Europe: un bol d'air frais pour David Cameron
Le Premier ministre britannique tente de donner des gages aux eurosceptiques et de rassurer les milieux d'affaires pro-Europe.
- Métro de Londres, le 9 janvier 2013. REUTERS/Andrew Winning -
On ne peut pas toujours plaire à tout le monde mais c’est pourtant ce qu’a tenté de faire mercredi le Premier ministre britannique lors de son discours sur l’Europe au siège londonien de Bloomberg, le fournisseur d’informations financières.
Au fil d’une intervention initialement programmée pour le vendredi précédent, repoussée à plusieurs reprises en raison des événements au Mali et en Algérie et dont une partie du contenu avait déjà filtré dans la presse, David Cameron a ainsi détaillé les bases de sa politique européenne pour les années à venir.
Résumons. Dans ce discours censé contenter le plus grand nombre, le Premier ministre a d’une part promis la tenue d’un référendum sur une éventuelle sortie de l’Union européenne, si cher aux européocentriques les plus radicaux. Mais il a d’autre part réitéré son attachement à la permanence du Royaume-Uni dans l’Union, si chère au milieu des affaires et de la finance.
Le grand écart? Ça y ressemble et pour y remédier David Cameron a donc également promis, entre temps, de renégocier les conditions de la participation du Royaume-Uni à l’Union. Cette dernière étant jugée trop rigide, trop chère et manquant de légitimité démocratique, David Cameron s’est prononcé en en faveur d’un retour de pouvoirs vers les parlements nationaux. D’où le délai finalement assez long pour organiser la consultation, qui ne devrait pas intervenir avant la première moitié de la prochaine législature –soit entre 2015 et 2018– et ce si le parti conservateur reste au pouvoir.
Calendes grecques
Sur le fond, David Cameron pressé depuis de nombreux mois par une frange de plus en plus radicale à la droite de son parti semble surtout avoir cherché à gagner du temps face à des enjeux électoraux nationaux. Au final, il se donne au moins trois ans pour organiser le vote et surtout un bol d’air frais (grand ou petit, il est encore trop tôt pour le dire) avant les élections au parlement européen de 2014 et les élections générales de mai 2015.
Il faut dire que l’Europe et l’Union n’ont pas été un sujet porteur politiquement depuis l’arrivée des conservateurs au pouvoir en 2010 et l’ambiguïté de David Cameron, l’eurosceptique pragmatique comme il s’était lui-même qualifié, lui a valu de nombreuses critiques chez les «pros» mais surtout chez les «antieuropéens».
Pour beaucoup, l’Europe, incapable de mettre un terme à la crise économique et politique de la zone euro, serait la principale responsable du marasme économique dans lequel se débat toujours le Royaume-Uni. Cet argumentaire est d’autant plus pratique pour la classe politique britannique qu’il permet de détourner les regards des erreurs commises avant la crise de 2007-2008.
D’où la percée du petit parti antieuropéen UKIP lors d’une série d’élections partielles à l’automne dernier et la rébellion d’une partie des parlementaires conservateurs les plus radicaux.
Un sondage réalisé entre le 9 et le 10 janvier dernier par la société ComRes pour le tabloïd hebdomadaire Sunday People donnait d’ailleurs le UKIP en deuxième position aux prochaines élections européennes, derrière les travaillistes mais devant les conservateurs, avec 23% des intentions de vote.
Même si une déconfiture des conservateurs aux élections européennes n’annoncerait pas forcément une défaite aux élections générales l’année suivante (les intentions de vote pour le UKIP sont en général nettement moins élevées quand il s’agit d’élections au parlement britannique, ne serait-ce qu’en raison du mode de scrutin), il y a tout de même de quoi inquiéter le gouvernement.
Une opinion publique partagée
La décision de David Cameron de temporiser est d’autant plus habile que les citoyens de Sa Majesté ne semblent pas vraiment savoir sur quel pied danser en matière européenne. Si les sondages successifs réalisés par la société Yougov pointaient jusqu’à il y a peu vers une majorité de britanniques en faveur d’une sortie de l’Union (en cas de référendum), cette tendance semble s’être inversée au cours des dernières semaines, au fur et à mesure que la tenue d’un référendum se précisait.
L’euroscepticisme qui avait aussi gagné les rangs travaillistes – plutôt pro-européens avant la crise – ces dernières années serait, semble-t-il, en train de refluer et c’est peut-être cette raison qui a poussé les dirigeants du principal parti d’opposition à prendre position contre la tenue d’un tel référendum aussi clairement. De même, toujours selon Yougov, les intentions de vote en faveur du UKIP se seraient un peu effritées au cours des derniers jours.
La peur de voir diminuer l’influence économique et politique du Royaume-Uni en Europe, et à travers elle dans le monde, demeure un puissant repoussoir contre les tentations isolationnistes. David Cameron lui-même a très lourdement insisté sur ce point et sur la nécessité pour le pays de rester un membre à part entière du marché commun, capable de peser dans de futures négociations multilatérales, notamment face à une zone euro de plus en plus intégrée.
