Dix défis pour Obama II [7/10]: Eradiquer le monopole du pétrole

Avec un simple texte, le président américain pourrait permettre aux Américains de ne plus dépendre de cette énergie hors de prix.

Après le passage de Sandy, des New-Yorkais font la queue pour de l'essence, le 2 novembre 2012. REUTERS/Mike Segar

- Après le passage de Sandy, des New-Yorkais font la queue pour de l'essence, le 2 novembre 2012. REUTERS/Mike Segar -

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel, le sauvetage de la Grèce, l'arrestation du criminel de guerre Kony, la rupture avec certains alliés, la fin de l'état d'alerte nucléaire et le rétablissement de son autorité, place à l'éradication du monopole du pétrole.

Jusqu’au début du XIXe siècle, le sel était l’une des denrées les plus précieuses au monde du fait de son monopole sur la conservation des aliments. Ce fut Napoléon qui, en récompensant l’inventeur de la boîte de conserve et en popularisant cette technique, réduisit l'importance stratégique de cette denrée. La réfrigération fit son apparition peu après. En dix ans, le monopole du sel s’était évaporé pour toujours.

Aujourd’hui une simple loi –ne requérant aucune subvention, exonération d’impôt coûteuse et aucun cadeau gouvernemental (comme a pu en bénéficier Solyndra)– permettrait à Obama de faire subir le même sort au pétrole. Et pour la première fois en un siècle, les Américains pourraient décider du contenu de leurs réservoirs.

La plupart des voitures vendues aux Etats-Unis –quatorze millions d’unités par an– imposent à leurs conducteurs (du fait des clauses de garanties) de n’utiliser que du pétrole –sous la forme d’essence et, dans certains cas, de diesel. Du fait de ce quasi-monopole, le pétrole revêt aujourd’hui une importance stratégique démesurée, et les prix du pétrole ont un impact économique particulièrement significatif.

Une abondance de gaz

Une flambée des prix peut entamer la confiance des consommateurs, déclencher des récessions et venir gonfler le déficit commercial du pays. Si les automobilistes pouvaient contourner la hausse des prix en optant pour un carburant moins cher, l’importance du pétrole en serait grandement réduite. Mais cela leur est impossible.

En Amérique, la surabondance du gaz naturel fournit un exemple des avantages potentiels de la possibilité d’une alternance entre plusieurs carburants. Une révolution technologique nous a donné accès à une énorme quantité de gaz naturel, et les prix se sont effondrés; par unité d'énergie, le prix du gaz représente aujourd'hui 1/5e de celui du pétrole. Ce qui signifie, en se basant sur les prix d'aujourd'hui, qu'un carburant à base de gaz naturel serait l'équivalent d'un pétrole à moins de 20 dollars le baril. Mais peu de véhicules fonctionnent au gaz naturel; c'est pourquoi moins de 1% des réserves américaines de gaz naturel sont aujourd'hui destinées à la production de carburant automobile.

Lorsque les véhicules automobiles ont vu le jour, il y a un siècle, il existait plusieurs types de carburants. Certaines voitures fonctionnaient à l'électricité, d'autres à la vapeur; certaines roulaient à l'alcool.

Au fil du XXe siècle, le faible coup du pétrole a cependant fini par tuer la concurrence, si bien que les constructeurs automobiles n'eurent plus aucune raison de fabriquer des véhicules fonctionnant à autre chose qu'à l'essence. La flambée des prix du pétrole de la dernière décennie a finalement modifié la donne économique de ce carburant en faveur d'autres denrées pour les réservoirs. Or les constructeurs automobiles n'ont pas encore pris acte de cette réalité. Il est aujourd'hui presque impossible d'acquérir un véhicule utilisant un autre carburant que l'essence.

Un sujet sur lequel Israël et l'Iran sont d'accord

Les véhicules fonctionnant au gaz comprimé ou à l'électricité (un tiers de l'électricité américaine est aujourd'hui générée grâce au gaz naturel) se font peu à peu une place sur le marché. Mais les prix des véhicules à batterie demeurent prohibitifs; ils sont donc réservés à une poignée de consommateurs. Un liquide à base de gaz naturel, le méthanol (alcool de bois), est quant à lui moins cher que l'essence du point de vue de la consommation au kilomètre; il est par ailleurs particulièrement bon marché d'équiper les véhicules à cette fin (environ cent dollars en plus par nouvelle voiture).

Pour devenir un véhicule polycarburant, un véhicule automobile n'a au final besoin que deux choses: un capteur de carburant et une conduite de carburant résistant à la corrosion. Dans certaines provinces de Chine, où l'essentiel du méthanol est fabriqué à partir du charbon, on vend de l'alcool de bois dans de nombreuses stations-service. Même l'Iran et Israël sont d'accord sur ce point: les deux pays, qui sont riches en gaz naturel, comptent commercialiser du carburant à base de méthanol dans leurs stations-service.

Obama, qui avait qualifié les Etats-Unis d'«Arabie saoudite du gaz naturel» pendant sa campagne, peut aujourd'hui briser l'emprise du pétrole sur le secteur américain des transports. Il lui suffit de signer un projet de loi (simple, sans subventions, faisant la promotion des véhicules polycarburants) et de l'adresser au Congrès.

Le texte permettrait aux constructeurs automobiles de choisir entre l'option la plus économique –le choix du carburant liquide– et le reste. Les nouveaux véhicules créeraient alors la demande, stimulant la capacité de production de carburants concurrents. Qu'il bénéficie ou non de l'appui du Congrès, le président pourrait également prendre une décision symbolique: demander au gouvernement fédéral d'acquérir des véhicules polycarburants.

De la gauche au Tea Party

Mieux encore (se diront les conseillers politiques du président): une telle mesure recevrait le soutien spontané de l'ensemble de l'échiquier politique. Les co-auteurs d'un projet de loi de  2011 visant à diversifier les carburants étaient ainsi issus de formations très différentes, depuis la gauche (comme le représentant démocrate de Californie Brad Sherman) jusqu'au Tea Party (le très populaire représentant Steve King).

Avec le soutien du lobby des carburants alternatifs –qui gagne en influence– et l'appui de faucons spécialistes de la sécurité nationale (James Woolsey, ancien directeur de la CIA; Tom Ridge, ancien secrétaire à la Sécurité intérieure), cette proposition semble bien partie pour recevoir l'aval de l'opposition. Et ce même chez les Républicains qui n'accepteront jamais de signer une «taxe carbone» ou un système de plafonnement et d'échange.   

Grâce au développement d'alternatives peu onéreuses et présentes en abondance, la fin de l'ère pétrolière pourrait être plus proche que nous le pensons. S'il met en œuvre cette solution axée sur le marché, Obama pourra enfin préparer les Etats-Unis à l'avenir.

Gal Luft
Co-directeur de l'Institute for the Analysis of Global Security et conseiller auprès du U.S. Energy Security Council, est le co-auteur de
Petropoly: The Collapse of America's Energy Security Paradigm.

Traduit par Jean-Clément Nau

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L'AUTEUR
Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie. Ses articles
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Publié le 18/01/2013
Mis à jour le 20/01/2013 à 12h38
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