Dix défis pour Obama II [8/10]: s'attaquer à la pollution

Le président américain doit composer avec un Congrès hostile aux mécanismes de plafonnement et d’échange de quotas de CO2 et des compatriotes qui ne sont pas prêts à se convaincre que cette question est directement liée à leur qualité de vie.

La centrale nucléaire de Three Miles Island. REUTERS/Jonathan Ernst

- La centrale nucléaire de Three Miles Island. REUTERS/Jonathan Ernst -

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel, le sauvetage de la Grèce, l'arrestation du criminel de guerre Kony, la rupture avec certains alliés, la fin de l'état d'alerte nucléaire, le rétablissement de son autorité et l'éradication du monopole du pétrole, place au défi de la pollution.

Disons le tout net: aucun président –aucun pays– ne pourra mettre un terme au réchauffement de la planète sans aide extérieure. Le ralentir est déjà, en soi, un projet bien complexe. Et le président Obama n'aura pas assez de son second mandat pour enrayer l'élévation du niveau de la mer. Il doit par ailleurs composer avec un Congrès hostile aux mécanismes de plafonnement et d’échange de quotas de CO2 ainsi qu'à la plupart des autres systèmes permettant de ralentir –sans parler de ceux permettant d'inverser– le réchauffement climatique. S'il veut mettre en œuvre les réformes nécessaires, Obama va donc au devant de nombreuses difficultés.

Il va sans dire que la planète n’a que faire de ces excuses. Rappelons que dans l’océan Arctique, la fonte de la banquise estivale a cinquante ans d’avance sur les prévisions des spécialistes. Pour réaliser de réels progrès, le président va devoir puiser des idées dans plus d’un manuel de rhétorique: il sera pour le moins complexe de convaincre les Américains que cette question est directement liée à leur qualité de vie. Il lui faudra faire preuve de créativité.

Obama peut commencer par donner l’exemple en remettant de l’ordre dans sa propre maison –littéralement. En signant le décret présidentiel 13514 (octobre 2009), il a fixé un objectif de 28% de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour le gouvernement fédéral d’ici 2020.

Chez le Président

Tout en essayant d’atteindre cet objectif, l’administration devrait saisir l'occasion d'adopter une approche commerciale éprouvée, à l’image de grande sociétés telles que Microsoft. Il s'agit d'obliger chaque branche du gouvernement à rendre compte –financièrement parlant– de ses émissions de gaz à effet de serre, et ce en fixant le prix du dioxyde de carbone (qui s'élèverait au moins à une vingtaine de dollars par tonne –estimation la plus juste selon le propre groupe de travail inter-institutions du gouvernement fédéral). Cette mesure permettrait au gouvernement d'atteindre son objectif global de la façon la plus rentable possible.

Cette méthode serait-elle véritablement efficace? Pour répondre à cette question, il suffit de jeter un œil au lieu de résidence du président lui-même. En 2010, la ville de Washington a obligé ses commerçants à faire payer leurs sacs jetables pour un minimum de 5 cents. La tentative s'est avérée payante: 80% d'utilisation en moins en un an, selon certaines estimations. (Les 15 centimes d'euros imposés aux commerçants irlandais ont réduit l'utilisation de ces sacs de plus de 90% –soit un milliard d'unités en moins par an). Voilà une leçon économique d'importance: les mesures incitatives produisent des résultats.

Mais à défaut d'une entente avec le Congrès –et d'un accord international sur le climat véritablement contraignant– permettant de mettre en place ces efficaces mesures incitatives, comment Obama pourrait-il réduire les émissions globales de carbone? En réalité les méthodes possibles sont nombreuses, et permettraient au président d'obtenir des résultats tangibles et substantiels.

Obama devrait s’inspirer d’une loi ayant fait ses preuves, le Clean Air Act de 1970 et ses amendements de 1990, adoptés à de très larges majorités avec le soutien de l’opposition et promulgués par des présidents républicains. Les amendements de 1990 ont mis en place un mécanisme de plafonnement et d’échange de quotas de dioxyde de soufre. L’opération fut couronnée d’un succès retentissant. Elle a permis de lutter contre les pluies acides –en un temps record et en demeurant en deçà du budget prévu. Le président devrait utiliser le Clean Air Act pour réduire les émissions de dioxyde de carbone. Il y est clairement autorisé au regard du droit.  

