Dix défis pour Obama II [6/10]: Rétablir son autorité

Barack Obama, le14 janvier 2013 à la Maison Blanche. REUTERS/Jason Reed

Barack Obama, le14 janvier 2013 à la Maison Blanche. REUTERS/Jason Reed

Barack Obama doit profiter de son second mandat pour doit donner l’image d’un président véritablement engagé et implacable. L’engagement et la crédibilité vont de pair.

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel, le sauvetage de la Grèce, l'arrestation du criminel de guerre Kony, la rupture avec certains alliés et la fin de l'état d'alerte nucléaire, place au rétablissement de son autorité.

Le président Obama est aujourd'hui confronté à un défi crucial: regagner une partie du terrain perdu ces dernières années en remodelant les politiques américaines de sécurité nationale. Historiquement et politiquement parlant, dans le système américain de séparation des pouvoirs, c'est le président qui jouit de la plus grande marge de manœuvre en matière de politique étrangère.

Aux yeux du pays, il est responsable de la sécurité des Américains dans un monde toujours plus chaotique. Il est l'ultime arbitre des objectifs que les Etats-Unis tentent d'atteindre via leur diplomatie, leurs moyens de pression économiques et, s'il le faut, la menace d'une intervention armée. Et le monde le considère, pour le meilleur et pour le pire, comme l'authentique voix de l'Amérique.

Il est vrai que le Congrès a une voix propre. C'est également le cas du peuple, comme celui des intérêts personnels et des groupes de pression politiques. Le rôle que joue le Congrès dans la déclaration d'une guerre est beaucoup plus important lorsque les Etats-Unis préparent une intervention qu’il ne l’est lorsque l’Amérique est victime d’une attaque.

L’Amérique est une démocratie; il est donc essentiel que les décisions de politiques étrangères du président jouissent d’un soutien populaire. Mais au gouvernement comme ailleurs, personne ne peut égaler l’autorité du président lorsqu’il parle et qu’il agit avec fermeté.

Quel héritage veut-il laisser?

Cela se vérifie même lorsque le président fait face à une opposition des plus déterminées. Il arrive certes que quelques groupes de pression parviennent à s’attirer le soutien du Congrès au mépris de la volonté du président; mais même dans ce cas, de nombreux signataires prennent discrètement contact avec la Maison Blanche pour lui assurer qu’ils sont prêts à soutenir le président si ce dernier décide de défendre fermement l’«intérêt national».

Un président prêt à taper du poing publiquement, tout en cultivant avec soin amitiés et alliances au sein du Congrès, serait à même d’assoir une crédibilité qui forcerait le respect de ses pairs –et qui rendrait bien peu judicieuse toute nouvelle tentative de confrontation politique. Voilà très précisément la stratégie que doit adopter le président américain.

Barack Obama doit envisager son second mandat avec prudence. Quel héritage souhaite-t-il laisser à la postérité?

Répondre à cette question, c'est identifier les objectifs à atteindre et les choses à ne pas faire, deux catégories également importantes. Un président aspirant à être considéré comme un leader international ne doit pas fixer un objectif de politique étrangère, puis s’engager à l’atteindre dans un discours plein d’éloquence, avant de reculer face à la détermination de l’opposition.

Tout se résume à cela: qu’il s’agisse de l’hostile président russe Vladimir Poutine, des dirigeants toujours plus sûrs d’eux-mêmes d’une Chine auréolée de sa fulgurante ascension, des Iraniens évasifs et insaisissables, ou encore du soi-disant «processus de paix» israélo-palestinien, le succès d’Obama dépendra de sa réputation. Il doit donner l’image d’un président véritablement engagé et implacable. L’engagement et la crédibilité vont de pair.

Prenons l’exemple de la question israélo-palestinienne. Sous les trois derniers présidents américains, la politique étrangère des Etats-Unis a malheureusement fait montre d’une sincérité dénuée de courage –ou d'un cynisme pur et simple.

Retrouver la confiance de la communauté internationale

Les Nations unies ont récemment accordé à la Palestine le statut d’«Etat observateur non membre», et les Etats-Unis, qui n’ont pourtant pas ménagé leurs efforts, ne sont parvenus à s’attirer le soutien que de huit nations; cent quatre vingt-huit autres ont voté favorablement ou se sont abstenues.

Triste record, pour ainsi dire, qui trahit le spectaculaire déficit de confiance de la communauté internationale envers la capacité de la diplomatie américaine à résoudre cette question; une question qui soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations d’ordre moral, et qui s'avère explosive sur le long terme. L’épisode souligne les conséquences que peut avoir sur Washington le déclin des ententes bipartites en matière de politique étrangère ainsi que l’influence accrue des groupes de pression. Et démontre que nous avons besoin d’un leadership présidentiel affirmé.

Tout président dispose de deux grandes –et unique– occasions. La première durant l’année de son entrée à la Maison Blanche: jusqu'à la quatrième année de son mandat, tout succès viendra contrebalancer les mesures impopulaires des débuts. S’il est réélu, la seconde occasion survient là encore durant la première année de son ultime mandat; mais cette fois-ci, c’est l’histoire, et non le peuple, qui évaluera le bien-fondé de son action.

Obama a démontré qu’il pouvait aborder avec une réelle finesse intellectuelle les nouveaux défis auxquels fait face l’Amérique sur la scène internationale. Il doit désormais agir en chef. Le président peut aujourd'hui influencer la façon dont les historiens de demain présenteront son héritage politique –et c'est peut-être la dernière fois qu'une telle occasion se présente.

Zbigniew Brzezinski
Conseiller à la sécurité nationale sous l'administration du président américain Jimmy Carter, est l'auteur du récent ouvrage Strategic Vision: America and the Crisis of Global Power.

Traduit par Jean-Clément Nau