Sports

La lutte contre le dopage? Mieux vaut en rire!

Yannick Cochennec, mis à jour le 18.01.2013 à 9 h 34

Le cyclisme est très en avance sur d’autres disciplines en apparence nettement moins pointilleuses au sujet de la recherche de substances dopantes, comme le tennis, le foot ou le rugby. C'est dire.

Une équipe nationale européenne à l'entraînement, en juin 2008, lors de l'Euro.  REUTERS/Felix Ordonez

Une équipe nationale européenne à l'entraînement, en juin 2008, lors de l'Euro. REUTERS/Felix Ordonez

La chute orchestrée de Lance Armstrong, qui a avoué s'être dopé lors de sa très attendue interview avec Oprah Winfrey la nuit dernière, marquera-t-elle un tournant dans la lutte antidopage? S’il s’agit, à l’évidence, d’une date importante, à l’image du jour de la révélation de la supercherie Ben Johnson lors des Jeux olympiques de Séoul en 1988, il est évident que cet événement en mondovision ne constituera pas un coup d’arrêt voire un frein à un fléau continuellement mutant avec l’apparition de produits toujours plus sophistiqués et toujours aussi peu détectables dans l’instant.

Il y a quelques jours, Stade 2 a diffusé un reportage sur l’une des prétendues nouvelles drogues actuellement en vogue, l’Aicar, un «cardioprotecteur» ayant un effet sur l’endurance avec une action sur les tissus musculaires et une capacité à brûler les graisses —Slate en avait déjà parlé lors d’un précédent Tour de France. Et il était évidemment impossible de ne pas penser à Bradley Wiggings en regardant le reportage.

Le journaliste faisait aussi un lourd sous-entendu sur Novak Djokovic, le n°1 mondial du tennis, à la maigreur également suspecte. Aucune preuve n’était apportée pour éclairer ces différentes supputations, mais le doute, soudain, s’est immiscé en nous, une nouvelle fois. Les champions d’aujourd’hui nous prendraient-ils encore pour des gogos? La question demeure, hélas, d’actualité et il est à craindre qu’elle ne cessera de nous maintenir perpétuellement dans nos interrogations.

3% de contrôles sanguins pour le foot et le rugby

Il y a quelques semaines, l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) nous avait déjà ramenés, en quelque sorte, à sa propre impuissance en nous rappelant des statistiques embarrassantes pour l’année 2011, celles de 2012 n’étant pas encore disponibles. Cette année-là, 35% des tests antidopage effectués dans le cyclisme avaient consisté ainsi en des contrôles sanguins réputés plus performants que les prélèvements urinaires qui représentaient donc 65% de l’ensemble des contrôles.

Premier de la classe, en quelque sorte, après avoir payé le prix de ses scandales, le cyclisme était, sur ce point, très en avance sur d’autres disciplines en apparence nettement moins pointilleuses au sujet de la recherche de substances dopantes.

L’athlétisme se contentait, par exemple, de 17% de contrôles sanguins, mais méritait quelques félicitations à côté du football et du tennis, sports hautement médiatiques et parmi les mieux rémunérés, cantonnés à un minuscule 3% qui faisait véritablement tâche. La gymnastique était, elle, réduite à un infime 1% qui ne manquait pas d’étonner non plus.

«C’est là une préoccupation majeure de l’AMA, car une organisation antidopage ne peut prétendre offrir un programme antidopage efficace si elle ne prélève pas d’échantillon sanguin en laissant d’éventuels abus de substances et de méthodes qui ne peuvent pas être détectées dans l’analyse d’urine, comme l’hormone de croissance humaine et des transfusions sanguines», avait souligné l’AMA dans un communiqué en 2011. Lors des récents Jeux olympiques et paralympiques de Londres, sur les quelque 6.000 tests antidopage effectués, 1.000 seulement étaient sanguins.