En 2007, la Cour suprême américaine a donné tort à l’Environmental Protection Agency (EPA) –alors bien hésitante– en jugeant que le dioxyde de carbone polluait bel et bien l’air. En 2009, l’EPA a déclaré que le carbone était assez dangereux pour relever du Clean Air Act –décision validée par la cour d’appel des Etats-Unis pour le circuit du district de Columbia. Si le Congrès refuse d’agir, Obama devrait inciter l’EPA à redoubler d’efforts dans le domaine de la réglementation. Les principales cibles de ces efforts peuvent être réparties en trois catégories: les transports, les centrales électriques (entre autres sources fixes) et les fuites de méthane.

Comment faire?

Pendant le premier mandat du président, l’EPA a renforcé les normes de réduction de la consommation de carburant et de réduction du gaz à effet de serre. L’objectif était d’atteindre une moyenne nationale de 87,7 kilomètres par gallon (3,78 litres) de carburant pour les modèles d'automobiles qui sortiront en 2025 –soit près du double de la distance pouvant être aujourd’hui parcourue avec cette quantité de carburant. Obama devrait s’appuyer sur cette démarche pour faire baisser la pollution due aux transports à plus grande échelle, en commençant par les véhicules de grande taille (du semi-remorque au camion de livraison).  

Les centrales polluent encore plus que les voitures; si ces structures (et notamment les centrales existantes) étaient encadrées par de nouvelles normes, les avantages climatiques pourraient être encore plus conséquents.  Le gaz naturel de schiste étant particulièrement peu onéreux, les centrales à charbon deviennent de moins en moins rentables. Si les normes établies par le Clean Air Act se faisaient de plus en plus strictes, le recours au du gaz naturel apparaîtrait comme le moyen d'aller vers une énergie plus propre –et non comme les prémices d'une addiction à un énième combustible fossile.

Pour autant, le gaz naturel n'est bien évidemment pas une panacée. Sa combustion produit moitié moins de dioxyde de carbone que celle du charbon –mais il est presque exclusivement composé de méthane, un gaz à effet de serre bien plus néfaste que le dioxyde de carbone, notamment sur le court terme.

Ses effets peuvent se faire sentir non pas au bout de plusieurs siècles, mais de plusieurs décennies. Il est essentiel de reprendre en main les fuites de méthane. Si ces fuites sont trop importantes sur la chaîne de distribution, elles finiront par annuler l'ensemble des avantages du gaz naturel par rapport au charbon. Obama peut, sans faire appel au Congrès, renforcer les normes encadrant les fuites pour s'assurer que la révolution du gaz de schiste réduise bel et bien l'impact global du secteur de l'énergie sur le réchauffement climatique.

Lancer un appel au marché

La politique climatique du président doit autant à la chance qu’à ses qualités. Grâce au faible coût du gaz naturel, à l’utilisation accrue du Clean Air Act et à l’action publique, les Etats-Unis sont presque en passe d’atteindre l’objectif fixé par le président: faire reculer les émissions de carbone de manière à ce qu’elles soient inférieures de 17% d’ici 2020 par rapport aux niveaux de 2005. Mais la réussite n’aura rien d’automatique. Il faudra faire appel au Clean Air Act pour mettre un frein à l'action des pollueurs les plus néfastes. Par ailleurs, la seule action gouvernementale ne pourra nous permettre d’atteindre l’objectif à long terme de Barack Obama – une baisse des émissions de 83% d’ici 2050, toujours par rapport aux niveaux de 2005.

Comment peut-il y parvenir? Face à la pollution au carbone, la méthode la plus efficace serait de lancer un appel de grande envergure aux forces du marché, pour leur demander d’évaluer –ou de plafonner directement– les émissions de CO2. Le Congrès fixerait les limites des émissions globales, puis il s’effacerait pour laisser les entreprises et les entrepreneurs concevoir le moyen le plus efficace et le plus économique de limiter les émissions. On pourrait s’inspirer du bon exemple californien: un système global de plafonnement et d’échange –cette approche a fait des merveilles dans la lutte contre les pluies acides.

Mais en attendant que le Congrès se déclare prêt à soutenir l’action présidentielle (l'évènement se fait cruellement attendre), il nous faudra nous contenter des lois existantes.

Gernot Wagner
Auteur de
But Will the Planet Notice?: How Smart Economics Can Save the World, économiste à l’Environmental Defense Fund.

Traduit par Jean-Clément Nau

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L'AUTEUR
Les articles signés Foreign Policy ont d'abord été publiés en anglais sur Foreign Policy, magazine en ligne américain de Slate Group, spécialisé dans les affaires étrangères et l'économie. Ses articles
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Publié le 18/01/2013
Mis à jour le 20/01/2013 à 12h38
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