Economie: une année 2013 sans marges de manœuvre

Un Rubik's Cube.  REUTERS/Chip East

Un Rubik's Cube. REUTERS/Chip East

L’Europe a fini 2012 en récession, les Etats-Unis sont confrontés au déficit budgétaire, le Japon replonge et les Brics ne sont pas au mieux de leur forme. L’année 2013 sera encore difficile sur le plan de l’économie.

Encore un effort... Cinq ans après le début de la crise financière et économique, la reprise économique ne montre toujours pas le bout de son nez. Les économistes sont globalement d’accord: la conjoncture est plus que médiocre et aucune zone du monde ne viendra vraiment tirer la croissance, du moins au niveau mondial.

Le premier semestre sera le plus difficile, en particulier en Europe, où la récession à l’œuvre en 2012 se prolongera au début de cette année, comme le souligne l’institut économique Coe-Rexecode.

Le second semestre devrait cependant permettre à la reprise de s’esquisser. Certains indices portant sur le mois de décembre montre que la dégradation de l’économie ralentit en Europe. Pas assez vite cependant pour espérer une amélioration du chômage avant la fin de l’année…

Perspectives d’amélioration

Ces perspectives d’amélioration ne pourront se concrétiser qu’à condition, naturellement, que la crise de l’euro reste sous contrôle. Même si les attaques spéculatives se sont calmées, un dérapage trop important des finances publiques en Espagne ou en France pourrait relancer la crise.

L’engagement de la France de ramener son déficit à 3% dès la fin 2013 est fondé sur une prévision de croissance de 0,8% estimée trop élevée aussi bien par les économistes que par la Commission européenne ou les grandes institutions internationales comme le FMI, qui anticipe une croissance de 0,4% seulement, ou l’OCDE. Celle-ci prévoit 0,3% de croissance en France cette année...

Dans ce cas, le déficit public français pourrait bien s’élever encore à 3,5% à la fin de l’année. Des chiffres à surveiller, sauf si la Commission européenne décide de laisser un délai de grâce à l’Espagne et à la France pour rentrer dans les clous des critères de Maastricht. Le Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, Olli Rehn, semble disposé à fermer les yeux.

Réformes de fond

Logiquement, l’OCDE appelle les pays de la zone euro à poursuivre les réformes de fond, comme la surveillance des banques et une plus grande intégration des politiques budgétaires, afin de donner à la monnaie commune les moyens de fonctionner.

Mais là, il faudra que les élections allemandes soient passées pour que les négociations reprennent vraiment. Globalement, l’Europe, qui met prioritairement l’accent sur la lutte contre les déficits, restera en très faible croissance.

Si l’Europe risque faire figure de «poids mort», les Etats-Unis ne pourront pas vraiment tirer l’économie mondiale. Leur croissance devrait se situer entre 1,5% et 2%, en raison notamment de l’accord budgétaire partiel passé en fin d’année 2012. Un accord qu’il faudra bien parfaire, sans quoi les Etats-Unis risquent de se retrouver avec un problème de dette publique difficile à résoudre. Pour l’heure, malgré la manne des gaz de schistes, qui leur assure une énergie bon marché –indépendamment de ses effets sur l’environnement–,  la conjoncture américaine reste médiocre.

Redémarrage chinois

Le Japon se trouve lui aussi en légère récession, ce qui pousse son nouveau gouvernement conservateur à conduire une politique budgétaire expansionniste, dans un pays où la dette atteint 220% du PIB... On est loin des standards européens. Englué dans un conflit frontalier avec la Chine, le Japon a vu ses exportations avec son grand voisin baisser. Ce n’est pas du côté du Japon que viendra un surplus de croissance.

Les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) se portent relativement mieux que les pays industrialisés. Mais ils commencent à se heurter aux problèmes induits par leur croissance. La Chine, en particulier, devra accélérer le changement de son modèle de croissance afin d’encourager davantage la demande intérieure. Pour cela des hausses de salaire sont nécessaires, et certaines ont déjà eu lieu, mais il faut aussi mettre en place de véritables systèmes de retraite et d’assurance maladie. La tâche est colossale.

En attendant, les derniers indicateurs montrent un redémarrage de la production industrielle chinoise, après sept trimestres de recul. Si la deuxième économie mondiale se heurte à des problèmes structurels, c’est le cas aussi des autres Brics, du Brésil à l’Afrique du sud.

Le vœu d’une économie durable

Réformes structurelles ou non, le chef économiste de HSBC, Stephen King, estime que la croissance de la Chineprofitera à ses partenaires commerciaux les plus directs: les pays d’Asie du sud est, mais aussi certains pays d’Afrique comme l’Angola.

En revanche, ni les Etats-Unis ni l’Europe ne bénéficieront réellement de cette dynamique, estime-t-il. Signe de la profonde mutation à l’œuvre.

Celle-ci n’est pas la seule à laquelle les économies sont confrontées, puisque tant l’OCDE que le FMI appellent à préparer les fondements d’une économie durable et respectueuse de l’environnement. Un vœu qui restera sans doute pieux, alors que la crise dévaste encore les économies les plus développées et que les autres entendent avant tout rattraper leur retard.

Marie-Laure Cittanova

Article également publié sur Emploiparlonsnet