C’est aussi le point de vue qu’ont fait valoir la plupart des associations patronales et professionnelles. En réaction au discours, elles ont ainsi presque toutes insisté sur le rôle crucial de la participation du pays au marché commun.
Autre enseignement des enquêtes sur l’enjeu européen, David Cameron resterait le dirigeant le plus populaire pour défendre les intérêts du pays, devant son rival travailliste, Ed Miliband. Un résultat d’autant plus surprenant qu’en réponse à la même question mais cette fois en termes de partis, ce sont les travaillistes qui arrivent désormais devant les conservateurs.
A défaut d’avoir proposé un projet concret en matière européenne ou d’avoir détaillé ce qu’il aimerait bien modifier des traités déjà signés avec ses partenaires, David Cameron aura, au moins temporairement, apaisé les tensions au sein de son parti et renforcé son leadership.
Yann Morell y Alcover
Mis à jour le 24/01/2013 à 17h39
















































Pour vivre à Londres (et avoir vécu 4 ans à Glasgow), je trouve cette idée de référendum assez démago: Cameron se contente de caresser dans le sens du poil les électeurs et surtout certains des députés de son propre camp, dans la frange la plus à droite. Tout en essayant, comme vous l'avez souligné, de ne pas froisser le monde des affaires. J'ai suivi en direct son discours, et je me suis posée par la suite la question de l'Ecosse. Celle-ci est plus ou moins en train de se questionner sur son appartenance à la Grande-Bretagne. Or, si le référendum amenait à un retrait de l'UE, je pense que l'Ecosse serait fortement tentée de réclamer son indépendance, afin de pouvoir intégrer l'UE. Tout le monde sait que le gouvernement écossais possède une autonomie déjà très importante, et surtout qu'elle est productrice de revenus grâce notamment à ses réserves de ressources énergétiques. Je me demandais juste s'il serait raisonnable pour Cameron de se délester potentiellement d'un telle manne financière... Enfin bon, c'est mon avis. Je ne suis pas certaine que mes arguments soient légitimes!
Les sujets de sa gracieuse majesté nous annoncent, avec cette arrogance inimitable mais si élégante, qu'ils pourraient quitter l'Europe... Mais y sont-ils aujourd'hui ? pour faire du lobbying, oui ! mais pour l'essentiel, non. Ils ne sont pas dans l'eurozone, et l'Europe de demain sera cette fédération créée autour de la monnaie : ils n'en seront donc pas membres - comme la Suisse. Pour le reste, l'Europe à 27 (qui passera à 30 et + si affinités) ce ne sera rien d'autre, au mieux, qu'un marché commun ; et au pire qu'un esopace techncratique où l'on discutera de l'oraganisation des zoos. Monsieur Cameron, y être ou pas, ce n'est qu'un détail.
La question est de savoir si vous rejoignez l'eurozone ou pas. Le reste c'est sans importance. Vous avez le Commonwealth, cela devrait vous suffire.
Lorsque les Britanniques ont rejoint la CEE elle était encore vraiment à la tête d' un Common Wealth. Pour elle l' Europe était un marché de plus, rien de plus.
Même si c' est vrai que le traité de l' Elysée devait ouvrir sur une Europe plus unie, cela n' a jamais été le souci des gouvernements Britanniques qui, effectivement, n' ont jamais soutenu une U. E. dans le sens fédérateur du terme. L' honnêteté nous oblige d' avouer que c' est souvent la France qui a freiné des deux pieds, obnubilée par sa fameuse identité nationale et tous ses symboles de République ... d' un autre âge.
Soit. Prenons nos calculettes. Que l' Europe a- t' elle à perdre en termes financiers si le Royaume Uni se désiste? N' oublions pas qu' il y a même une chance en 2014 que l' Ecosse s' en détache pour rejoindre l' Union. Que cela coutera- t' il à l' U. E?
Tout s' analyse, tout se calcule et ensuite tout se négocie. On peut amener le cheval jusqu' à l' eau mais lui seul peut boire.
On peut poser le problème de cette façon : Messieurs les Anglais êtes-vous pour une armée européenne ?
Si la réponse est oui, vous devez rester dans l'Europe car on ne peut la faire sans vous, vous le savez. Si vous êtes indifférents, ni pour ni contre, si l'Otan vous suffit, si vos alliances avec le cousin américain vous suffit... alors vous pouvez quitter l'UE puisque vous n'êtes pas dans l'eurozone.
Quel Etat de l'Union peut prétendre se passer d'une armée européenne, et jouer perso ? Aucun. Vous non plus. Messieurs les Anlais tirez les premiers... au Mali par exemple.