Dix défis pour Obama II [5/10]: En finir avec l'état d'alerte nucléaire

Un missile nucléaire soviétique SS-4 désactivé, en octobre 2012, à La Havane. REUTERS/Desmond Boylan.

Un missile nucléaire soviétique SS-4 désactivé, en octobre 2012, à La Havane. REUTERS/Desmond Boylan.

En respectant cette promesse de campagne de 2008, Obama pourrait grandement contribuer à la sécurité du monde en tirant un trait sur ce vestige de la Guerre froide.

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel, le sauvetage de la Grèce, l'arrestation du criminel de guerre Kony et la rupture avec certains alliés, place à la fin de l'état d'alerte nucléaire.

Treize minutes. C'est, en cas de crise nucléaire, le temps dont le président dispose, en vertu du plan de guerre secret des Etats-Unis, pour décider de la marche à suivre face à une menace sérieuse de tir de missiles. Vous avez bien lu: treize minutes pour décider du sort de la planète.

Le président Obama a le pouvoir de changer cette procédure pendant son second mandat -ce qui lui permettrait, remarquons-le, de respecter une promesse de campagne remontant à 2008. Tout cela ne se réglera pas d'un coup de plume, mais en faisant preuve d'un peu de créativité et d'une certaine habileté diplomatique, Obama pourrait grandement contribuer à la sécurité du monde en tirant un trait sur ce vestige de la Guerre froide.

Pendant cette confrontation de plusieurs décennies, les Américains et les Soviétiques ont installé leurs missiles balistiques intercontinentaux de manière à ce qu'ils puissent être lancés en urgence. Les Etats-Unis devaient faire planer la menace d'une riposte certaine et à grande échelle sur l'Union Soviétique pour la dissuader d'attaquer.

Cette logique a aujourd'hui perdu toute raison d'être. Pourtant, les missiles terrestres des Etats-Unis peuvent encore être lancés quatre minutes après que le président en a donné l'ordre; les tirs de sous-marins ne demandent que quelques minutes supplémentaires. L'état d'alerte russe fonctionne probablement de la même manière.

Pourquoi? Parce que c'est la méthode du pays d'en face. Leur logique ne va pas plus loin.

Obama a souligné l'absurdité de cette procédure pendant la campagne présidentielle de 2008; il s'était alors engagé à annuler le maintien en état d'alerte permanent des ogives américaines. Devenu président, il a fait une croix sur cette proposition sans explication aucune.

Une idée qui ne plaît pas à l'armée

L'idée n'a certes jamais beaucoup plu à l'armée. Sa plus grande inquiétude était l'éventualité, en cas de crise, d'une course à la remise en alerte des armements; une ruée vers l'Apocalypse (cette remise en alerte créerait selon l'armée un climat d'incertitude et d'instabilité, qui serait tout aussi dangereux qu'un état d'alerte permanent).

Mais il existe un moyen de s'en sortir. Le président pourrait commencer par demander une étude de haut niveau explorant les moyens de s'entendre avec la Russie pour coordonner la fin de l'état d'alerte. Il pourrait même demander au président Vladimir Poutine de dépêcher des officiers pouvant participer au processus.

Un grand nombre de bonnes idées circulent déjà sur les méthodes pouvant permettre d'atteindre cet objectif. Il serait ainsi possible d'avoir recours à des modifications logicielles pour retarder légèrement la procédure; on pourrait également séparer les têtes nucléaires des missiles (on parle alors de «désacoupplement» -demating- pour retarder le lancement).

Il ne s'agit pas non plus d'étendre cette disposition à l'ensemble des missiles. On pourrait par exemple conserver une douzaine de missiles pouvant être lancés en urgence, juste au cas où; pour le reste de l'arsenal, l'état d'alerte permanent serait annulé. Les Etats-Unis (et la Russie) maintiennent entre 800 et 900 têtes nucléaires en état d'alerte à toute heure du jour et de la nuit. Surarmement? Quel surarmement?

Quelles mesures de vérification?

Il serait certes difficile de mettre en place des méthodes de vérification pour s'assurer que personne ne manque à sa parole. La Russie et les Etats-Unis pourraient toutefois mettre en place un système d'inspections in situ. Il serait également possible d'installer des caméras sécurisées pour filmer les installations de stockage des têtes nucléaires vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Les mesures de vérification les plus rigoureuses jamais entreprises sont aujourd'hui mise en œuvre en vertu du NewSTART, un traité de réduction des armes nucléaires signé par Obama pendant son premier mandat. Il devrait exister un moyen d'utiliser ces méthodes pour suspendre l'état d'alerte permanent. Une commission mixte, américaine et russe, pourrait y parvenir.

Malheureusement, Obama ne peut pas obtenir la coopération de la Russie en poussant un bouton; cette coopération est pourtant essentielle. Les deux parties doivent lever l'état d'alerte de concert (en Chine, l'état d'alerte des missiles à charge nucléaire est moindre).

Et il y aura de la résistance; ne vous y trompez pas. Les responsables militaires des deux pays veulent garder le doigt sur la détente. Ils tenteront de faire barrage au changement. Mais que cela leur plaise ou non, nous devons aujourd'hui mettre un terme à ce dangereux vestige de la Guerre froide.

David E. Hoffman
Collaborateur régulier de Foreign Policy, auteur de
The Dead Hand: The Untold Story of the Cold War Arms Race and Its Dangerous Legacy, récompensé par le prix Pulitzer 2010 dans la catégorie essai.

Traduit par Jean-Clément Nau

A LIRE AUSSI