Les doodles de Google, nouveaux marronniers des sites d'infos
Comment les 112 ans de Zamboni, l'inventeur de la machine à resurfacer la glace, et les 100 ans de l'archéologue Mary Leakey sont devenus un enjeu pour la presse web.
- Une surfaceuse Zamboni / Myrabella / Wikimedia Commons / CC-BY-SA-3.0 -
Le 16 janvier, la presse web française célébrait, avec pas moins de 18 articles, un événement à la portée considérable: le 112e anniversaire de Franck Zamboni, le créateur de la Zamboni, la machine à resurfacer la glace des patinoires. Pour situer le niveau de notoriété de Franck Zamboni, sa page française sur Wikipedia tourne en moyenne à 5 consultations par jour.
Son 112e anniversaire n'y est pour rien. L'intérêt que la France a soudainement porté à Franck Zamboni s'explique par la page d'accueil de Google qui proposait un petit jeu en hommage à l'inventeur américain.
Une cinquantaine de fois par an, Google habille son logo avec un dessin ou une animation, le désormais célèbre «doodle», le plus souvent pour célébrer l'anniversaire de grands anciens, des 50 ans de Bonne nuit les petits aux 200 ans de l'architecte Paul Abadie.

Piège à clics
Les doodles, souvent très réussis, ont une place de choix dans la culture Internet. Mais méritent-ils vraiment 18 articles de presse pour les 112 ans d'une obscure star des patinoires?
En termes de clics, en tout cas, ça les vaut. Google est le site le plus visité en France avec 40 millions de visiteurs uniques. Les visiteurs intrigués par un doodle cliquent souvent sur le logo qui les emmène sur la requête Google du nom de la personne honorée. C'est ainsi que la fiche Wikipedia de Paul Abadie a atteint les 324.000 vues le 18 novembre quand il a été célébré par Google, contre 40 vues en temps normal.
Un article sur la deuxième version du Google de Noël
La presse profite de cet effet d'aubaine. Quand un mot-clé est dans l'actu, Google peut afficher les résultats de Google News au-dessus des résultats naturels, et donc de Wikipedia. Le site d'info qui passe en premier récupère le jackpot en pages vues. Du coup, les doodles sont devenus un marronnier pour la presse web. Les sites de L'Express, de BFM TV, de 20 Minutes et d'Atlantico couvrent tous les nouveaux logos Google.
Du côté de L'Express et de BFM TV, on assure répondre à une demande des lecteurs, curieux de savoir ce que sont ces dessins en une de Google.
«C'est une manière d'être à l'écoute du Net, et de l'expliquer à nos lecteurs, y compris le fonctionnement de cet outil, dit Eric Mettout, directeur adjoint de la rédaction de L'Express. Et évidemment, c'est apporteur d'audience.»
Ça donne en tout cas lieu à des articles passionnants comme cet article de 5 lignes de BFMTV.com sur la deuxième version du doodle Joyeux Noël, qui se clôture par ce morceau de bravoure de gonzo-journalisme:
«Une recherche "Joyeuses fêtes" s'ouvre en cliquant sur le Doodle.»
Le réd chef, c'est Google
Le problème, c'est que souvent, personne ne connaît les personnes mises à l'honneur par Google. On plaint les pauvres journalistes de corvée de nécro, qui finissent parfois par aller tout repomper sur Wikipedia, comme ici pour Frank Zamboni sur BFMTV.com et Atlantico. A comparer avec la fiche Wikipedia. Combien d'articles seront publiés en ce jour de centième anniversaire de la naissance de Mary Leakey, archéologue britannique à l'honneur du doodle du jour?

