Ça sent le gaz, mais pourquoi le gaz sent?
D'où vient cette forte odeur de gaz qui plane sur le nord-ouest de la France depuis lundi?
- REUTERS/Stephen Hird -
De nombreux Franciliens et habitants au nord-ouest de la capitale se sont réveillés ce mardi matin en sentant «une forte odeur de gaz», provoquant une forte inquiétude, au point de saturer les communications téléphoniques des services de secours en Normandie comme en Ile-de-France. Or de fuite de gaz, point, mais «une réaction chimique imprévue», explique l’AFP, qui s'est produite lundi dans une usine chimique de l’agglomération rouennaise, créant des dégagements d’odeurs de gaz –type gaz de ville qui se sont déplacés avec les vents en direction de la capitale.
Si on sait désormais pourquoi ça a senti le gaz, pourquoi le gaz sent-il? Car comme l’argent, le gaz naturel –ou gaz de ville– n’a en fait pas d’odeur. Or, il est dangereux pour l’être humain, en raison de risque d’asphyxie et d’explosion. Ainsi, depuis le début de commercialisation de gaz à usage domestique, après la Seconde Guerre mondiale et la création de GDF (1946), le problème de la détection de fuites de gaz s’est posé.
Pour le résoudre, des molécules odorantes sont introduites dans le gaz dès son entrée sur le territoire français. Ce fut d’abord du mercaptan, ou méthanethiol, qui a été utilisé pour l’odeur caractéristique de chou pourri qu’il dégage. C’est ce produit qui se serait échappé lundi et qui, selon le ministère de l’Intérieur, tel qu’il se présente actuellement sur les régions traversées, ne représenterait aucun danger.
Il s’agit d’un acide faible, très inflammable et nocif. Il est toxique à hautes concentrations par inhalation et affecte le système nerveux central en provoquant des maux de tête, précise la fiche Wikipédia. En contact avec la peau, il peut provoquer une dermatose et il faut donc éviter tout contact. Pour l’inhalation, la limite d’exposition est fixée à 0,5 partie par million (ppm) pour 8 heures. Très éloignée de la concentration mortelle pour une exposition d’une heure: 1.350 ppm.
En fait, le mercaptan n’est plus utilisé aujourd’hui dans le gaz naturel (méthane, CH4) en raison de ses propriétés corrosives qui dégradaient les conduites de gaz et de son odeur un peu trop désagréable. Il a été remplacé par le tétrahydrothiophène ou THT, un composé soufré cyclique. A raison de 15 à 40 mg par m3, il sert désormais d’odorisant du gaz de ville. Il est injecté dans le réseau soit à l’entrée sur le territoire français des canalisations provenant de l’étranger, la Russie par exemple. L’importation représente 98% de la consommation française de gaz. Soit à l’arrivée des méthaniers, énormes navires qui transportent le gaz naturel à l’état liquide (GNL), 600 fois plus concentré qu’à l’état gazeux. L’introduction du THT a alors lieu lors de l’opération de regazéification.
La protection du nez
Les gaz butane (C4H10) et propane (C3H3) sont également odorants pour les mêmes raisons de sécurité. Ils contiennent naturellement des produits odorants qui peuvent être renforcés par l’ajout de Vigileak produit par la firme Arkema qui commercialise également le Spotleak pour le gaz naturel. Tous deux dont des dérivés des thiolanes contenant du soufre.
Ainsi, depuis les tous débuts de l’exploitation du gaz par l’homme, au XIXe siècle, son odeur a servi à le détecter. Lorsqu’il était fabriqué à partir du charbon (distillation de la houille) dans les fameuses «usines à gaz», il contenait naturellement du sulfure d’hydrogène, le H2S, particulièrement nauséabond et dangereux pour la santé. Depuis, le gaz purifié est devenu inodore et les additifs utilisés se sont perfectionnés pour conserver la détection olfactive tout en protégeant la santé et les installations gazières.
Pas question, pour autant, d’inhaler de fortes concentrations d’un quelconque produit odorant du gaz naturel. Cela reste des gaz toxiques pour l’être humain. Notre nez reste notre meilleure protection, mais juste pour la détection. A condition de ne pas être trop enrhumés ou anosmiques...
Michel Alberganti
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Mis à jour le 22/01/2013 à 15h27

















































Voila un rappel utile et intéressant.
Plus de peur que de mal à Rouen puisqu'aucune hospitalisation n'a été faite en lien avec l'incident chimique chez Lubrizol, usine qui fabrique des lubrifiants pour l'automobile. Mais une communication très floue de la part des services de l'Etat sur cet incident. A leur décharge, ils n'avaient pas de patron !
L'ancien préfet avait en effet déjà pris ses fonctions en Languedoc Roussillon et le nouveau n'arrivait que ce mercredi matin. Il a visiblement l'intention de prendre en mains la gestion de crise liée à l'incident chimique chez Lubrizol. Hier soir à plus de 22h tombait en effet un communiqué indiquant que le nouveau locataire de la préfecture organisait une conférence de presse à ... 7 heures ce matin. On dirait qu'il y a urgence à communiquer ! Pendant presque une journée, on a eu droit, pour toute explication, de la part des services de l'Etat, à un communiqué évoquant une "instabilité" sur l'une des spécialités chimiques de Lubrizol. Le communiqué évoquait aussi de trop nombreux appels chez les pompiers. ça, c'est de l'info ... et de l'info qui rassure !
Hier soir, à la conférence de presse réunissant sous-préfet, élus, industriel, autorités environnementales et sanitaires, pas un document expliquant aux journalistes ce qui s'était passé chez Lubrizol, pas un document rappelant les seuils de toxicité de façon scientifique et rigoureuse. Comme si tous les journalistes étaient des chimistes et des toxicologues. Un communiqué tombait à 18h30 pour dire ce qu'on allait faire pour régler le problème.
Le résultat des courses.
Le produit utilisé par Lubrizol- le dithiophosphate de zinc - pour fabriquer ses additifs, aurait subi une surchauffe, ce qui a provoqué le dégagement de gaz et le nuage malodorant qui s'est promené en suivant le sens du vent : vers l'est et l'île et de France, puis vers le nord, le Boulonnais et le Kent. On nous a expliqué hier soir que la concentration du gaz mesurée en 6 points de la région rouennaise était très faible et que l'on était très loin du seuil de toxicité.
Et maintenant ? On va chercher à neutraliser le fameux mercaptan en injectant le dithiophasphate de zinc dans une solution soude-eau de javel. Comme c'est une "première", on va le faire par étapes et d'abord sur un "échantillon". Comme on est prudent sur la réaction chimique liée à cette opération de neutralisation, on va sécuriser le périmètre. Comme tout ça se passe tout près du stade de football, on va annuler la rencontre Rouen-OM. Logique.
Certes, la communication de crise vers le grand public est délicate car il faut travailler dans l'urgence et éviter les mouvements de panique, mais la langue de bois ("instabilité" sur l'une des spécialités de Lubrizol) n'empêche pas l'inquiétude. On ose espérer qu'une communication un peu plus rigoureuse serait organisée en cas d'accident grave.