiblissement continuel des budgets de défense.
Mais ne soyons pas injustes, en cherchant bien et en dehors des encouragements et des soutiens moraux, certains pays ont tout de même décidé de nous aider.
Ainsi "la Suède va offrir quelques heures d'un avion de transport C17... L'effort suédois sera au maximum de 40 heures."
Merci la Suède !
"Ce dimanche s'est envolé de l'aéroport de Melsbroek un Airbus A330 avec à son bord le personnel du détachement Hélicoptère (une quarantaine de personnes) et le matériel nécessaire à leur mission. Destination Lomé au Togo."
Merci la Belgique !
"L'avion C-130 avec 30 premiers militaires de l'armée de l'Air espagnole sont arrivés à 16h10 samedi 26 janvier à l'aéroport de Dakar. Une vingtaine de soldats devraient suivre dans le milieu de la semaine prochaine."
Merci l'Espagne !
Ah ! elle est belle la nouvelle superpuissance !
Source : www.bruxelles2.eu
Tout en finesse, vraiment, cette analyse...
Effectivement, l'Europe est virtuellement la première puissance mondiale en tous domaines (y compris quant au nombre de médailles olympiques).
Le léger problème dont elle souffre est qu'elle n'existe pas politiquement, qu'elle croirait insulter le reste du monde et risquer d'introduire des germes de discrimination entre ses citoyens, si elle affirmait sans complexe une identité fondée sur son histoire, sa culture, ses valeurs, ses intérêts matériels et moraux…
François Hollande et Nicolas Sarkozy, chacun à son tour, ont assumé très courageusement une responsabilité politique et morale qui aurait dû être celle de tous les européens ; qui aurait dû être de nature à fédérer et fondre ensemble toutes les volontés européennes.
L'Europe n'est faible que de sa faiblesse qui est pathétique, grotesque, et qui à la longue, risque d'être tragique.
Je comprends pas les internautes qui désirent une armée communes européenne puisque cela va être l'OTAN, d'ailleurs l'otan (le machin)et l’Europe sont presque le revers d'une médaille, c'est à dire le valet des Etat Unis, ce qui se passe avec l'armée française ne va pas durer longtemps car notre budget ne va pas le permettre Bernard Lugan "Afrique réelle "explique en détails d'ailleurs le problème vient de l'effondrement de la Libye grace à Sarkozy et BHL qui ont soutenu les rebelles en Libye et Syrie mais d'un autre coté combattent ces mêmes rebelles qui ont récupéré les armes en Libye à la chute de kadhafi, nous observons juste une petite guerre mais cela risque de déboucher sur une guerre beaucoup plus importante au Tchad à cause de l’effondrement de la Libye, avec un affrontement d'ethnie qui était pacifier par Kadhafi.
Madame Applebaum saura excuser ces Europhobes qui répondent dans les colonnes de slate.fr avec des grands ‘Nons’, des bouffés de rire et des ‘je ne crois à rien’ typiquement français quand il s’agit d’évoquer, comme elle le fait dans cet article perspicace, le futur Europe Fédérale.
Comme pour tout le reste, ces Nonistes n’ont aucune réponse à donner à la question ‘qui va remplacer les USA dans les 20 ans à venir ?’. La France toute seule ? Les Britanniques sur leur petite île ? Les Allemands, géant économique mais chat très échaudé quand il s’agit de prendre des armes ?
Je ne sais pas si l’Europe Fédérale aura les moyens qu’il faudra pour faire face aux BRICs économiquement ou militairement, mais je suis certain qu’elle le fera mieux qu’aucune nation européenne actuelle seule. C’est une évidence quasi enfantine.
Mais plus qu’une force économique et militaire, l’Europe a une force que les USA ont perdue avec leur guerre impérialiste en Irak. Je parle de la force morale européenne. La France et l’Allemagne (et des millions d’Européens dans les rues) ont refusé les mensonges de Bush et Cheney.
Sur le front sociétal, l’Europe assure une couverture sociale à ses citoyens que des millions d’Américains (riches ou rednecks) considèrent ‘communiste’ ! On ne vend pas des armes aux supermarchés en Europe. On ne tue pas ses meurtriers – même dans les pires des cas comme en Norvège.
C’est avec ses armes-là que l’Europe Fédérale sera une super puissance. Et plus vite , mieux sera.
Je pense que l'Europe est de très loin la pire placée pour être la gendarme du monde, si on prend en considération que 90% des conflits sont du aux magouilles économiques et politiques ( ex : la décolonisation qui a été si bien gérée qu'on a fait des mauvaise frontières pour pouvoir garder un pouvoir sur les peuples africains et asiatiques ) ( sans parler de la IInde guerre "mondiale" qui a crée l'etat d'israel, opération si bien réussie qu'elle a crée un conflit de 50 ans et des tensions dans toute la région ).
Je trouve très bien que les américains qui ne sont pas mieux depuis la guerre froide, aient enfin décider de redevenir un peu plus neutre. Je ne pense pas qu'on ait besoin d'un 'gendarme du monde'. Les solutions que les Etats apportent sont dans la majeure partie des cas bien pires que les problèmes.
Vouloir crée de grands groupes et tout globaliser et très dangereux dans un monde capitaliste. En effet regardez l'evolution de la planète depuis la libéralisation globale de 1975 et prenons exemple sur les pays qui réussissent les défis importants ( écologie, égalité, respect ) du 21ème siècle ( tel l'Islande l'Uruguay ...) appartiennent - ils a des "superpuissances" ? non et c'est tant mieux pour eux.
"les Français sont au Mali pour combattre une organisation terroriste internationale susceptible de faire des dégâts dans toute l’Afrique du Nord et peut-être même..." dans ses mines d'uranium !
Voilà LA SEULE et UNIQUE raison de la force FR au Mali. Le Niger n'est qu'a un pas... et son désert peut propice a l'installation des petits ayatollahs.