Hollande et le Mali: un chef de guerre ne fait pas un nouveau président
Seuls ceux qui persistent à avoir une fausse perception de Hollande auront été surpris par sa gestion du dossier, et l'opération Serval a peu de chances de retourner durablement l'opinion en sa faveur
- François Hollande pendant une réunion sur la situation au Mali, le 14 janvier 2013 à l'Elysée. REUTERS/ Kenzo Tribouillard/Pool -
Qu’on se le dise: c’est le moment où jamais de dire du bien de François Hollande. L’intervention militaire française au Mali révélerait enfin les qualités d’homme d’Etat du candidat socialiste élu en mai 2012.
Le politicien hésitant et mollasson se serait mué en chef de guerre aussi calme que déterminé. «Quand tu le vois procéder sur ce dossier, confidentiellement ou publiquement, tu as un chef», chuchote un conseiller ministériel à l’oreille du Monde, qui n’hésite pas à évoquer un «tournant dans le quinquennat».
Le hasard étant parfois de bonne composition, le président de la République a enregistré, le jour même où il déclarait la «guerre au terrorisme», un réel succès sur le plan social. L’accord sur l’emploi négocié entre le patronat et trois organisations syndicales valide la stratégie de «démocratie sociale» annoncée par Hollande dés juin 2011 sous l’influence d’anciens dirigeants de la CFDT. Le chef de l’Etat peut ainsi vanter l’efficacité d’une méthode de concertation si souvent brocardée.
Un faux mou réactif
Une fois encore, n’auront été surpris par Hollande que ceux qui persistent dans l’erreur d’une fausse perception du personnage. La vieille image de «Flanby», pusillanime et procrastineur, le poursuit avec la force injuste d’un préjugé.
La campagne présidentielle avait pourtant démontré que l’ancien premier secrétaire du PS était un faux mou. Sa pugnacité contre Nicolas Sarkozy pendant le débat de l’entre-deux tours en avait déjà surpris plus d’un, au premier rang desquels le président sortant lui-même.
La force de caractère de Hollande, trempée dans une sérénité à toute épreuve, ne saurait être sous-estimée. Le procès récurrent en indécision qui lui est fait n’est pas pour autant sans fondement.
D’un tempérament conciliateur, l’actuel président n’est pas un fonceur comme son prédécesseur. C’est, bien au contraire, un homme réactif qui ne tranche pas avant d’avoir jugé la situation mûre ou d’y avoir été contraint d’une manière ou d’une autre.
C’est apparemment ce qui s’est passé dans l’affaire malienne. Le président Hollande n’avait nullement anticipé un tel engagement militaire de la France en première ligne. C’est face au risque soudain d’une prise de contrôle du Mali par les djihadistes qu’il s’est résolu à intervenir.
A ce stade, le coût de l’indécision aurait été très élevé. Hollande l’a parfaitement mesuré.
L’épreuve du feu militaire
Suspecter le président de la République d’avoir pris cette lourde décision en songeant d’abord aux bénéfices politiques et personnels qu’il pouvait en tirer verserait dans le ridicule. Personne ne peut néanmoins ignorer que, dans notre imaginaire national, un chef de l’Etat ne l’est jamais autant que lorsqu’il endosse l’uniforme de «chef des armées» que lui attribue l’article 15 de la Constitution. Pour un peu, certains observateurs en viendraient même à penser qu’on ne devient vraiment président que le jour où l’on a déclaré une guerre.
Toujours est-il que, depuis François Mitterrand, tous les chefs d’Etat de la Vème République ont connu l’épreuve du feu militaire. Le premier président socialiste a engagé la France aux côtés des Alliés pendant la première Guerre du Golfe (1990-91). S’il a refusé de participer à la seconde, Jacques Chirac a envoyé nos troupes en Afghanistan (2001). Quant à Nicolas Sarkozy, il a pris le risque d’une intervention militaire en Libye (2011).
Le réflexe de l’union sacrée
Ces engagements militaires ont généralement le mérite de susciter une unité nationale rappelant plus ou moins «l’union sacrée» de la Première Guerre mondiale. Cette fois-ci, le réflexe patriotique est d’autant plus de mise que l’adversaire prend la forme peu sympathique d’islamistes agressifs et fanatiques.
Le consensus s’étend même, ce qui est inédit, non seulement à la droite mais à l’extrême droite. Le Front national applaudit l’intervention française, ce qui n’était pas le cas au moment du conflit libyen. Et l’Assemblée nationale se prépare à avaliser, sans même voter, l’entrée en guerre du pays.
L’approbation n’est pourtant pas unanime. A l’exception de l’atypique Dominique de Villepin, c’est à gauche que se font entendre les critiques et les interrogations. Jean-Luc Mélenchon regrette que nous soyons «en train de reprendre l'habitude d'intervenir par-ci par-là» en Afrique. Et l’écologiste Noël Mamère s’inquiète que l’on puisse dire prochainement «qu’à la Françafrique a succédé la Gauchafrique».
Pour le moment, ces voix portent peu et, comme de coutume, l’opinion applaudit l’entrée en guerre. Selon l’Ifop, près des deux-tiers des Français se déclarent «favorable » à cette intervention militaire. On note simplement une plus grande réticence des femmes, des jeunes et des milieux populaires. Il n’en demeure pas moins qu’un tel niveau d’adhésion est peu susceptible de durer éternellement.
