Monde

Dix défis pour Obama II [10/10]: Réparer la démocratie américaine

Foreign Policy, mis à jour le 20.01.2013 à 12 h 52

Le président réélu a quatre ans pour apporter des modifications fondamentales à un processus politique qui ne fonctionne actuellement qu'au profit d'une minorité.

Le président de la Chambre des représentants John Boehner et Barack Obama, le 16 novembre 2012 à la Maison Blanche. REUTERS/Larry Downing.

Le président de la Chambre des représentants John Boehner et Barack Obama, le 16 novembre 2012 à la Maison Blanche. REUTERS/Larry Downing.

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel, le sauvetage de la Grèce, l'arrestation du criminel de guerre Kony, la rupture avec certains alliés, la fin de l'état d'alerte nucléaire, le rétablissement de son autorité, l'éradication du monopole du pétrole, le défi de la pollution et la conclusion d'un accord commercial avec l'Europe, place au dernier épisode: la rénovation de la démocratie américaine.

Barack Obama a remporté l'élection présidentielle avec le soutien de quatre millions de petits donateurs. Aussi pourrait-il être tentant d'affirmer qu'il est aujourd'hui impossible d'acheter une élection. Mais lorsqu'il s'agit de la démocratie américaine, il va sans dire qu'une telle affirmation ne peut pas être complètement vraie.

L'essentiel du financement des campagnes électorales est assuré par une partie —minime et non représentative— de la population. Les lobbyistes sont au moins vingt-cinq fois plus nombreux que les membres du Congrès. Et malgré la nouvelle rhétorique du «gouvernement transparent», l'utilisation faite par Washington de l'argent du contribuable est encore entourée d'un voile d'obscurité ou de secret.

Conséquence: le débat national s'intéresse à des sujets bien éloignés des préoccupations de l'Américain moyen, et les résultats obtenus le sont tout autant. Un exemple: lorsque les instituts de sondage interrogent la population sur des sujets économiques, les Américains appellent de leurs vœux une hausse du revenu minimum. Or, les politiques s'intéressent avant tout aux préoccupations des investisseurs, et ces derniers ne veulent pas voir augmenter le taux d'imposition sur les gains en capital.

Une occasion unique de changer la donne

Obama dispose d'une occasion unique pour changer la donne. Le président a été soutenu par une équipe de campagne massive, qui est parvenue à mobiliser quelque 2,2 millions de volontaires et qui a pris contact avec plus de 150 millions d'électeurs.

Il pourrait profiter de son second mandat pour apporter des modifications fondamentales au processus politique. Et ce de manière à s'assurer que tous les Américains —et pas seulement les plus fortunés— puissent participer de façon plus systématique et plus équitable à cette tâche nécessaire: l'auto-gouvernance. On se souviendra alors de lui comme du président qui a revitalisé la démocratie américaine.

Obama pourrait par ailleurs s'atteler à cette tâche sans attendre que le Congrès lui donne son aval. Il pourrait signer un décret exigeant des entrepreneurs publics qu'ils divulguent leurs dépenses politiques; il avait déjà caressé cette idée en 2011. Le président pourrait aussi demander à ses hauts fonctionnaires de divulguer leurs liens avec les lobbyistes et leur participation aux activités de collecte de fonds.

Pour remettre au goût du jour le projet —aujourd'hui moribond— d'un gouvernement transparent, il pourrait encore exiger des organismes fédéraux qu'ils dressent la liste de toutes les données qu'ils collectent, qu'elles soient rendues publiques ou non. Puis il pourrait demander à ce que toutes les données déjà rendues publiques soient mises en ligne, de manière à être accessibles à tous, et non plus seulement aux initiés et aux personnes jouissant de nombreuses relations.

Réparer le système électoral

Obama pourrait aussi donner suite à une remarque lancée au pied levé pendant son discours de victoire, et s'atteler à réparer un système électoral dysfonctionnel. L'inscription sur les listes électorales devrait être automatique dès l'âge de dix-huit ans.

Les élections devraient toujours avoir lieu un week-end, pour permettre aux salariés de voter avec plus de facilité. Les lieux de vote devraient être soumis à des normes nationales uniformes; des fonds seraient octroyés par l'Etat fédéral aux localités pour couvrir ces nouvelles dépenses.

L'idéal serait de voir Obama faire pression sur le Congrès pour obtenir de véritables changements. Il est aujourd'hui à la tête de la plus puissante organisation politique des Etats-Unis. La majorité des membres de son équipe de campagne ont maintenant quitté Chicago, mais il dispose encore des ressources matérielles et logistiques permettant une mobilisation de masse.

Obama pourrait faire de l'assainissement de Washington le thème central des prochaines élections législatives et utiliser ce puissant atout pour récompenser les candidats sortants partisans d'un vrai changement —ou pour soutenir certains challengers pendant les élections de mi-mandat de 2014.

Un travail de terrain déjà accompli

Fort heureusement, l'essentiel du travail de terrain a déjà été accompli. Le Fair Elections Now Act, soutenu par 118 élus du Congrès, prévoit d'établir un dispositif —bien conçu— de financement public volontaire des candidats au Congrès. Le DISCLOSE Act prévoit de s'assurer que les dons supérieurs à 10.000 dollars versés par les sociétés et les syndicats dans le but d'influencer les résultats des élections soient portés à l'attention du public.

Le Lobbyist Disclosure Enhancement Act propose d'obliger les lobbyistes à divulguer les noms des responsables ou des membres du Congrès sur qui ils exercent des pressions, d'accélérer la divulgation des données et de combler les vides juridiques permettant à certains acteurs politiques de premiers plan d'échapper au devoir de transparence. Le Digital Accountability and Transparency Act établirait un système unifié permettant de porter les dépenses du gouvernement à l'attention du public, en les classant par organisation gouvernementale et par destinataire, ce qui permettrait un bien meilleur suivi de l'utilisation qui est faite de l'argent des impôts.

A Washington, cette démarche fera l'effet d'un tremblement de terre, mais c'est précisément ce qu'il faut —du moins, si nous voulons d'une démocratie dans laquelle l'Américain moyen vaudrait plus qu'une simple ligne dans les innombrables emails des collecteurs de fonds.

Micah L. Sifry
Directeur de la rédaction du site Personal Democracy Media et conseiller à la Sunlight Foundation.

Traduit par Jean-Clément Nau

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