Même seule, la France a eu raison d'intervenir au Mali

Des Maliens devant un kiosque à journaux de Bamako, le 18 janvier 2013. Au sol, un journal titré «Merci la France, merci François Hollande». REUTERS/Eric Gaillard.

Des Maliens devant un kiosque à journaux de Bamako, le 18 janvier 2013. Au sol, un journal titré «Merci la France, merci François Hollande». REUTERS/Eric Gaillard.

Quelques jours après le début des opérations, les premiers doutes surgissent: est-ce bien nécessaire? Est-ce bien raisonnable d’y aller «seuls»? La réponse est deux fois oui.

La prise d’otages massive près de la frontière algéro-libyenne, réprimée par l’armée algérienne, a fait dire à François Hollande que la détermination française à engager ses propres forces pour faire reculer les djihadistes installés au Nord-Mali s’en trouvait renforcée. Pourtant, passés les premiers mouvements d’unité nationale qui ont accompagné l’annonce d’une intervention militaire au Mali, les premiers doutes ont surgi.

Sans surprise, d’ailleurs: est-ce bien nécessaire? Est-ce bien raisonnable d’y aller «seuls»? La réponse, à mes yeux, est deux fois oui.

Sur la nécessité d’agir: la crise au Sahel ne date pas d’aujourd’hui. Toute cette zone qui recouvre l’est mauritanien, le Nord-Mali, le Niger, mais aussi le sud algérien, est depuis plusieurs années le terrain de jeux d’organisations islamistes fanatiques, dont les plus puissantes sont celles qui ont été repoussées au-delà de sa frontière par l’armée algérienne, reliquat de la longue guerre civile qui a opposé l’Etat algérien aux djihadistes.

Elles se sont trouvé renforcées par des éléments de l’armée libyenne en déroute, qui ont été solidement réarmés précisément par le biais de ce reflux libyen, consécutif à l’intervention franco-britannique qui avait permis la chute de Kadhafi. L’attaque contre le site gazier algérien est sans doute venue de Libye et a nécessité une préparation longue qui exclut qu’elle soit liée à l’intervention française, même si celle-ci est affichée comme prétexte.

La vérité est que cette implantation djihadiste au Nord-Mali et au Sahel a été systématiquement sous-estimée par tout le monde, et trop souvent ramenée aux dimensions d’un vaste trafic de mouvements de contrebande, divers et variés, qu’il était, in fine, possible de tenir par l’argent. Or, sur cet immense territoire, l’extension constante des djihadistes s’est faite au nom de leur agenda politique, qui est celui de groupes se réclamant d’al-Qaïda. Et qui cherchent exactement ce que Ben Laden avait un moment trouvé en Afghanistan: un territoire, une base arrière solide pour préparer d’autres actions, d’autres conquêtes.

La France était préparée

Sur l’isolement: au mois d’avril dernier, les pays africains concernés ont demandé une intervention. Cette demande, appuyée par la France, a débouché sur un consensus aux Nations unies, et sur la promesse de mise sur pied d’une force interafricaine, dont le déploiement n’était pas prévu avant septembre prochain!

Or, les différents mouvements djihadistes se sont bien gardés d’attendre: ils ont décidé de foncer sur Bamako. C’est à ce moment-là que la France a décidé de les stopper avant de pouvoir ouvrir la voie, une fois les forces africaines sur place, à une reconquête du Mali par le Mali. François Hollande a donc décidé que les risques de l'intervention étaient préférables à ceux de la passivité.

Sauf à récuser, comme le font l’ultragauche et certains écologistes, appuyés par Dominique de Villepin, le principe même d’une intervention, la France a agi pour que le Mali ne devienne pas un nouvel Afghanistan. Et si elle paraît militairement seule, c’est simplement parce qu'elle seule avait eu la sagesse de s’y préparer. Nous étions donc prêts.

Situation diplomatique presque inédite

La réalité est ici paradoxale: elle est celle d’une situation diplomatique presque inédite car la France est approuvée par la quasi-unanimité des états membres de l’ONU, y compris le Russie et la Chine; et pourtant, seuls ses soldats sont sur le terrain. Il ne s’agit donc pas d’isolement, mais plutôt de porter l’effort au nom de la collectivité, car il est entendu que les troupes françaises préparent le terrain pour une force interafricaine.

Et la très bonne nouvelle est l’annonce de l’envoi d’un fort contingent tchadien, c’est-à-dire de troupes qui connaissent le mieux la guerre du désert. L’Europe, quant à elle, apportera des soutiens financiers et, pour certains, logistiques.

Modestes, trop modestes, diront certains. En effet! Car, si la France agit pour le compte des pays africains concernés et directement menacés, elle est aussi en défense d’une Union européenne concernée au premier chef par la menace djihadiste. Mais inutile ici de se lamenter: il n’existe pas de défense européenne. 

Et il n’y en aura que lorsque Français et Britanniques décideront vraiment d’avancer. C’est-à-dire on ne sait pas quand, car le Premier ministre britannique David Cameron fait concession sur concession à ceux qui, chez lui, veulent sortir de l’Union.

Où sont passés les Etats-Unis?

Et les Etats-Unis? Où sont-ils donc passés? La France négocie pour tenter d’obtenir les apports logistiques qui ont été évoqués par la Maison Blanche. Et ce, plusieurs jours après le début de l’intervention militaire.

C’est que rarement nous avons eu affaire à une diplomatie américaine aussi faible, aussi étrangère à nos intérêts stratégiques, prisonnière de son alliance stratégique avec les Frères Musulmans en Egypte et sans doute au-delà. C’est d’ailleurs d’Egypte que sont venues les rares protestations et manifestations contre l’intervention française.

Le schéma américain est ici, de façon totalement injustifiée, condescendant vis-à-vis de la France. Les Etats-Unis se sont accrochés à l’idée de consolider les institutions maliennes et ont pensé contrôler la situation par le biais de militaires maliens proches d’eux. Mais on peut noter aussi que certains des mouvements islamistes qu’il s’agit de combattre ont été, un temps, comme d’ailleurs en Afghanistan, financés et armés par les Etats Unis.

C’est donc une diplomatie curieuse et somme toute assez peu fiable pour les Européens: c’est ainsi qu’après avoir donné la main à l’intervention franco-britannique en Libye, les Etats Unis s’étaient promptement retirés, se contentant d’un appui logistique modeste.

Et ce, au moment où chacun peut constater que l’Afrique, continent immense qui englobe à lui seul plus que la surface de l’Europe et de l’Inde, constitue la nouvelle frontière du développement. Et fait l’objet d’une offensive chinoise systématique, orientée vers la recherche de matières premières…

Pour l’heure, nous sommes condamnés à être en première ligne face à la montée des extrémistes islamistes.

Jean-Marie Colombani