Le temps des interrogations
L’excitation des premiers jours se transforme, la plupart du temps, en interrogations de plus en plus lourdes. Quels sont exactement les buts de cette intervention? «La France risque de se retrouver seule à faire face à une situation particulièrement complexe», s’inquiète déjà l’ancien ministre de la Défense Paul Quilès.
Un pays en crise acceptera-t-il longtemps les sacrifices humains et le coût financier d’une opération qui ne relève pas, de l’aveu même du président, des «intérêts fondamentaux» de la France? Est-il judicieux d’emprunter la thématique néoconservatrice de la «guerre au terrorisme» qui a généré tant d’effets pervers?
Autant de questions qui ne manqueront pas de ressurgir un jour ou l’autre. L’opinion sera alors autrement plus partagée et le consensus politique se fissurera.
L’expérience montre d’ailleurs que les engagements militaires, quelle qu’en soit l’issue, ne profitent guère, à moyen terme, aux présidents. La cote de popularité de Mitterrand n’a été que temporairement dopée au moment de la guerre du Golfe. Pour sa part, Sarkozy n’a pratiquement pas tiré partie de son audace libyenne.
L’opération Serval au Mali n’a guère de chances de retourner durablement, à elle seule, l’opinion en faveur d'un pouvoir socialiste plus impopulaire que jamais. Hollande se verra sans doute reconnaître une «présidentialité» qui finissait par lui être dangereusement contestée.
Mais la véritable guerre qui scellera son destin sera plutôt celle qu’il mène contre le chômage. Et celle-ci, de «pacte de compétitivité» en réforme du marché du travail, sera encore plus difficile à gagner, tant il est vrai que les mêmes causes risquent de reproduire les mêmes effets.
Eric Dupin
Mis à jour le 16/01/2013 à 10h00



















































Qu'on se le dise, qu'on le dise : qu'est-ce qu'un "chef de guerre" ?
Et qu'est-ce que l'adjectif "nouveau", épuisé par les publicitaires,
apporte à la fonction présidentielle après des mois d'exercice ?
Suggère-t-il que l'appareil de l'Etat est entre les mains
d'un stagiaire ? Combien de temps ?
La Cinquième République a-t-elle ou non atteint l'âge de raison ?
En cas de réponse négative, il est urgent d'envoyer
les institutions à la réforme !
Bref, aussi légitime soit-il de disséquer,
y compris psychologiquement, l'homme et le personnage,
que l'on en soit partisan ou non, aussi permis soit-il de commenter
la situation dans tous les sens, le Président l'est maintenant
à part entière, dans ce qu'il réussit et dans ce qu'il rate.
Quant aux "chefs de guerre" de toutes sortes,
que notre bon sens et nos bulletins de vote nous en protègent !
Entendons-nous bien, si l'Histoire est pleine de grands stratèges
révélés, nul doute que le métier des armes forme des personnels
compétents et dévoués à tous les grades de toutes ses spécialités
mais son tribunal, lui, est plein de chefs de guerre !
Il n'est pas non plus question de reprocher ici à des frères d'armes
de se choisir leurs chefs au mérite, ce n'est que la déclinaison
politico-médiatique et le dopage morbide de l'expression
qui est discutable au nom du pacifisme responsable.
Recadrement.
Rideau.
Bravo, quelle éloquence.
Néanmoins, en tenant compte de certaines pratiques assourdissantes, saurez-vous entendre que je ne comprends pas grand chose à votre message ?...
Bien sûr ! Bien entendu, plutôt !
Après, n'est-ce qu'une question de longueur d'onde ?
Et s'il y avait parfois plus à la limite de l'entendement
que dans ce qui est seriné de manière plus convenue ?
Pour quel remède opter sinon, s'il y a lieu d'en prescrire ?
Laisser en l'état jusqu'à oubli ou diversion ?
Allez, des réponses formatées existent
à longueur de colonnes !
De l'opinion en tube.
Encouragement.
Ainsi notre Président, récemment mué en "chef de guerre" nous explique qu'il va "détruire" les terroristes, avec l'aide de... heu...personne, pour le moment, alors qu'une coalition de 150 000 hommes de l'armée la plus sophistiquée du monde, après dix ans de guerre, n'a pas réussi à débarrasser l'Afghanistan de quelques milliers de Talibans
Président oui. Chef des armées, oui. Chef du gouvernement Oui. Chef de guerre? Non.
Il faut avoir fait ses preuves pour être chef de guerre. Il faut avoir essuyé le feu de l' ennemi, savoir donner les ordres qu' il faut au bon moment. Avoir les réflexes d' un chef sous le feu afin de neutraliser les objectifs visés tout en limitant ses propres pertes au minimum. Un métier complexe, difficile qui requiert une formation non seulement complète et lourde mais constante.
Avec tout mon respect pour le HEC, l' ENA, l' expérience politique de Fr. Hollande, non, ce n' est pas un chef de guerre. De Gaulle certainement, Pétain aussi, Napoléon I plutôt oui, et cela sans aucun jugement de valeur.
Mais quand le journalisme s' occupe plus à faire ronfler les titres que vraiment coller à la vérité, il doit s' attendre à des rectifications.