De manière presque risible, Roger Federer a révélé, en novembre, lors du dernier Masters de Londres qu’il était moins testé qu’il y a six ou sept ans. Il s’étonnait notamment de ne pas avoir été contrôlé en 2012 après sa victoire à Indian Wells, en Californie, pas plus qu’à Rotterdam et Dubaï où il s’était aussi imposé. «Je ne dis pas que mes performances étaient suspectes, mais un sport qui aspire à une réputation irréprochable devrait au moins contrôler ses vainqueurs, tous ses vainqueurs, sans exception, avait-il affirmé. Je ne connais pas d’autres moyens de dissiper le doute.»

Peu de contrôles hors compétitions

Au tournoi de Bercy, Andy Murray avait allumé la mèche en regrettant la rareté des tests sanguins tout au long d’une saison. «Il me semble que les tests hors compétition pourraient et devraient être plus fréquents, avait insisté le Britannique. En décembre, quand les joueurs s’entraînent et préparent la prochaine saison, il serait bon de venir les contrôler plus souvent. Moi par exemple, je serais complètement d’accord pour que quelqu’un vienne voir ce que je fais dans ces périodes-là.» Etrange solitude du sportif, en effet, obligé de réclamer davantage de fermeté de la part de sa fédération de tutelle —la Fédération internationale de tennis— qui lui a répliqué, comme une évidence, que son programme antidopage était très satisfaisant alors qu’il n’y avait eu que… 21 contrôles hors compétition effectués en 2011.

Rares, sinon, sont les footballeurs ou les rugbymen à évoquer les problèmes de dopage dans leur sport ou à se plaindre de l’insuffisance des contrôles. Et ne parlons pas des sports professionnels américains, à l’image de la NBA, qui évoluent pratiquement à leur guise sans avoir à craindre la peur du gendarme.

Les dirigeants des fédérations internationales et des ligues en font souvent le minimum, mais en estimant que c’est déjà bien assez et en arguant du coût prohibitif des tests sanguins alors que parfois l’argent coule à flot au sein de ces organisations. Le budget antidopage de la Fédération internationale de tennis est estimé à un peu moins de deux millions de dollars soit à peu près ce que toucheront individuellement les vainqueurs de l’actuel Open d’Australie.

Croyants et pratiquants

Certains des responsables en place font aussi remarquer que leurs disciplines seraient moins exigeantes en termes d’endurance, si l’on compare, par exemple, avec le vélo, et que la recherche d’EPO ou de certaines autres substances ne présenterait donc pas de véritable intérêt. Comme si le tennis, le football et le rugby n’étaient pas devenus des exercices au long cours avec la répétition incessante des efforts d’une semaine à l’autre.

«En matière de lutte contre le dopage, il y a plus de croyants que de pratiquants», regrettait voilà quelques mois Bruno Genevois, le président de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) lors d’un colloque au siège du Comité national olympique et sportif français (CNOSF). «La Convention internationale sur la lutte contre le dopage dans le sport d’octobre 2005 a certes été ratifiée par 192 pays représentant 96% de la population mondiale, mais seuls 35 laboratoires nationaux sont accrédités par l’AMA», avait ajouté celui qui a tenté de pacifier les rapports entre l’AFLD et l’Union Cycliste Internationale (UCI), la crédibilité de cette dernière étant de plus en plus entamée avec l’affaire Armstrong.

John Fahey, le président de l’AMA, s’est, lui, assigné comme objectif de faire passer le niveau des contrôles sanguins à au moins 10% dans toutes les disciplines. Bien loin donc du cyclisme qui détient la palme dans ce domaine, mais qui n’en continue pas moins de se débattre dans les eaux troubles du dopage.

A nous de mariner dans nos doutes ou de rigoler franchement un bon coup en voyant certaines performances. Après tout, la dramatique Armstrong qui se joue sous nos yeux est aussi une belle comédie…

Yannick Cochennec

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