On ne saurait trouver meilleur exemple pour ces journalistes web anonymes qui se plaignent dans une dépêche AFP récente que Google soit devenu leur «redchef». Google profite de la presse, affirmaient les partisans d'une taxe sur le moteur de recherche, avant d'obtenir la création d'un fonds de 60 miilions d'euros. Mais la presse sait aussi profiter de Google.
Vincent Glad
Mis à jour le 06/02/2013 à 9h51

















































Très bon article, très vrai, mais qui n'évoque pas le côté le plus vicieux de cet amas de clics générés: la publicité. Oui Franck Zamboni est un illustre inconnu mis en Une de Google, ce qui va susciter la curiosité, et générer du trafic pour la presse web, toute contente de récupérer sans effort des visiteurs curieux. Mais, il ne faudrait pas oublier que dans ce cas Zamboni est une ENTREPRISE qui a fait croître sa notoriété à vitesse grand V dans l'opération.
Merci Google, et merci la presse web pour ce coup de pub gigantesque.
Certains sites d'information ayant une grosse part de leur audience qui vient de Google actualités (jusqu'à 80% pour des marques peu connues) il n'est pas étonnant que toutes les astuces pour être bien placé dans le ranking des articles soient utilisées.
Les Doodles en font partie depuis longtemps en effet. Bien traiter un Doodle peut rapporter beaucoup de visiteurs uniques. La recette consiste à mettre en ligne très rapidement un premier article dès que Google a publié son Doodle est être ainsi placé en tête des articles sur le sujet. Puis à en publier un second sur un angle différent mais sur le même sujet, un peu plus tard, pour rester dans course du référencement.
Votre conclusion montre que le traitement qui a été fait par les médias sur l'accord Google/éditeurs est partial et partiel. Car il est évident que les sites d'information ont besoin de Google et qu'ils gagnent de l'argent via l'audience générée par Google actualités. Si c'est 40% de leur audience comme c'est le cas pour l'un des premiers sites d'info français, est-ce c'est 40% de ses recettes publicitaires ? Là est la question.
On s’inquiète de l’hégémonie des maxi-firmes à la Google et de la dictature induite par l’usage exclusif de leurs plateformes mais des ententes comme « l’accord Google » ne font que renforcer le pouvoir des géants ! Nous montrons encore notre incapacité à définir une politique industrielle du numérique capable de soutenir l’innovation de nos startups. Pendant que nous fustigeons les géants du web, la loi de finance 2013 fait baisser tous les investissements des Business Angels, seul levier capable d’affaiblir les positions dominantes. Pour que la France retrouve sa souveraineté dans le numérique, pour peser face aux oligopoles numeriques commençons par soutenir les startups françaises qui, si elles manquent de moyens, ne manquent pas d'idées. Ma derniére découverte est un site concurent de google news 100% francais: http://www.onemoretab.com que j'ai trouvé sur le site commentcamarche: http://www.commentcamarche.net/news/5861904-onemoretab-creer-son-propre-portail-d-actualites .
Il y a des limites à l'habituel râle franchouillard.
Outre l'aspect commercial de la chose (qui se lance en affaires par philanthropie?), ici tout comme dans le site de l'auteur, il est pris allègrement un parti qui se veut analytique, scientifique, détaché, neutre (insérez ici le restant), mais ignore ou feint par moments d'ignorer un thème majeur: la revanche des "geeks", ou, mieux, celle des "nerds".
Cela avait légèrement été gratté dans un de vos articles/papiers sur les mèmes et les lolcatz, mais ignorer que les personnes derrière nos nombreux outils web en profitent parfois pour partager leurs passions (chats, chez de nombreux codeurs, goût du savoir encyclopédique et l'accumulation des "facts", comme des enfants se mettant au défi de qui en sait le plus) et donc inclure, de moins en moins subtilement, des références à l'aire culturelle geeko/nerd me semble passer à côté du principal.
Nous en venons donc à l'exemple ici, en Amérique du Nord (Canada/USA), pendant la longue saison hivernale, le hockey sur glace est extrêmement couru, et la pratique du patinage sur glace, en plein air (parcs, lacs, etc...) ou en salle, doit son essor à... Zamboni, et le souligner est pour ces accros du savoir sous toutes ses formes (encyclopédique ici) une manière de piquer la curiosité et d'encourager... les recherches.
Oui, comme au temps où l'on passait des heures à errer dans le Larousse et son côté noms propres, à se perdre de lien hypertexte en lien hypertexte dans les premières versions de Encarta de MS. Mais la, le tout chez Google toujours.
Un bien pour un bien, un schéma gagnant-gagnant, ou ce même google qui redonne le gout du livre par ses extraits...