François Hollande, inspirez-vous de Barack Obama!

Barack Obama, le 21 janvier 2013, à Washington. REUTERS/Kevin Lamarque

Barack Obama, le 21 janvier 2013, à Washington. REUTERS/Kevin Lamarque

D'un côté, le cinquantième anniversaire de l'amitié franco-allemande. De l'autre la seconde inauguration de Barack Obama. Et une évidence: ce souffle, cette foi qui anime le président américain nous manque cruellement en France et en Europe.

«L'Europe n'est pas assez fière d'elle-même», a dit François Hollande à Berlin lors de la célébration du cinquantième anniversaire du Traité franco-allemand de l'Elysée.

Que le président français ne s'écoute-t-il lui-même! Que lui, et Angela Merkel et les autres dirigeants européens, ne délivrent-ils enfin un grand discours qui explique aux peuples, qui leur réexplique en fait, le rôle de l'Europe au XXIe siècle, l'intérêt qu'elle a de s'unir toujours plus, la place du «Vieux Continent» dans le monde incertain multipolaire, l'actualité de ses valeurs de démocratie quand beaucoup sont séduits par l'asiatisme. Le discours qui redonne la foi dans l'Union manque.

En temps de crise, le taux de croissance d'un pays n'est pas déconnecté du lyrisme de ses dirigeants. Au-delà des décisions ponctuelles et des politiques concrètes, c'est le souffle qui porte la confiance. Et les deux sont liés comme ce qui se pense clairement s'énonce clairement: si les dirigeants européens pataugent depuis quatre ans sans parvenir à surmonter la crise, c'est d'abord parce qu'ils n'ont plus une idée simple, forte et partagée de ce qu'est l'Europe.

Deux événements parallèles cette semaine illustrent tristement ce propos. Cet anniversaire à Berlin de l'amitié franco-allemande et l'inauguration à Washington du deuxième mandat de Barack Obama.

Les deux régions occidentales vivent le même «moment» historique: la crise économique les frappe ensemble, un même sentiment décliniste les mine, nourri par la montée inéluctable de la Chine et des autres puissances démographiques du sud, une semblable déchirure interne, nord/sud en Europe et côtes/centre aux Etats-Unis, casse les solidarités d'hier, et enfin la montée des technologies d'autonomie poussent l'individualisme et remet en cause certains des principes de la civilisation occidentale.

Le mal est le même. Amérique et Europe sont très profondément, très fondamentalement, affectées. Si l'on en juge par la philosophie politique, le consensus idéologique entre droite et gauche, républicains et démocrates, les Etats-Unis sont plus gravement divisés. Si l'on en juge par l'économie, le taux de croissance, c'est l'Europe qui souffre le plus, elle est en récession quand l'Amérique peut se féliciter d'un 2,5% de hausse du PIB cette année.

L'anniversaire de Berlin n'a pas été cette journée qu'on a dit de l'indifférence et des reproches provoqués par les différences fondamentales des deux peuples, allemand et français, exacerbées par la crise. Parmi le millier d'invités –tous fils et filles de la troisième génération d'ouvriers de l'axe Paris-Bonn-Berlin–, le sentiment n'était pas peu fier d'un extraordinaire travail quotidien de dialogue et de rapprochement des points de vue. Nulle part au monde, deux pays se parlent autant, de tout, en permanence, de façon institutionnalisée.

Mais les discours étaient lourds, à l'image de la politique économique européenne anti-crise. Catalogue de choses à faire, promesses de dialoguer encore, engagement qu'on restera soudés. Le président de la République fédérale, Joachim Gauck, l'a résumé à l'adresse de François Hollande:

«Il est une certitude que vous pouvez emporter avec vous à Paris: oui, les Allemands veulent l'Europe! Et ils la veulent toujours et uniquement sur le fondement de l'amitié profonde entre la France et l'Allemagne.»

Merci! Bravo! Mais quelle Europe? Nous resterons ensembles mais pour faire quoi? Qui sommes-nous ensemble?

Ecouter le discours inaugural du président Obama donne la réponse: le président réélu fait de la haute politique. «Serment», «dévouement», «credo fondateur», et un «nous le peuple» en scansion: forgés dans l'histoire longue, les mots osent et frappent. Ils pourraient être ridicules par leur simplicité, ils élèvent. C'est que le message dit beaucoup: «Les patriotes de 1776 n'ont pas combattu pour remplacer la tyrannie d'un roi par les privilèges de très peu.»

«Nous le peuple, on comprend que le pays ne peut réussir quand une minorité de plus en plus réduite va bien tandis qu'une majorité de plus en plus large a du mal. La prospérité américaine repose sur les épaules larges d'une classe moyenne.»

Barack Obama trouve les mots parce qu'il tranche net dans le débat politique: il engage un combat contre les inégalités et ce combat passe par une réhabilitation de l'Etat. Fin de l'ère Reagan pour qui «l'Etat est le problème». On verra ce qu'en fait le président dans les faits, mais une ligne claire est tracée.

L'Europe doit trancher enfin nettement son débat politique interne à elle, entre solidarité et souveraineté. La première, c'est-à-dire les instruments de convergence des pays et de croissance de l'ensemble, ne viendra que de l'abandon de la seconde. Il n'y a pas d'autre choix.

La crise s'est prolongée faute de trancher.

Et, cette décision une fois assumée, les mots viendront, comme ceux qu'ose Barack Obama, pour dire «nous les peuples d'Europe» voulons être ensemble pour défendre aux yeux du monde «avec fierté» ce que nous démontrons que nous sommes: un modèle de dialogue et d'humanisme.

Eric Le Boucher

Article également publié dans Les Echos