Sports

Lance Armstrong veut qu'on oublie les menaces et les intimidations

William Saletan, mis à jour le 23.01.2013 à 14 h 22

Le champion déchu veut qu'on lui pardonne son dopage... et qu'on oublie sa stratégie d'intimidation.

Capture d'écran de l'interview de Lance Armstrong avec Oprah WinfreyCapture d'écran de l'interview de Lance Armstrong avec Oprah Winfrey

Capture d'écran de l'interview de Lance Armstrong avec Oprah WinfreyCapture d'écran de l'interview de Lance Armstrong avec Oprah Winfrey

«Je vois cette situation comme un grand mensonge que j’ai répété de nombreuses fois».

C’est la ligne de défense de Lance Armstrong lors de son interview avec Oprah Winfrey. Incapable de maintenir sa version initiale, selon laquelle il ne s’est jamais dopé, Armstrong colporte une nouvelle histoire: il s’est dopé, il a menti en affirmant qu’il ne s’est jamais dopé, et c’est tout.

Mais non, ce n’est pas tout. Le rapport de l’agence antidopage américaine (Usada) sur Armstrong, publié il y a trois mois, détaille les nombreux incidents au cours desquels Arsmtrong a fait pression, menacé ou intimidé, selon des témoignages sous serment. Parmi ces incidents:

1. En 2002, selon l’ancien coéquipier d’Armstrong Christian Vande Velde:

«Armstrong a dit à Vande Velde que s’il continuait à courir pour l’équipe Postal Service, il "devra prendre ce que le docteur [Michele] Ferrari lui [Vande Velde] dira de prendre et devra suivre le programme du docteur Ferrari à la lettre". Vande Velde a déclaré: "La conversation ne m’a pas laissé le moindre doute sur le fait que j’étais tombé en disgrâce et que le seul moyen de continuer avec l’équipe d’Armstrong était de me plier entièrement au programme de dopage du docteur Ferrari".»

2. Lors du Tour de France 2004, après le témoignage du cycliste Filippo Simeoni contre le docteur Ferrari,

«Armstrong a rattrapé [Simeoni] et l’a menacé en lui disant que s’il ne retournait pas dans le peloton, Lance Armstrong resterait avec l’échappée et la condamnerait à l’échec… Alors que Simeoni et Armstrong revenaient vers le peloton, Armstrong a réprimandé Simeoni pour avoir témoigné dans l’affaire Ferrari, lui disant, "Tu as fait une erreur en témoignant contre Ferrari et tu as fait une erreur en me faisant un procès. J’ai beaucoup de temps et d’argent et je peux te détruire." Armstrong a été pris par les caméras en train de faire un signe invitant Simeoni à fermer sa bouche, ce qui souligne ce qu’il venait de lui dire à propos du fait qu’il n’aurait pas dû témoigner contre le docteur Ferrari.»

3. En 2005, après que les cyclistes Jonathan Vaughters et Frankie Andreu

«Ont échangé des textos dans lesquels ils parlaient du dopage dans l’équipe US Postal Service, les messages de Vaughters sont devenus des pièces à conviction dans un procès… Depuis ce jour là, l’employeur de Vaughter, Slipstream Sports, a reçu plusieurs appels de la part d’Armstrong suggérant que Vaughters devrait être retiré de la direction de Slipstream Sports.»

4. Selon Tyler Hamilton, ancien coéquipier d’Armstrong,

«Après qu’Hamilton a témoigné sur le dopage d’Armstrong et que la coopération d’Hamilton avec la police fédérale a été rendue publique, Hamilton a été accosté physiquement par Armstrong dans un restaurant d’Aspen, dans le Colorado, le 11 juin 2011. Armstrong lui a alors dit, "Quand tu seras à la barre des témoins, nous allons te démonter. Tu vas avoir l’air d’un putain d’idiot.»… «Je faire de ta vie un putain… d’enfer… sur Terre"

Dans son interview avec Winfrey, Armstrong a catégoriquement nié avoir fait pression sur d’autres cyclistes pour qu’ils se dopent:

«L’idée selon laquelle quiconque a été forcé ou poussé ou encouragé n’est pas vraie.»

Quand Winfrey lui a demandé s’il était le vrai patron de son équipe, il a répondu de manière évasive:

«Et bien, j’étais le meilleur coureur. J’étais le leader de l’équipe. Je n’étais pas la manager, le manager général, le directeur.»

Il a poursuivi:

«Il n’y a jamais eu d’ordre direct, ou de directive disant ’Vous devez faire ceci si vous voulez faire le Tour, si vous voulez faire partie de l’équipe.’ Ca ne s’est jamais passé. C’était une époque compétitive. Nous étions tous des adultes. Nous avons tous fait nos choix.»

Le mauvais exemple

Winfrey a questionné Armstrong sur l’affirmation de Vande Velde selon laquelle «vous avez menacé de le virer de l’équipe s’il ne retrouvait pas la forme et ne se conformait pas au programme de dopage.» Armstrong a répliqué, «ce n’est pas vrai.» Armstrong a adouci l’histoire pour en faire une question de mauvais exemple:

«Mais même si je ne le dis pas, si je le fais, et que je suis le leader de mon équipe, tu donnes l’exemple, et c’est un problème.»

Avec cette manœuvre –l’évitement déguisé en contrition- Armstrong a réduit l’accusation de coercition à un simple appel en faveur du dopage. Il a souligné «la différence entre cela et dire ‘Tu dois faire ça si tu veux faire le Tour ou rester dans l’équipe.’ Pour moi, c’est de la pression verbale, une directive. Et ça n’a pas existé.»

Armstrong n’a pas pu nier tous les procès qu’il a intentés et toutes les personnes qu’il a accusées de mentir. Il a attribué cette stratégie d’intimidation à de la peur, une enfance difficile, et son cancer. Il a diffamé des témoins qui disaient la vérité parce qu’il les voyait comme «un ami qui se retourne contre vous».

Contrôler le récit

Il a attaqué ceux qui représentaient une menace parce qu’enfant, sa famille «était dos au mur». Et, de façon tragique, «mon diagnostique… a fait de moi une personne» qui était prête à «gagner à tout prix», car le cancer vous oblige à «faire tout ce qu’il faut pour survivre… Et j’ai adopté cette attitude, cette attitude impitoyable, implacable et de victoire à tout prix, et je l’ai transposée au cyclisme.»

Cela semble être le plan préparé par Armstrong pour cette interview: minimiser son pouvoir sur les autres. Nier avoir donné des ordres explicites. Transformer toute histoire de la sorte en une question de mauvais exemple. Accepter la responsabilité pour soi-même, mais suggérer que les autres, ceux qui affirment avoir été mis sous pression, doivent en faire de même. Présenter les menaces, rétributions et exigences de silence comme des produits d’une vie dure. Réduire ses pêchés de coercition à des pêchés de duperie. Quand Winifrey a demandé à Armstrong «ce qui a fait de lui un tyran», il a répondu:

 «La volonté de maintenir l’histoire et de cacher la vérité.»

C’est le message d’Armstrong: tout ce qu’il a fait, qu’il s’agisse de la domination, de la menace ou de la manipulation, était une tentative désespérée de protéger un seul mensonge. «J’ai essayé de contrôler le récit» déclare-t-il. Et il essaye encore maintenant de contrôler le récit. Ce qui est une bonne raison pour ne pas le croire.

William Saletan

Traduit par Grégoire Fleurot

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